Archive for June, 2016

June 30, 2016

Fourouyèkèrè et Okpara au Bénin: Ces cas écoles de bonnes pratiques de gestion des ressources en eau

Alain TOSSOUNON (Cotonou/Bénin) 

Face aux ressources en eau menacées de disparition, l’approche de Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) longtemps promue, est apparue depuis peu comme la seule alternative pour passer à une gestion durable. Loin d’être désormais un slogan, la GIRE pour tous et pour tout devient de plus en plus une réalité au Bénin.

Le Fleuve Okpara (et le barrage de Kpassa) désormais à l'abri de la disparition, fruit de l'appropriation par tous les acteurs de l'approche GIRE

Le Fleuve Okpara désormais à l’abri de la disparition, fruit de l’appropriation  de l’approche GIRE

La rivière « Fourouyèkèrè », bras de la Yerpao, un fleuve qui traverse toute la ville de Natitingou située  au nord du Bénin, ne coulait plus comme par le passé. En 2008, plusieurs acteurs ont sonné l’alerte. Car, pour les uns comme pour les autres, cette rivière était tout simplement en voie de disparition. Pourtant, le fils du milieu et ancien Directeur des mines, de l’énergie et de l’eau de l’Atacora-Donga, Joachim Sama racontait : « il y a quelques années, on faisait la pêche mais depuis, deux semaines après une pluie, il n’y avait  plus une goutte d’eau dans la rivière ». Un constat amer qui traduisait bien, la gravité de la situation et les dangers auxquels s’exposaient les communautés de cette ville.

Toujours en 2008, à quelques kilomètres de cette ville, au nord du pays, le barrage de l’Okpara, principale source d’approvisionnement en eau potable pour les populations de la ville de Parakou, était aussi  dans un état de dégradation avancé.  En absence d’eaux souterraines, le seul recours reste les eaux de surface mobilisées à travers le barrage érigé sur le cours d’eau  d’Okpara long de 200 km. Si le barrage était dans un état préoccupant, le fleuve connaissait  de graves problèmes de pollution par les produits chimiques  utilisés par les producteurs de coton en amont du cours d’eau. Mais, la ressource était aussi devenue le déversoir des déchets solides et plastiques ménagers, des fientes et cadavres d’animaux.  Pour ces deux cours d’eau, la menace d’une disparition était bien réelle.

Pourtant, les communautés dont la vie est intimement liée aux ressources en eau, n’ignorent pas les avantages et profits qu’elles en tirent. « Ce n’est pas pour rien que nous vivons près du fleuve Okpara, nous connaissons bien ses bienfaits. Nous appelons en langue bariba (une langue locale du milieu), le fleuve, notre mère pour signifier toute son importance pour notre vie », nous confie un notable de la localité et premier ministre du roi de Parakou, Abouki Sarigui.

Des actions de sauvetage à l’avènement d’une bonne gestion

Afin de trouver des solutions efficaces et immédiates, le Partenariat National de l’Eau du Bénin a mis en route des initiatives pour voler au secours de ces ressources en eau en voie de disparition. Inscrites dans le cadre des actions pilotes, le fleuve Fourouyèkèrè », comme le barrage de Kpassa situé sur le fleuve Okpara ont été retenus comme plusieurs autres initiatives pour tester l’approche de Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE). Pour les acteurs du secteur, ces deux situations constituaient des cas d’école qui posaient  toute la problématique de la gestion durable des ressources en eau.

