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August 11, 2017

Juste H. Nansi sur les réformes dans le secteur de l’eau au Bénin: « …le PPP est un moyen pour réaliser les services universels et pérennes»

Alain TOSSOUNON (Cotonou/Bénin)

Depuis son installation, le régime du Président Patrice Talon a fait du Partenariat Public Privé (PPP), son modèle privilégié de gestion dans plusieurs secteurs. Comptant sur ce modèle au cœur de la mise en œuvre du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG), le gouvernement a fait le pari de réaliser l’accès universel à l’eau d’ici 2021 soit neuf ans avant l’échéance fixée par la communauté internationale pour l’atteinte des Objectifs du Développement Durable (ODD). Face aux interrogations et craintes qu’expriment certains acteurs du monde du secteur de l’eau, nous avons donné la parole à une personne ressource très avertie de la problématique du PPP dans le secteur de l’eau. Expert principal Afrique de l’Ouest et du Centre  à  IRC (International Water and Sanitation Center), Juste NANSI, dans cet entretien, s’est prononcé sur les réformes engagées dans le secteur  par le gouvernement avant de donner son appréciation du PPP qui constitue l’un des moyens en vogue pour accélérer les investissements et améliorer rapidement l’efficacité des services publics.

Juste Hermann NANSI, Expert principal Afrique de l’Ouest et du Centre à IRC

Quelle lecture faites-vous des réformes engagées par le régime actuel dans le secteur de l’eau à savoir la création d’une agence dédiée à la réalisation des ouvrages en milieu rural mais aussi le recours aux PPP comme dans plusieurs secteurs?

Le recours à une agence dédiée me semble être un choix compréhensible du gouvernement béninois, pour répondre aux impératifs de résultats et de célérité. Réformer l’administration publique est un chantier très vaste et très complexe et on peut comprendre qu’il ne faille pas pénaliser les populations qui attendent la fourniture des services le plus tôt que possible. Mon observation est néanmoins qu’on manque de visibilité sur l’avenir de la Direction Générale de l’Eau (DGEAU). Le positionnement de l’agence directement à la présidence de la République est aussi un signal fort et positif de l’importance accordée par l’autorité politique au plus haut niveau à la problématique de l’eau. C’est le souhait de la communauté technique internationale. Néanmoins, il importe de clarifier alors le mandat du Ministère en charge de l’eau avec cette nouvelle configuration. Faisant la synthèse, on peut se demander l’avenir qui est réservé à l’ancien instrument gouvernemental pour l’action publique en matière d’eau. Cela devrait se préciser dans les années à venir.

Pour ce qui concerne le PPP, c’est l’un des moyens en vogue pour accélérer les investissements et améliorer rapidement l’efficacité des services publics. Mais, il faut savoir que ce n’est pas une nouveauté, ni dans les différents secteurs de l’action publique, ni dans le secteur spécifique de l’eau. Plusieurs pays ont expérimenté plusieurs modalités de PPP sur des périodes suffisamment longues pour apprécier l’efficacité et les conditions de succès. Pour ma part, j’observe que le cadre législatif et règlementaire du Bénin mérite d’être mieux étoffé. C’est ce cadre qui définit la gouvernance et la régulation permettant à toutes les parties prenantes, autorités publiques, partenaires au développement, opérateurs privés et citoyens, de collaborer sereinement et de préserver leurs intérêts spécifiques et de respecter par-dessus tout l’intérêt public. Il y a plusieurs manières de procéder. Soit, on commence à construire le cadre le plus complet et le plus robuste possible en s’appuyant sur les expériences des autres et ensuite on exécute, soit on commence à exécuter avec un cadre incomplet ou imparfait et on améliore au fur et à mesure. Les deux options ont leurs avantages et leurs inconvénients. Mais, ce sont les autorités publiques qui en décident et aussi en répondent. Je pense que les autres parties prenantes devraient tous contribuer au mieux, à la réussite des choix des autorités en place tout en restant vigilant sur l’efficacité et l’efficience.

La volonté de réformer du gouvernement répond à un engagement de réaliser l’accès universel à l’eau d’ici 2021 soit neuf ans avant les ODD.  Selon vous, est-ce une bonne décision ?

