Archive for July, 2019

July 19, 2019

Atelier d’échanges des acteurs de la composante AEPHA de OmiDelta Fonds ANE : Un moment fort enrichissant de partage d’expériences et d’apprentissage mutuel

Alain TOSSOUNON (Cotonou/Bénin)

L’Organisation Néerlandaise de Développement (SNV), gestionnaire du Fonds des Acteurs Non Etatiques (ANE) du Programme OmiDelta a organisé du 28 au 29 mai 2019, un atelier d’échanges à l’intention des Organisations Exécutantes (OE) des projets de la composante Approvisionnement en Eau, Hygiène et Assainissement (AEPHA) financés par le Fonds afin de promouvoir le partage d’expériences et de connaissances ainsi que l’apprentissage mutuel.  Cet atelier a été l’occasion pour les participants composés essentiellement de représentants des OE (AERAMR, Oxfam, SIA N’SON, Helvetas, Protos, ANAP, AProDESE), d’échanger  sur les résultats et enseignements, ainsi que sur les bonnes pratiques découlant de la mise en œuvre de leurs différents projets. Outre les OE, on note la présence des représentants des acteurs clés du secteur dont la Direction Générale de l’Eau (DGEau), l’Agence Nationale d’Approvisionnement en Eau Potable en Milieu Rural (ANAEP-MR), l’Association Nationale des Communes du Bénin (ANCB), l’Assistante Technique du Programme OmiDelta et la GIZ (ProSEHA).

     Photo de famille des participants aux travaux

Avec pour objectifs de renforcer l’échange d’expériences et de connaissances entre les Organisations Exécutantes sur les principaux progrès ; et de proposer des dispositions pratiques pour améliorer la performance des projets, la rencontre a été aussi une opportunité de capitaliser les résultats et bonnes pratiques enregistrés. Face aux représentants des différentes organisations engagées et récipiendaires, le Coordonnateur du Fonds ANE,  a indiqué que désormais, l’heure est aux résultats, sonnant ainsi la mobilisation de tous. Aussi, a-t-il  invité chaque OE, à une analyse critique de l’état d’avancement de son projet afin d’en ressortir les progrès réalisés, les difficultés et les défis à relever. Cette même préoccupation est d’ailleurs partagée de tous les participant(e)s qui, en exprimant leurs attentes vis-à-vis de l’atelier, en ont fait mention. C’est donc dans une ambiance conviviale et une atmosphère d’apprentissage mutuel que l’atelier a pris son envol avec à la clé, trois temps forts : le partage des résultats obtenus par chaque organisation avec les défis relevés (ou à relever) et difficultés rencontrées ; la recherche et l’identification des bonnes pratiques qui font tache d’huile ; les actions à entreprendre  pour améliorer la performance des projets.

La présentation des progrès réalisés a constitué l’un des temps forts de la rencontre. Elle a permis aux différentes organisations, de présenter tour à tour, les résultats saillants enregistrés. Au titre des progrès intermédiaires, on note essentiellement en matière d’AEP : la réalisation et la réhabilitation d’ouvrages, la pose de compteurs d’eau sur les Forages équipés de pompe à motricité humaine (FPM) et la réhabilitation de kiosques à eau en zone périphérique notamment dans la commune de Parakou par AProDESE. On retient aussi comme progrès, le renforcement des capacités des acteurs communaux (élus, cadres et agents) pour garantir la bonne gestion et la durabilité des ouvrages, la promotion de la redevabilité et de la veille citoyenne à travers l’appui aux Associations de Consommateurs d’Eau Potable (ACEP) dans certaines localités. En matière d’Hygiène et d’Assainissement de Base, les résultats sont tout aussi édifiants avec l’évolution du nombre de localités maintenant leur statut d’état FDAL avec les interventions de AERAMR dans la zone sanitaire de Djidja, Abomey, Agbangnizoun. Il en est de même dans les communes de Karimama, Malanville et Kandi avec SIA N’SON en matière de consolidation des acquis de l’ATPC. On note également en termes de résultats, la formation des maçons sur la construction de latrines et particulièrement les latrines à fosse étanche et le lancement du processus de construction d’une station de traitement des boues de vidanges avec Oxfam dans sa zone d’intervention (Ouidah, Kpomassè et Tori-Bossito), le lancement effectif du programme InnEAUvASSion par PROTOS avec comme focus le Sanimarketing dans 5 communes des départements des Collines, du Mono et du Couffo.