Ainsi, dans les deux cas, les actions de sauvetage ont démarré par la mobilisation de tous les acteurs et usagers. Un travail de plaidoyer a été mené pour  réveiller la conscience citoyenne de tous les usagers et acteurs face aux différents problèmes que connaissaient des deux ressources. Grâce à la mise en place d’un cadre de concertation, principal creuset de dialogue entre acteurs locaux et usagers, plusieurs actions ont été menées autour des ressources pour assurer leur protection. Des couloirs de passage des animaux de transhumance et de commerce pour réduire la pollution à la construction des abreuvoirs, plusieurs mesures allant jusqu’à la restauration du couvert végétal autour des ressources en eau ont été prises.  Pour garantir la durabilité de la protection de la ressource, la gestion sectorielle a été abandonnée au profit de la gestion concertée. « Les problèmes que connaissaient le fleuve et son barrage sont le fait d’un manque de dialogue entre utilisateurs de l’eau. Beaucoup d’acteurs intervenaient. Eleveurs, agriculteurs, la SONEB qui est la société d’eau qui prélève l’eau de barrage pour alimenter les populations…tout le monde agissait de son côté. Il n’existait pas de cadre pour la concertation », explique l’ancien maire de Tchaorou, Bio Sounon Bouko. Cette entreprise de mobilisation qui promeut le dialogue entre les différents acteurs a conduit au développement et au renforcement des Associations des communes pour faire face au défi commun de protection des ressources en partage. Dans bien des cas, maintenant que les acteurs se parlent et se retrouvent, la gestion de la ressource est mieux suivie. « Avec cette initiative autour du barrage de Kpassa sur le fleuve Okpara, nous avons compris que tous les acteurs et usagers doivent contribuer à la protection de la ressource », signale l’ancien maire de Parakou, Soulé Alagbé. Passée l’étape de la structuration des usagers et du bureau du Conseil des Acteurs pour la Gestion Concertée (CAGC) du barrage, la matérialisation de 4,6 km de berges délimitées et reboisées sur  une superficie totale de 22 ha, la validation du plan d’aménagement du couloir de transit du bétail contournant la cuvette  du barrage, la proposition d’une feuille de route d’exécution du plan d’aménagement ou le plaidoyer pour l’appropriation des fonctions liées à la protection et au suivi du barrage par la SONEB, le fleuve Okpara et son barrage sont sauvés de la disparition. Plus encore ce plaidoyer a conduit à la mobilisation des partenaires pour un grand projet d’alimentation en eau potable de la ville de Parakou et ses environs d’un coût global de plus de 15 milliards de francs CFA dont le financement est acquis. « Toutes les mesures prises par l’initiative pour sauver le barrage et  protéger le fleuve n’ont pas de prix », soutient l’ancien directeur de la ferme de l’okpara, Dr Fataou Zakarie Touré.

Aujourd’hui, la ressource bénéficie d’un suivi rapproché par les services techniques communaux, la SONEB et le Secrétariat Exécutif permanent (SEP) du Territoire de Développement de l’Ouémé Supérieur (TDOS) regroupant les trois communes ayant en partage la ressource et au niveau national, un Comité d’Orientation et de Suivi (COS) est mis en place de même  que le Conseil National de Coordination et de Suivi des initiatives (CNCS) GIRE,  regroupant le PNE-Bénin avec la Direction Générale des Ressources en Eau et les Partenaires Techniques et Financiers. Les usagers sensibilisés abandonnent progressivement les mauvaises pratiques de pollution et, entre éleveurs et agriculteurs, les conflits sont rares à cause des couloirs de passage des animaux disponibles et respectés par tous.

Longtemps perçue comme une approche abstraite, avec ces différentes initiatives pilotes qui ont permis de voler au secours des ressources en eau menacées de disparition, la GIRE au Bénin est entrée dans sa phase concrète. Désormais, pour les ressources en eau, le professeur Abel Afouda, indique qu’il faut poser les bases solides d’une gestion durable de ces ressources. C’est pourquoi, le Bénin s’est doté d’un Plan National de Gestion Intégrée des Ressources en Eau (PANGIRE)  sur la période 2011-2025  qui repose sur une série de cinquante-cinq (55) actions dont « l’exécution vise à créer l’environnement favorable à une gestion durable et à une mise en valeur optimale des ressources en eau, facteurs de développement socioéconomique du Bénin ». Mais, il reste encore beaucoup à faire dans la mise en œuvre de ces actions identifiées pour être en phase avec la politique régionale de l’eau au niveau de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui recommande la GIRE pour  prendre en compte l’ensemble des usages et impliquer tous les acteurs autour de la ressource. Le chemin est encore long et l’un des défis majeures pour le Bénin, reste l’effectivité de la gestion par bassin de ces ressources en eau.

Pour l’heure, la mise en œuvre de toutes ces initiatives laisse derrière elle, au-delà des actions entreprises pour sauver les ressources en eau, des cadres de dialogue indispensables et fondamentales pour la préservation et une bonne gestion des ressources en eau en phase avec les principes promus par la GIRE.