Bien évidemment, c’est une bonne décision. Tout est possible avec la volonté politique et les moyens (humains, intellectuels technologiques, matériels et financiers). Il suffit de regarder la vitesse fulgurante à laquelle se construit Dubaï pour confirmer que tout est possible.

Seulement, tout dépend aussi de la définition que l’on donne à l’atteinte de l’ODD6. Pour ma part, je n’ai pas encore eu accès à la documentation technique détaillée sur les plans du gouvernement béninois. Il serait indiqué de se conformer aux orientations définies au niveau international. L’idéal visé par les Nations Unies, c’est l’eau potable disponible à tout moment à domicile et sur tous les lieux de vie. Selon les données JMP publiées en 2017, 33% de la population béninoise n’a pas accès à un service basique d’eau potable. Cela représente 3,5 millions de personnes à satisfaire. A cela s’ajoute la croissance démographique de 2,8% par an et les besoins d’investissements pour maintenir la qualité de service pour toute la population déjà couverte (67% soit 7,3 millions de personnes). Il faut enfin compter que l’accès doit être continu et durable, ce qui suppose une exploitation efficace des équipements et systèmes et des solutions pérennes pour les investissements futurs. Il faut se rendre à l’évidence que stabiliser l’accès universel une fois atteint à un coût et que la responsabilité de l’autorité publique est aussi la durabilité. Voilà quelques repères pour appréhender le défi de l’accès universel. Ce qui me semble essentiel et primordial, c’est de ne pas tronquer cette définition de l’accès universel avec des raccourcis simplistes car ce serait contraire à l’intérêt public. Quant à savoir si cela est réaliste et réalisable, je suis de nature ambitieuse et intrépide donc par principe, je souscris à l’engagement des autorités publiques d’accélérer les progrès. Il suffit de s’en donner les moyens.

 

Pour le gouvernement, le PPP apparaît comme la solution miracle pour atteindre l’accès universel. Quand on sait que les expériences de PPP de la Banque Mondiale dans le secteur de l’eau dans certains pays comme le Mali ou le Niger dans le milieu urbain ont montré quelques limites, comment le gouvernement doit s’y prendre pour éviter de faire les mêmes expériences ?

Les solutions ne valent que ce que les hommes qui les conçoivent et les exécutent arrivent à en faire. C’est ainsi que certains peuvent faire des miracles et d’autres peuvent échouer. Le PPP ne doit pas être une fin en soi, mais un moyen pour une finalité : des services universels et pérennes. Il faut donc garder cette claire définition de la finalité et se disposer à ajuster ou changer les moyens pour y parvenir. Les résultats positifs, négatifs ou mitigés des PPP dans le secteur de l’eau sont nombreux. Les causes sont multiples et ne tiennent pas seulement au modèle. De nombreuses publications fiables analysent de nombreuses expériences et devraient inspirer les nouvelles initiatives. Pour ma part, le plus important pour toutes les parties, en particulier les autorités publiques et les citoyens, est de rester vigilant sur la finalité et sur l’efficacité et non d’idéaliser le PPP qui n’est qu’un moyen.

Est-ce que dans un contexte où la communauté internationale appelle à l’effectivité du droit à l’eau et à l’assainissement, le PPP dans le secteur de l’eau permet de garantir à tous les Béninois de l’eau potable à un prix acceptable et de respecter ce droit?

Je ne suis pas de la logique qui oppose systématiquement la présence du secteur privé avec l’accessibilité financière des services publics. La preuve est que des secteurs plus marchands que l’eau, comme la téléphonie mobile, ont pu se démocratiser et s’adapter à toutes les bourses. La question du prix se gère à travers une régulation efficace et transparente, indépendamment du statut juridique de l’opérateur (public ou privé). Mais encore une fois, ma conviction est que c’est la finalité qui doit guider le choix des moyens. Une fois que la finalité est convenue pour la réalisation des droits humains à l’eau et à l’assainissement, il faudrait créer les conditions pour ajuster les moyens (dont le PPP) pour y parvenir. Si les moyens humains, intellectuels technologiques, matériels et financiers, sont effectivement dédiés pour que le PPP assure à tous les Béninois de l’eau potable à un prix acceptable et dans le respect du droit de l’homme, il est bien possible que le gouvernement réussisse son pari.