Un bouillon d’idées autour des résultats et expériences en cours

Au-delà d’une simple revue des progrès, l’atelier a surtout permis aux organisations récipiendaires, de mettre en débats, leurs défis et craintes parfois communs afin de réfléchir ensemble, sur la façon de les juguler. Au nombre des défis, on note entre autres, le respect des délais contractuels, l’engagement des acteurs communaux à assurer le suivi, la durabilité des investissements, l’atteinte des résultats de qualité, l’évaluation du nombre de personnes touchées par la Communication pour le Changement de comportement, l’emploi durable pour les jeunes et les femmes, … Des discussions et vifs échanges ont permis de mieux comprendre et d’appréhender les contours des approches et stratégies utilisées par chaque organisation. On retient essentiellement que dans leur ensemble, les acteurs sont préoccupés par la durabilité des investissements et les dispositifs et mécanismes à mettre en place pour l’assurer. Ainsi, en matière d’implication des acteurs communaux pour une appropriation et un exercice plein de leurs rôles et responsabilités, si la signature des protocoles ou pactes entre les acteurs clés (usagers, services techniques, délégataires, etc.) et chaque commune constitue une stratégie d’engagement des élus, il convient d’aller plus loin pour garantir la gestion durable des ouvrages et la continuité du service public de l’eau et de l’hygiène et l’assainissement. En d’autres termes, les 5 dimensions de la durabilité doivent être internalisés et opérationnalisés par les acteurs locaux et communaux. En plus de la reddition des comptes et de la veille citoyenne par les ACEP, il importe aussi de dynamiser les cadres de concertation au niveau communal pour un meilleur suivi et contrôle des engagements de chaque acteur et par conséquent de la durabilité.

Par ailleurs, pour mieux suivre l’évolution des progrès et l’atteinte des objectifs fixés, les participants ont eu droit à une présentation globale des résultats de l’étude de référence menée par le gestionnaire du Fonds au niveau des zones d’intervention des 7 projets. Les différents outils utilisés que sont les questionnaires et guides d’entretien ont permis de collecter les informations selon la nature du projet avec l’application Akvo Flow. Les résultats agrégés des projets pour l’année 2018 sont disponibles sur la plateforme IATI au niveau de la page OmiDelta Fonds ANE pour la composante AEPHA. Pour la suite, les points d’attention suggérés portent sur une meilleure définition des indicateurs, la qualité des données collectées et les preuves des résultats rapportés.

Vue partielle des participants au cours des travaux de groupe

Grand moment de partage des meilleures pratiques dénichées

Le partage de bonnes pratiques a constitué le deuxième temps fort de l’atelier au cours duquel, les différentes organisations ont été réparties en deux groupes à savoir celles qui s’investissent dans le sous-secteur AEP (Helvetas, ANAP, PROTOS, AProDESE) et celles qui ont pour champs d’action, l’Hygiène et l’Assainissement de base (Oxfam, AERAMR, SIA N’SON) pour identifier et partager leurs bonnes pratiques.  Cet exercice sur  des expériences qui font école, s’est avéré passionnant pour les participants qui ont partagé plusieurs bonnes pratiques. En matière d’AEP, on note par exemple, la pose de compteurs sur les Forages équipés de pompe à motricité humaine (FPM) de AProDESES permettant de suivre la gestion des délégataires et au-delà, les redevances mais aussi la quantité d’eau consommée par les populations. En outre cette pratique innovante pourrait être pourvoyeuse d’emplois durables pour les jeunes et les femmes chargés de suivre et de gérer les compteurs.