 

 

Alain TOSSOUNON

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June 29, 2016

Aire marine protégée de Joal : la bouée de sauvetage des espèces en voie de disparition

Par Idrissa SANE (Dakar/Sénégal)

L’espoir renaît entre la terre et la mer à Joal Fadiouth. L’aire marine couvrant 174 kilomètres carrés est une bouée de sauvetage des espèces en voie disparition comme les Thiof. L’aménagement de l’Aire marine protégée (Amp) a contribué à la restauration des habitats, des zones de frayères. Des espèces qui avaient disparu ont réapparu. Elles sont passées de 78 en 2013 à 108 en 2014 et à 118 en 2015. L’Amp est un sanctuaire de la régénération de la biodiversité.

SAM_4059La marée est haute au quai de Jaol, une ville côtière, située à une centaine de kilomètres au sud de Dakar ce mardi 21 juin 2016. Des vendeuses chargées de bassines  de poissons s’échinent  à sortir de l’eau. D’autres femmes vendent des beignets, des petits déjeuners, çà et là sous des parasols. Sur la terre ferme,  des ouvriers acheminent des caisses de poissons presque en courant vers les camions frigorifiques. Au rivage, El Hadj Kane, un pêcheur,  Makha Seck et  un mareyeur se prélassent. Les deux jeunes font face à la vaste étendue d’eau couvrant l’Aire marine de protégée de Joal Fadiouth créée par le décret N° 2004-1408 du 4 novembre 2004. L’Amp a sorti les activités de ces deux jeunes des eaux troubles. « Les eaux de Joal Fadiouth  sont de nouveau poissonneuses. J’ai été pris surpris en train de pêcher dans l’aire protégée. Mais je n’en reviens pas. J’avais presque ramassé des poissons. L’Amp a fait renaître l’espoir chez la communauté de pêcheurs qui ont amélioré leurs recettes », témoigne  El Hadj Kane. L’Amp est une nasse fourmillant de poissons. Elle déborde sur ses dépendances extérieures où la pêche est autorisée. La pêche n’est plus dans le creux de la vague à Joal Fadiouth. A l’image de ces nuages qui se déplacent sur ce ciel bleu, les incertitudes s’éloignent du plus grand poste de débarquement de poissons en Afrique de l’Ouest. Depuis 2013, une superficie de 174 kilomètres carrés est sous la protection de la communauté, des services des eaux et forêts, des services de la pêche, des mareyeurs et un agent assermenté de l’Amp. C’est une zone fermée sous haute surveillance de jour et de nuit. « Les populations autochtones participent à la surveillance de l’Amp. Nous organisons des patrouilles avec des pirogues motorisées. Nous effectuons une dizaine de sorties par mois en tenant en compte des conditions météorologiques. Notre objectif ultime n’est pas d’appréhender les pêcheurs mais de les dissuader », raconte le capitaine Mamadou Ndiaye, le conservateur de l’Amp de Joal Fadiouth. Deux miradors sont plantés, sur les deux extrémités de l’aire protégée sur le continent, l’un au Cape Finio et l’autre à Banc Gaskel près de Ngazobil. Du haut des miradors, les surveillants ont une vue panoramique sur l’Amp. La surveillance physique est couplée à  une surveillance bioécologique. « Nous réalisons 4 suivis bioécologiques, en période froide, puis froide-chaude, ensuite chaude  et enfin chaude-froide parce que la présence d’une espèce est dictée  par rapport à sa biologie », renseigne le conservateur.