Quelle doit être la position de la société civile et que doit-elle faire pour défendre le caractère social du secteur de l’eau potable au profit des populations pauvres  dans ce contexte de réformes et de PPP?

Le rôle de la société civile est de veiller à la finalité : la réalisation des droits humains à travers des services de qualité satisfaisante et à un coût abordable dans le respect de l’équité. Elle doit donc être vigilante à tous les détails relatifs au moyen (dont le PPP) qui pourraient compromettre cette finalité.

Pour ma part, les autorités publiques restent libres et responsables du choix des moyens en se disposant à répondre de leur échec ou de leur succès. Leur responsabilité est autant politique que juridique et la société civile devrait veiller à ce que chacun réponde de ses actes en bien ou en mal.

Face aux ODD plus ambitieux que les OMD, comment les Etats doivent-ils s’y prendre pour les intégrer au mieux dans les stratégies de développement pour une mise en œuvre efficace ?

Nos gouvernants doivent prendre leurs responsabilités, être proactifs et en cela, le Bénin est dans la bonne démarche. Nos Etats ont besoin d’être profondément réformés, nos administrations publiques doivent être repensées et nos services publics restructurés. Nous devons oser changer de modèle. Il n’y a plus de compromis à faire sur l’efficacité et l’efficience.

Nos Etats ont néanmoins besoin de faire des choix avertis et bien informés. Il serait regrettable de commettre des erreurs déjà commises par d’autres et bien documentées. Il y a bien de nombreux pays où l’accès à l’eau et à l’assainissement est universel et permanent depuis des décennies. Nous n’avons donc pas besoin de réinventer la roue. Si on s’y prend avec précaution, on devrait trouver la combinaison gagnante pour chaque pays. Au final, il faut de la volonté, de la rigueur, du dynamisme et certainement beaucoup de changements.

Pour vous, en définitive, les PPP sont-ils l’avenir du secteur de l’eau en Afrique ?

Je donnerai au PPP toutes ses chances. Je crois profondément à la valeur ajoutée du secteur privé, mais me garderai d’une conclusion aussi hâtive. Le secteur de l’eau a une obligation de résultat, une obligation d’efficacité et d’efficience. Les autorités publiques ont l’obligation de chercher et de trouver les meilleurs moyens pour parvenir aux résultats convenus. Le PPP peut être un des moyens, mais n’est certainement pas l’unique.

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May 24, 2014

Perturbations climatiques à Adjohoun (Bénin) : Quand la terre ne nourrit plus son homme

Alain TOSSOUNON (Bénin)

Dans la commune d’Adjohoun où les communautés sont condamnées ces dernières années à subir la furie des eaux, la vie tourne de plus en plus au cauchemar. Face au feuilleton aux mêmes épisodes des inondations, les populations impuissantes et dans la psychose, craignent chaque année le pire. Désormais, même si des réponses sont apportées pour conjurer le sort, la nouvelle vie avec la variabilité climatique est tout simplement devenue une lutte pour la survie.

Des femmes du village Houèdo-wô au cours des inondqtions

Des femmes du village Houèdo-wô au cours des inondqtions

90 mm de pluie. C’est la quantité d’une seule pluie enregistrée ce 12 mars 2013 dans le village de Houèdo-Wo dans la commune d’Adjohoun. Du jamais vu dans cette localité de l’avis des anciens de cette localité. Une pluie qui aura fait partie en fumée, plus de 50 ha de productions laissant les communautés dans un profond désarroi. Loin d’être anecdotique, les communautés de ce village s’habituent à connaitre chaque année, la même situation et dans la même période. Mais, elles ne sont pas les seules à vivre ces pires inondations devenues régulières.
Car, à quelques encablures, dans le village d’Agonlin-Lowé, toujours dans la commune d’Adjohoun, la pluie, autrefois porteuse de prospérité est aussi redoutée.
Aujourd’hui, “dès la tombée de la pluie, j’ai peur et je suis inquiète”, confie Élisabeth Kpossou, une habitante du village. C’est le même sentiment chez sa voisine et amie, Alice Codjo.
Pourtant, il y a encore quelques années, les inondations cycliques faisaient partie de la vie de ces paisibles communautés. Et loin d’être une fatalité, elles en avaient fait une opportunité en profitant de la fertilité du sol après le retrait des eaux pour obtenir de bons rendements des cultures. Depuis peu, cette époque est révolue et actuellement, “tout a changé”, raconte le chef de village, Samuel Boton qui, nous apprend que “maintenant, les inondations sont plus ravageuses”. Et de faire remarquer qu’avec les grandes pluies de ces derniers temps, ses inquiétudes sont plus grandes. “Cette année encore (2013), nous avons davantage peur avec les grandes pluies”. Car, le chef de village comme beaucoup d’habitants de sa localité,redoute la catastrophe de 2010. Une année exceptionnelle qui aura marqué tous les esprits dans ce village par l’ampleur jamais égalée, des dégâts enregistrés par les inondations dans cette partie méridionale du Bénin.
En effet, à l’instar de ces deux villages de la commune d’Adjohoun comptant 56 455 habitants, c’est tout le pays tout entier qui a été durement frappé par cette catastrophe. Sur l’ensemble du pays, le bilan était lourd et les dégâts importants. On a dénombré 46 morts avec plus de la moitié des communes sinistrées (55 communes sinistrées sur les 77 que compte le Bénin). Au total, 21 communes étaient sévèrement affectées, 680.000 personnes touchées et de vastes superficies de champs englouties par les eaux. Sans oublier les maladies hydriques telles que les diarrhées et vomissements, les affections cutanées, les affections gastro-intestinales et respiratoires et les maladies endémiques comme le paludisme qui ont durement affecté les populations.
Ainsi, ces pires inondations ont causé des dégâts au niveau des logements, écoles, centres de santé, routes, places de marché, lieux de cultes, réseaux d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement, et sur d’autres biens et services publics. Selon le rapport de l’Evaluation des besoins post catastrophes produit par le gouvernement et le Système des Nations Unies en 2011, l’ensemble des dommages occasionnés par les inondations sur l’économie béninoise s’élève à près de 78,3 milliards de FCFA (près de 160 millions USD).
Dans ce rapport devenu un rapport de référence, le sous-secteur agricole a été le plus touché du fait des pertes d’emblavures de cultures vivrières et de rente : 50,764 ha de cultures toutes spéculations confondues sont détruites.Pour des localités essentiellement agricoles comme celles d’Adjohoun (90% rurale), les dégâts sont énormes.”On a trop de problème actuellement parce qu’il pleut trop, on produit mais on ne récolte plus rien”, nous signale Hounsou Fidèle, pêcheur et agriculteur, âgé de 40 ans. “On s’attend toujours au scénario chaque année”, se désole le chef de village.

Les perturbations  climatiques, un obstacle à la sécurité alimentaire

Il n’y a plus de doute. Les inondations sévères enregistrées ces dernières années sont le fait des perturbations climatiques. Les scientifiques expliquent
qu’en plus de cette pluviométrie importante, l’hydrogéologie des plaines d’inondation et surtout de la plaine littorale favorise dès les premières pluies de la grande saison pluvieuse, la remontée des eaux souterraines. L’évaluation concertée de la vulnérabilité des populations effectuée dans le cadre du projet d’élaboration du Programme d’Action National aux fins de l’Adaptation aux changements climatiques, a ainsi révélé qu’au niveau national, on distingue trois risques climatiques majeurs à savoir (i) la sécheresse, (ii) les pluies tardives et violentes, (iii) les inondations. Mais dans ce spectre de dégâtscausés par les changements climatiques, l’agriculture est exposée et l’avenir prédit par les scientifiques est bien sombre. Pour le professeur EulogeOgouwalé duLaboratoire de Climatologie de l’Université d’Abomey-Calavi, les différents scénarii attestent la vulnérabilité agricole du Bénin. Les rendements pour certaines cultures comme le riz, le maïs, le manioc…selon le scenario SRES/B2 chuteront de l’ordre de -14,6 ; -38,2 et -19,2%. Dans un tel contexte, poursuit-il, 50% et 60% des populations du Bénin méridional auquel appartient les communautés d’Adjohoun seraient dans l’insécurité alimentaire. En conclusion, le climatologue indique que « les changements climatiques sont en train de se révéler comme le défi le plus important au développement en Afrique du 21e siècle. Il s’agit d’un grave risque pouvant handicaper la réduction de la pauvreté et menacer d’anéantir des décennies d’efforts de développement ».
En effet, selon la deuxième enquête sur les conditions de vie des ménages ruraux au Bénin, 33% au moins des ménages sont incapables de satisfaire leurs besoins minima alimentaires malgré le niveau élevé des dépenses alimentaires (70%) sur leur budget, la prévalence de la malnutrition aiguë au sein des enfants de 06 à 23 mois est de 19%.