L’Arche de Noé posé sur la mer

L’Amp est au centre d’intérêt des institutions de recherche comme le Centre de recherches océanographiques de Dakar Thiaroye (Crodt) et l’Institut de recherche pour le développement (Ird). Les chercheurs déterminent de façon régulière les paramètres physico-chimiques, le PH entre autres. Ils  observent l’état des habitats qui sont  l’Arche de Noé marin. L’Amp est une bouée de sauvetage pour des espèces halieutiques en voie de disparition.  « L’Amp a contribué à la fois à la régénération des espèces et à l’augmentation des stocks. Les pêcheurs sont prêts à payer des millions de francs Cfa pour accéder à l’Amp parce qu’ils savent pertinemment  que leurs captures vont couvrir ces pénalités. En 2013, on a dénombré 78 espèces, en 2014 on est  108, alors qu’en 2015 on est à  118 espèces », rapporte le conservateur.  Après des décennies d’absence, les crevettes refont surface dans les eaux de Joal Fadiouth. Leur capture remporte beaucoup aux populations et aux prêcheurs entre octobre, novembre et début décembre. C’est le bloom des crevettes. La communauté récolte les fruits de leur engagement écologique. L’Amp est le gît des nurseries, des zones de frayères, c’est-à-dire de reproduction des poissons. C’est dans cet espace marin que les poissons sont vraiment libres dans leurs eaux. Jadis, ces espèces sont traquées, aculées aussi bien dans en surface qu’en profondeur dans tous les coins de la mer. L’apparition des nouvelles espèces est l’autre versant des retombées de la conservation. Les tortues marines, les lamantins d’Afrique, les dauphins repeuplent les habitats marins. Le cymbium, les crabs, les poulpes,  les murex, les huîtres sont réapparus. Cette diversité des espèces et l’abondance des ressources ont des impacts sur l’avifaune. Les sternes,  les mouettes,  les pélicans ont retrouvé leur paradis écologique réhabilité. Selon le rapport d’activité de l’année 2015, sur l’ensemble des campagnes de suivis bioécologiques menées dans 6 stations suivant les 4 saisons hydrologiques sur 101 taxons, 101 espèces de poissons, 2 espèces de crustacées, 1 espèces de tortues, et 1 espèces d’oursin de mer ont été identifiées. « La direction de la pêche a réalisé l’année dernière une étude qui a indiqué que les quantités des captures sont plus importantes à Joal que celles de Mbour. L’importance des quantités de Thiof débarqués à Joal sont en partie imputables à l’Amp. Avec la dégradation des stocks, le ministère met l’accent sur l’aménagement des pêcheries. L’Amp est une zone de conservation », témoigne le chef de service régional de pêches, Ibrahima Diouf. L’aire est le siège d’un upwelling saisonnier. L’étude sur la caractérisation du peuplement ichtyfaunique  soutenue par le projet « Gowamer » a révélé que : « Ethmalosa fimbriata, Liza dumerilli, llisha africana, Oreochromis nilstieus, Musil cephalus et Pomasys jubellini » sont des espèces les plus nombreuses. La régénération a éveillé les consciences. Sur les bergers du bras de mer, la main de l’homme a restauré les mangroves créant un espace de repos et de reproduction des espèces marines.

Des vagues de contestation d’hier  

En 2015, la communauté était en première dans les opérations d’immersion des récifs en coquillages. Leur fabrication revient à emballer des coquillages de cybium dans des sacs en grillage galvanisé en dimensions manipulables. A côté, il y a des récifs en béton armé plus durables. Aujourd’hui, c’est l’union sacrée autour de l’Amp. Hier, le processus avait soulevé des vagues de contestations. « Les pêcheurs avaient pratiqué leurs activités dans l’actuelle zone de l’Amp depuis plus de 40 ans. Lorsque vous venez un beau jour pour leur dire qu’ils ne doivent plus pêcher. C’était inimaginable pour ces vieux usagers. Il y avait des contestations. Il a fallu utiliser les pêcheurs pour parler aux pêcheurs. Dans le processus, nous avons impliqué les pêcheurs, les mareyeurs, les ong, les services de pêches, des eaux et des forêts. Il y avait toutes les parties prenantes. Nous avons fait 4 ans de communication, de sensibilisation  pour convaincre les pêcheurs à ne pas pêcher dans l’Amp. Nous avons pris en compte les droits coutumiers. Nous avions laissé les autochtones pêcher pour leur consommation et interdire la pêche commerciale  », se souvient le président du comité gestion de l’Amp, Karim Fall. La clé du succès repose aussi par l’engagement communautaire. Les différentes parties prenantes jouent le jeu. La création d’une Amp ne s’est pas limitée par la délimitation d’une aire géographique. Un agenda d’activités comprenant la sensibilisation et des aménagements est exécuté tout au long de l’année. Il y a un tableau de bord de suivi/évaluation. L’Amp de Joal Fadiouth est un laboratoire en Afrique.