Une difficile lutte pour la survie
Afin de voler au secours de ces communautés condamnées désormais à vivre entre inondations sévères, chaleur excessive, pluies tardives, vents violents, le village de Houèdo-wo dans la commune d’Adjohoun a été choisie parmi les six localités représentatives des zones agro-écologiques les plus exposées aux risques climatiques dans le cadre du Programme d’action national d’adaptation aux changements climatiques du Bénin. Un programme destiné à renforcer les capacités des communautés agricoles pour s’adapter aux changements climatiques dans quatre zones agro-écologiques vulnérables au Bénin. Ainsi, loin d’apporter des réponses toutes faites, le Coordinateur National du PANA1, Daniel Z. Loconon, au cours d’une de ses visites de terrain, a soutenu que le programme vient tout simplement “accompagner” les producteurs et communautés pour promouvoir les savoirs endogènes.
Pour améliorer leur résilience aux changements climatiques, un train de mesures prioritaires a été mis en marche sur le terrain à travers les différentes composantes du projet. Au titre des réalisations depuis la mise en œuvre effective du projet (réel démarrage en avril 2011), le PANA1 a contribué dans toutes les communes bénéficiaires, à la mise en place des Comités Communaux de Coordination Technique (CCCT) dans les neuf communes bénéficiaires et l’appui à la mise en œuvre des plans d’actions.
A ce jour dans ce village, en termes de réponses, le programme a mis à la disposition des communautés dans le domaine de l’agriculture, 3200 kg de semences de maïs à cycle court pour 101 producteurs pour une emblavure totale de 160ha. De même dans le domaine des cultures maraichères, elles ont bénéficié de 800.000 plantules de piment de variété locale au profit de 40 maraichers dont 7 femmes pour 20 ha. Encouragées également à une reconversion, pour développer la pisciculture, un train de 4 cages flottantes a été mis à leur disposition pour la production de poisson tilapia du Nil. Pour la cuniculture, divers matériels ont été acquis pour les accompagner avec l’achat de 80 lapines et 20 lapins. Et ce n’est pas tout. Le couvert végétala été reboise avec 17.800 plants d’Acacia pour l’implantation d’une forêt communautaire sur une superficie d’environ 2 ha sans oublier la culture de palmier à huile sélectionné sur 20 ha.
Au niveau des communautés, les effets se font sentir et les pertes subies autrefois sont progressivement amorties.
“Avant quand on plantait, l’eau venait prendre tout. On était soumis à la bonne volonté de la pluie. On faisait avec nos moyens. Et on ne connaissait que la grande saison”, nous raconte le chef de village, Félicien Houessou, qui se rappelle encore comme hier toute leur souffrance avant le programme. L’adoption de semences à cycle court est de l’avis de ces communautés, une bonne option. Et au Responsable communal pour la production agricole, Adango Étienne, de témoigner que c’est grâce au programme que par exemple, les producteurs utilisent des variétés de maïs de 70 jours en remplacement de la variété de 105 jours. En temps de contre saison, des techniques endogènes sont un recours. C’est le cas de la technique qui consiste à abandonner les herbes après le défrichage pour éviter ou limiter la perte d’eau. Ces différents procédés permettent d’améliorer le rendement à l’hectare. Une amélioration de rendement qui influe positivement sur les revenus des producteurs. De 30.000 FCFA la saison, Lucien Houessou témoigne qu’il gagne aujourd’hui jusqu’ à 500.000 FCFA pour la culture du piment.