 

 

 

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June 26, 2016

Les bons comptes de la pharmacie communautaire de Passy

Idrissa SANE (Dakar, Sénégal)

La détresse humaine n’a pas rendez-vous avec l’humanisme et la solidarité à Passy, une commune située au centre du Sénégal et environ 200 kilomètres de Dakar. Ici, 750 personnes ont adhéré à l’initiative de collecte, de partage des médicaments. Au bout d’une année, des habitants ont commencé à cultiver des consultations précoces et le suivi médical. L’accès aux médicaments n’est plus un casse-tête dans cette commune où tout le monde trouve son compte en confiant le reste de ses médicaments à la pharmacie communautaire virtuelle classée parmi les 6 projets les plus innovants dans le monde sur 5100 qui étaient en compétition à Marrakech en 2015.

La commune de Passy se réveille peu à peu en ce lundi d’avril 2016. Les femmes à bord des charrettes ou des motos-taxis se rendent au marché. Au centre de santé, des personnes sont déjà dans des files d’attente. Ousmane Diallo, un homme de grande taille, la barbichette grisonnante, enveloppé dans un pull-over se pointe à la pharmacie du centre de santé. Il tend un sachet contenant le reste de ses médicaments. Une dame inscrit toutes les données sur un registre. « Je suis venu l’année dernière à deux reprises pour adhérer à la pharmacie communautaire, une initiative du projet « Jokko Santé » mais on me disait que les fiches d’inscription étaient épuisées. Aujourd’hui, je viens pour leur remettre des medicaments », explique Ousmane Diallo.

 

Il vient d’enrichir et d’augmenter le stock de médicaments de la pharmacie virtuelle communautaire de Passy. Il offre ainsi plus de chances à ceux qui sont dans le besoin immédiat de se soigner. Mais Ousmane Diallo accroît également ses possibilités d’avoir un accès aux traitements dans le futur. « Les personnes qui étaient malades nous confient le reste de leurs médicaments. En contrepartie, nous leur donnons des points accessibles sur leur téléphone portable. En cas de besoin, elles peuvent utiliser leurs points pour se procurer d’autres médicaments. Si elles manquent de points, elles peuvent demander un prêt de points auprès de leurs voisins. Si maintenant, nous n’avons pas les médicaments, nous utilisons ces points pour payer des médicaments à la pharmacie privée que nous remettons à la personne qui est dans le besoin immediate », renseigne Diama Ndiaye, la gestionnaire des outils à la pharmacie du centre de santé de Passy.

Un ouf de soulagement

Dans les couloirs du centre de santé on croise les membres de la pharmacie virtuelle communautaire dans les différents services. Le barbe fournie sur un visage emacié, Lamine Sylla a reçu plusieurs fois des médicaments de la pharmacie communautaire. « Auparavant, lorsque le médecin ou l’infirmier prescrivait une ordonnance, c’était difficile de l’avoir surtout si elle coûtait plus de 8.000 F Cfa parce que nous sommes dans un milieu pauvre. Il fallait faire un choix entre assurer la dépense et l’achat des médicaments. Pour un chef de ménage, le choix est vite fait », déclare Lamine Syalla. L’ouverture de la pharmacie communautaire met fin à ce choix cornélien. « Je suis une hypertendue. Chaque mois, je dépensais au moins 8.000 FCfa pour mes médicaments. Mais depuis que « Jokko santé » est mis en place, je ne dépense plus rien. J’ai les médicaments grâce à mes points qui sont dans la base de données », apprécie Fatou Diop. Des voix bénissent cette initiative et prient pour sa réussite.

Consultations précoces

Au centre de santé, les infirmiers et les agents de l’administration constatent des effets d’entrainement sur les consultations précoces et sur le suivi médical. A Passy, on ne diffère plus les consultations. Ndèye Marième Diallo, une des gestionnaires de « Jokko Santé » verse ces consultations précoces sur le compte de la pharmacie communautaire. « Les personnes n’attendent pas que leur maladie s’aggrave pour se faire consulter. Elles viennent tôt parce qu’il n’y a plus de contrainte pour avoir des medicaments », affirme-t-elle. Dans une salle du bâtiment situé à l’entrée, Mafoury Bangour

a met à jour des données du centre de santé dans de gros registres de couleur verte dégradée. Elle souligne que les populations fréquentent de plus en plus le centre de santé grâce à la pharmacie virtuelle communautaire. « Jokko Santé a contribué à faciliter l’accès aux soins à beaucoup d’habitants de Passy. Ils fréquentent de plus en plus le centre de santé », vante Mme Bangoura. Par ce mécanisme, « Jokko Santé » démocratise l’accès aux soins et aux médicaments à des personnes du monde rural aux revenus modestes.

En 2015, cette initiative est considérée comme faisant partie des 6 projets les plus innovants à travers le monde sur 5100 en compétition pour le Prix African Entreneurship. Les candidats étaient originaires de 54 pays d’Afrique et 94 pays des autres continents. « Jokko Santé » a été le seul projet francophone primé à l’African Entrepreneurship Award 2015 soutenu par la Banque BMCE de Marrakech.

 

Combattre l’automédication

La pharmacie virtuelle est inspirée de la boîte à pharmacie familiale. L’expérience en cours dans la zone de Passy conforte les initiateurs à passer à une autre étape. Plus de 750 personnes ont adhéré à cette initiative soit une personne par ménage dans cette commune de 600 foyers. Le concepteur du projet, Adama Kane cherche à la fois à lutter contre la péremption des médicaments et aussi à combattre l’automédication. « Il y a une disponibilité des médicaments et leur accessibilité qui ont augmenté la fréquentation du centre de santé. Il y a une disparition de la vente des médicaments de la rue.

Aujourd’hui grâce aux entreprises Sonatel, Bolloré et Sodipharm, aux bonnes volontés, et à la collecte des médicaments non utilisés, beaucoup d’habitants de Passy ont accès aux médicaments sans dépenser un sou », note Adama Kane. A Passsy, on prie pour sa pérennisation. Il y a un échange de médicaments de plus 2 millions de francs Cfa au bout d’un an d’expérimentation. C’est aussi un exemple à suivre.

June 23, 2016

Intégrité et lutte contre la corruption dans le secteur Eau et Assainissement: Les acteurs se dotent d’une Charte de bonne gouvernance

Alain TOSSOUNON (Cotonou/Bénin) 

Les acteurs du secteur de l’eau et de l’assainissement se sont retrouvés le 21 juin 2016 à l’Infosec de Cotonou, en présence de la Coordonnatrice Afrique francophone du réseau WIN, pour valider la Charte de bonne gouvernance pour l’intégrité. Au terme d’un processus qui aura  duré plusieurs mois, les acteurs disposent désormais d’un instrument de promotion de l’intégrité et de lutte contre la corruption. 

Photo de famille des participants avec le ministre en charge de l'eau, Dona Jean-Claude Houssou

Photo de famille des participants avec le ministre en charge de l’eau, Dona Jean-Claude Houssou                                        (Photo A.T)

Avec pour objectif d’améliorer le contenu de la Charte et son mécanisme d’opérationnalisation avant de passer à la validation, l’atelier a mobilisé plusieurs acteurs. En dehors des Organisations Non Gouvernementales (PNE-Bénin, Protos, Helvetas, CARE Bénin, Social Watch, ALCRER, Alliance Wash Bénin, EAA-Bénin) et les médias, les structures publiques en charge du secteur, les acteurs communaux, les acteurs privés et les Partenaires Techniques et Financiers (Ambassade des Pays-Bas, GiZ, PNUD) étaient tous représentés.

En ouvrant les travaux, le Secrétaire Général du Ministère représentant le ministre, Jean-Claude Gbodogbé, a rappelé que l’eau et l’assainissement constituent des priorités dans le Document de stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté. Plus encore, le président de la République s’est engagé à faire de l’accès à l’eau, un droit inaliénable.

Mais, il a surtout salué l’avènement de cette Charte qui intervient juste après « la crise liée aux irrégularités constatées dans la gestion financière de la 2ième phase du Programme pluriannuel d’appui au secteur de l’eau et de l’assainissement (PPEA2). « Cette crise nous donne l’occasion d’œuvrer à renforcer notre système de gouvernance », a-t-il soutenu.

Avant son intervention, le président du Partenariat National de l’Eau du Bénin (PNE-Bénin), André Toupé, a souligné que d’après le rapport mondial sur l’intégrité publié en 2008 par Transparency International et le réseau WIN, le manque d’intégrité constitue l’une des causes de la situation de manque d’eau des populations. Face à cette situation, il soutient que « la nécessité d’une bonne gouvernance et de l’instauration de mesures permettant de lutter contre la corruption pour améliorer les performances du secteur font l’unanimité ».