Un bénéficiaire du Programme PANA sur son champ de riz

Un bénéficiaire du Programme PANA sur son champ de riz

Face aux résultats non négligeables, le Directeur général de l’environnement, Césaire Gnanglé, confie que les acquis enregistrés par le programme sont le résultat de l’approche participative fondée sur le renforcement des savoirs endogènes. Du même avis, le Responsable communal pour la production agricole, Adango Étienne, ne cache pas sa satisfaction quant à la pérennisation des acquis. “Ces résultats sont obtenus parce que le programme n’a pas importé des technologies et a fondé son approche sur les anciennes pratiques agricoles des producteurs”.
Face à la colère de la nature ou à la « malédiction » du ciel comme le pensent certaines populations, les producteurs immigrent progressivement vers la production du riz pour davantage se tirer d’affaire.
Ainsi, la vie qui s’arrêtait avec les inondations, reprend timidement avecles activités diverses qui occupent désormais les communautés : le recyclage des producteurs sur le piquetage, la trouaison et la plantation; l’entretien de la forêt villageoise, l’appui à la conduite de pépinières du riz et de piment, le labour et le repiquage du riz par l’approche SRI (Système de Riziculture intensive).
Seulement, comme le soutient le CoordonnateurDaniel Z. Loconon, les actions sont loin de satisfaire tous les besoins et de répondre efficacement aux effets de la variabilité climatique. « Il est même trop tôt et nous sommes dans l’action », se défend-t-il.
Pendant ce temps, les communautés attendent toujours des mesures hardies et efficaces pour répondre aux affres des inondations. Désormais, avec ces inondations, la lutte contre la pauvreté est devient plus complexe que jamais pour le malheur des communautés.

Encadré : Des ressources en eau en diminution
Alors que les communautés de la partie méridionale subissent la dure réalité des inondations, les ressources en eau connaissent une diminution. Un vrai paradoxe que révèlent plusieurs études de scientifiques. C’est en effet ce que nous enseignent les travaux du Géophysicien et hydro climatologue, TotinVodounon S. Henri, qui indiquent que sur le bassin de l’Ouémé, le plus grand au Bénin, par exemple, un déficit pluviométrique de l’ordre de 20 % a conduit à une diminution d’environ 40 % des ressources en eau de surface. Il en est de même dans les autres bassins hydrologiques : Mono, Couffo, Pendjari, etc. mais à des proportions variées.
Avant lui, le professeur Abel Afouda, l’un des experts en changement climatique avait déjà tiré la sonnette d’alarme dans une interview donnée au journal Le Municipal en 2009 faisant observer que la diminution de 20% observée depuis les années 70 au niveau des précipitations se traduit au niveau des ressources en eau dans les rivières, par une diminution d’environ 40% . Des études que corroborent les données climatologiques du professeur Michel Bokorévélant une diminution du nombre de jours de précipitation. Le climatologue averti signale que l’analyse comparée de ces données entre les normales 1971-2000 et 1941-1970, montre globalement que les précipitations ont baissé de 16% à 28% dans le Bénin méridional et central.
Ainsi, « Si on ne fait rien des maintenant, nous sacrifions et nous enterrons les générations avant qu’elles ne voient jour. Ce serait le plus grand échec de notre civilisation », déclare le professeur Michel Boko. De l’avis de beaucoup d’experts à l’instar du Dr Ernest Amoussou, les actions qui sont en cours dans le pays sont encore insuffisantes. Et pour l’heure, face aux contraintes qu’imposent le changement et la variabilité climatique sur la disponibilité, l’accessibilité, l’approvisionnement et la demande en eau au Bénin, « l’anticipation qui pourrait résulter de la prise en compte des phénomènes climatiques ne constitue pas encore une priorité de décision dans les secteurs de l’eau et de l’énergie », regrette l’hydroclimatologueTotinVodounon S. Henri. Pendant ce temps, les communautés assistent impuissantes à la nouvelle réalité avec des réponses qui sont loin de combler toutes leurs attentes. Pour le professeur Michel Boko, il manque à la politique nationale actuelle « des approches cohérentes ». A cela, il ajoute « le manque d’approche participativedes médias, de la société civile et même de la population ». Ainsi, seuls un engagement des décideurs et l’avènement de nouveaux programmes d’adaptation en cohérence avec ceux en cours et dans une synergie d’actions pourront sortir les communautés de l’angoisse des inondations et des autres effets des changements climatiques.