Invité surprise, le ministre en charge de l’eau, Dona Jean-Claude Houssou, est venu soutenir cette initiative qui pour lui, s’inscrit parfaitement dans la vision du gouvernement actuel qui fait de la bonne gouvernance son cheval de bataille. Dans sa brève intervention, il a indiqué également qu’il est important dans les actions à entreprendre, de prendre en compte le développement des capacités.

Des engagements de l’espoir

Avant les travaux en groupe qui ont permis d’examiner les aspects importants de la Charte, les participants ont eu droit à la présentation du processus ayant conduit à l’élaboration de la Charte. Un processus qui a démarré avec l’exercice de l’Evaluation annotée de l’Intégrité de l’Eau /AEP rural en 2011 et l’affaire du Programme Pluriannuel d’appui au secteur de l’Eau de l’Assainissement2ème phase (PPEA2) qui ont révélé un faible niveau d’intégrité. Egalement, cet état des lieux a mis à nu des manifestations de la corruption. A partir de ce moment, le combat pour l’intégrité et la lutte contre la corruption s’est imposé comme un défi majeur. Et ce, malgré l’existence de textes juridiques de répression de la mauvaise gouvernance. Une fois mis en route, le processus a conduit à l’élaboration de la Charte qui dans son contenu, rappelle les principes et valeurs d’une gouvernance pour l’intégrité, précise les engagements des parties prenantes (Etat, Collectivités, Privé, Sté civile et Partenaires) et les dispositions diverses de mise en œuvre. Comme principes cardinales de la Charte, on retient la transparence, la  responsabilité, l’obligation, la participation citoyenne et les valeurs fondamentales promues sont : l’équité, le sens de responsabilité, l’intégrité et la justice. L’originalité de cette Charte est à retrouver dans les engagements qu’elle contient pour les parties prenantes. Dans les engagements, si l’Etat central doit, entre autres, respecter et renforcer l’indépendance et la transparence du système de contrôle interne, les collectivités locales, se doivent de veiller à une répartition rationnelle et équitable des infrastructures, le secteur privé doit respecter le code d’éthique et de moralisation, et enfin, les ONG et associations doivent davantage se mobiliser pour renforcer les mécanismes, outils et initiatives de veille citoyenne.

Le ministre de l'eau, Dona Jean-Claude Houssou s'adressant aux participants

Le ministre de l’eau, Dona Jean-Claude Houssou s’adressant aux participants (Photo A.T)

Au total, les participants ont dans les groupes de réflexion, approfondi les questions relatives aux modes d’adoption et  d’adhésion; le cadre institutionnel de la mise en œuvre, le mode de financement proposé ou encore la formalisation de la charte, les sanctions et le cadre logique. Au terme de l’atelier, plusieurs recommandations ont été faites pour faciliter la mise en œuvre du mécanisme d’opérationnalisation qui a aussi été validé.

Alain TOSSOUNON (Coll.)

June 16, 2016

Projet de Gestion Intégrée des Catastrophes et des Terres (PGCIT) : Les professionnels des médias à l’école de l’environnement

Carole AGHEY (Lomé/Togo)

Une trentaine de journalistes publics et privés de la presse écrite et de l’audiovisuel est depuis mardi en formation sur le traitement de l’Information Environnementale. Pendant cinq (5) jours, ces professionnels de, média, seront formés sur l’animation du Desk Environnement dans un contexte de décentralisation. Cette formation qui se déroule dans les locaux de la mairie d’Aného (45 km de Lomé), s’inscrit dans le cadre des actions synergiques et complémentaires du Projet Renforcement des capacités nationales et décentralisées de gestion de l’Environnement (PRCNDGE) et du Projet de Gestion Intégrée des Catastrophes et des Terres (PGCIT) entrée en exécution depuis 2012.

 

Photo de famille des participants

                    Photo de famille des participants

C’est pour vulgariser ces différents projets que le ministère de l’Environnement et des ressources forestières a initié cette formation de 5 jours dans l’une des villes du Togo, qui vit quotidiennement au rythme du changement climatique. Lors du lancement de l’atelier le 06 juin dernier, le Coordonnateur adjoint du projet PGICT, Afenutsu Kossivi Espoir, a déclaré que toute une partie du projet est consacrée à la sensibilisation et qu’avec le concours des médias, les actions de secours et de prévention seront mieux coordonnées.

Le Représentant du ministre de l’Environnement et des ressources forestières, Amevor Tata, en ouvrant officiellement les travaux, a fait savoir que la COP21 de Paris a contribué énormément à une prise de conscience générale dans le monde sur l’impact qu’exercent les changements climatiques sur l’environnement. « Les deux projets (PGICT et PRCNDGE) se mettent en synergie pour mieux aider les médias à communiquer sur les questions liées à l’environnement. Nous sommes conscients qu’avec le concours des médias, les actions en matière de changement climatique trouveront une meilleure visibilité », a-t-il ajouté.

Il s’agit, entre autres pour les hommes des médias présents à cet atelier de formation d’avoir un aperçu global des deux projets en question, un approfondissement des connaissances sur les changements climatiques et aussi d’acquérir des connaissances leur permettant de présenter d’une manière plus précise les questions liées à l’environnement à travers leurs différentes productions.

Depuis 5 ans, le Togo connait des pluies diluviennes qui occasionnent de fortes inondations dans plusieurs localités situées dans les environs de Lomé, la capitale, et à l’intérieur du pays, semant le désarroi dans les familles. En effet, ces inondations ont causé d’énormes dégâts pour les populations sinistrées. Il s’est révélé qu’elles sont la conséquence directe des effets des changements climatiques mais aussi de la mauvaise gestion des terres.

Alors  le gouvernement pour donner une réponse appropriée à ces problèmes environnementaux, a élaboré deux projets, en l’occurrence le Programme de renforcement des capacités nationales et décentralisées de gestion de l’environnement (PRCNDGE) et le Projet de gestion intégrée des catastrophes et des terres (PGICT). Ces deux projets visent à terme : à identifier les causes profondes des problèmes environnementaux à l’origine des catastrophes naturelles dont les inondations et à permettre aux collectivités décentralisées à travers des projets élaborés par ces dernières, grâce à l’appui technique des Ong, de solutionner leurs préoccupations.

Pour rappel, la première session de cette formation avait regroupé la semaine dernière les professionnels des radios notamment communautaires sur les mêmes sujets.

 

 

June 13, 2016

Usine de dessalement d’eau de mer aux Mamelles: 135 milliards pour sauver Dakar d’un déficit d’eau de 200 000m3/J

Par Jacques Ngor SARR (Dakar/Sénégal)

usine eau

Le déficit de 200 000 M3/j d’eau qui risque de frapper Dakar d’ici à l’horizon 2025 si rien n’est fait, révélé par des études de la SONES est bien parti pour être évité. Le gouvernement japonais à travers l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica) a financé un projet d’usine de dessalement de l’eau de mer des Mamelles pour une valeur de 135 milliards qui aura une capacité de 50.000 m3/jour extensible à 100.000 m3/jour. C’est ce projet que le président de la Jica, Kitaoka, venu de Tokyo est venu visiter hier en présence des autorités de la Sones, pour renouveler l’engagement de son organisation. Ce projet  dont le démarrage des travaux est prévu au mois de janvier 2018 et la fin en 2021, a pour objectif, selon le Dg de la SONES Charles Fall, «la construction d’une station, d’une prise d’eau sur la mer qui va envoyer l’eau dans les stations de traitement d’une capacité de 50 000 m3 extensible à 100 000 m3. Et qui va par la suite envoyer l’eau via un réseau de transfert au niveau des réservoirs au sol qui se trouvent derrière le monument de la renaissance. L’eau sera ensuite distribuée dans le réseau pour impacter les maisons». Charles Fall renseigne que c’est pour permettre à la population d’avoir de la disponibilité de l’eau 24/24. Il rappelle aussi que cela constitue une réserve stratégique, car si ce projet existait, les populations de Dakar n’auraient pas senti les incidents de Keur Momar Sarr. Mais ce qui est important dans ce dessalement de l’eau de mer, souligne Charles Fall, c’est le renouvellement du réseau. «Nous allons en profiter pour renouveler plus de 400 km de réseau de Dakar. On a aujourd’hui un taux de fuite, une quantité non facturée à peu près de 27%. Avec ce renouvellement du réseau, nous espérons passer de 27 à 20%. Et l’économie que nous faisons à travers ce renouvellement représente une usine comme celle de Ngnith, ce qui dénote l’importance de ce projet », conclut-il.

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