April 2, 2014

Réunion de plaidoyer de haut niveau sur l’hygiène et l’assainissement : Le Bénin en guerre contre la défécation à l’air libre 

A. P. Virgil HOUESSOU (Bénin)  Mobiliser  toutes les énergies dans le sens de l’assainissement total et mettre fin à la défécation à l’air libre d’ici 2025 dans toutes les communes du Bénin, c’est l’objectif d’une réunion de plaidoyer de haut niveau qui s’est tenue vendredi au Palais des congrès de Cotonou. C’est une initiative du ministère de la santé et de Unicef Bénin. L’invité de marque est Kamal Kar, le père fondateur du concept de l’assainissement total piloté par les communautés (ATPC).                                                                                                                                                                      

Le Ministre de la Santé, Mme Dorothée Kindé Gazard entourée des partenaires

Le Ministre de la Santé, Mme Dorothée Kindé Gazard entourée des partenaires

 

 

 

 

 

 

 

 

« Si le Bénin veut atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) d’ici 2015, il peut y parvenir ». C’est en cette exhortation que se résume la communication donné par Kamal Kar, le père fondateur du concept de l’Assainissement total piloté par les pairs (ATPC). Selon les statistiques actuelles le Bénin semble encore très loin de l’atteinte des Omd dans le domaine de l’assainissement. Les populations béninoises sont en très mauvaise posture dans la sous-région. Le ministre de la santé, Dorothée Kindé Gazard, a déclaré qu’au classement des mauvais élèves en matière d’assainissement, le Bénin occupe la 4ème place en Afrique et la 1ère en Afrique de l’Ouest. Plus de 86% de Béninois ne bénéficient pas de conditions d’assainissement de base. Dans les zones rurales, plus de 70% d’enfants défèquent dans la nature par défaut d’accès aux ouvrages adéquats. C’est pour trouver des réponses à ces aspects que se tient se tient la réunion  de plaidoyer de haut niveau sur l’hygiène et l’assainissement. « Il est question d’élaborer un feuille de route opérationnelle et aller à l’essentiel en mettant en œuvre les nombreux outils techniques et politiques prévues à cet effet », a expliqué le ministre de la santé. Pour cela, il existe déjà un budget programme par objectif bien déterminé. « Il faut éradiquer la défécation à l’air libre au Bénin d’ici 2025 en trouvant des options durable de crédit d’assainissement à mettre à la disposition des communes », a ajouté le ministre.

Kamal Kar, Père fondateur de l'approche ATPC

Kamal Kar, Père fondateur de l’approche ATPC

Aux maires, autres élus locaux et divers acteurs de la décentralisation invités à cette réunion au même titre que des techniciens d’hygiène et d’assainissement, le Directeur national de la santé publique explique que l’amélioration des indicateurs de performance du secteur de la santé passe par la prévention avec un accent sur l’hygiène et la santé. « Il faut des latrines institutionnelles et familiales dans toutes nos contrées », précise-t-il. Le défaut d’assainissement coûte chaque année au Bénin plus d 50 milliards de francs CFA de perte. D’où la responsabilité des élus locaux. « Au lieu de faire directement le transfert des crédits aux communes, nous avons jugé important de voir avec vous lors de ce plaidoyer les outils à mettre en place pour orienter véritablement les ressources dans ce sens dans les communes », a dit le ministre de la santé. Il est question de les aguerrir à adopter réellement le concept de l’assainissement total piloté par les pairs (ATPC) dont ils sont les véritables forces motrices au niveau des communautés en collaboration avec les organisations de la société civile. Car bien réussi, le secteur de l’assainissement par le modèle de l’ATPC peut être aussi une source de création de richesses. D’où la présence des représentants des banques et autres institutions financières pour accompagner le processus parmi les élus locaux, la société civile et les techniciens pour écouter les conseils de Kamal Kar, initiateur de l’ATPC dont la mise en application en Asie a connu un succès inattendu.