En matière d’HAB, le cas de l’expérience des « tontines latrines » pour la mutualisation des moyens par les ménages favorisant le passage à l’échelle dans les villages FDAL a aussi retenue l’attention des participants. A cela, il faut ajouter l’expérience de Helvetas en matière de transparence et de redevabilité avec des outils et mécanismes pour améliorer la collecte de la redevance au niveau des ouvrages d’AEP, la traçabilité des recettes issues de la vente de l’eau, etc.. A l’issue de cet exercice qui aura montré tout son intérêt pour les organisations mais aussi pour la SNV et le secteur dans son ensemble, les participants ont été invités à poursuivre la recherche de bonnes pratiques et surtout à les documenter.

En marge de la présentation de ces expériences écoles, plusieurs communications ont permis de nourrir les connaissances en matière de promotion d’emploi des jeunes dans le secteur AEPHA  avec Plan International Bénin, d’implication des femmes dans le secteur par la GIZ à travers le Programme ProSEHA, de durabilité avec Oxfam et l’Assistant Technique du programme OmiDelta. La communication sur la durabilité des investissements a montré toute l’importance des mesures à mettre en œuvre pour garantir la continuité du service au-delà de la vie des projets. A cet effet, l’expérience d’appui aux communes en personnel pour renforcer le travail des REHA au niveau du Fonds Acteurs Etatiques (AE) a été partagée. Egalement, les meilleures expériences dans certaines régions du Mali ont davantage permis, de remettre au centre des interventions de toutes les organisations, l’important défi de la durabilité. «C’est une responsabilité de tous, institutions et communautés», a conclu le coordonnateur du Fonds ANE, lançant ainsi un appel à tous pour documenter toutes mesures ou actions entreprises dans le but de garantir la durabilité.

Une feuille de route et des recommandations pour performer

Les participants se sont tournés vers l’avenir au cours du 3e et dernier temps forts de l’atelier. Partant du constat sur le retard dans la mise en œuvre des projets, chaque organisation a été invitée, à élaborer une feuille de route pour améliorer la performance de la mise en œuvre des activités en tenant compte des acquis de l’atelier. Le but n’est pas de reprendre les PTA (sans pour autant exclure des modifications lorsque cela est nécessaire), mais d’identifier les facteurs de réussite et surtout les goulots d’étranglement à la bonne exécution des PTA d’une part et de prévoir des actions à entreprendre pour améliorer la mise en œuvre des interventions. Egalement, les participants ont recommandé la nécessité d’une synergie d’action entre les organisations en matière de dynamisation des ACEP,  de suivi post-FDAL pour le maintien de l’état FDAL.

Au terme de l’atelier, les participant(e)s n’ont pas caché leur satisfaction pour la qualité des échanges. « Nous avons réellement appris. Les échanges que nous avons eus nous permettent de booster la mise en œuvre de nos projets voire d’initier d’autres projets », a indiqué Emmanuel Adjèran de l’ANAP, prenant la parole au nom  des ONG exécutant des projets de petite taille. Pour les projets de grande taille, c’est Edouard Akpinfa de Oxfam qui a pris la parole pour souligner que les expériences partagées permettent d’avoir un autre visage des projets. « Nous partons avec une autre énergie pour la mise en œuvre de nos projets. Nous partons requinqués », a-t-il confié. La représentante de l’ANCB, Euménique Alladatin, qui s’est réjouie également d’avoir participé à cette rencontre de partage de connaissances et d’expériences, a rassuré les organisations récipiendaires de la disponibilité des autorités locales qui pour elle, a désormais à cœur la promotion du secteur de l’eau et de l’assainissement. Pour le représentant de l’Agence Nationale d’Approvisionnement en Eau Potable en Milieu Rural, Joseph Oké, «l’équipe de la SNV a bien fait de n’avoir pas attendu la fin du projet pour capitaliser».

Se félicitant du bon déroulement de l’atelier tout en remerciant les participants pour leur disponibilité et contributions, le Coordonnateur du Fonds ANE a réitéré la disponibilité de la SNV à « continuer à apporter l’accompagnement nécessaire aux organisations exécutantes pour la mise en œuvre efficace et efficiente de leurs projets».

L’atelier a pris fin sur une note de satisfaction avec l’engagement pris par les organisations récipiendaires, d’œuvrer à améliorer la performance de la mise en œuvre des activités des projets et de travailler sur la durabilité qui est à la fois une préoccupation majeure pour les investissements dans le secteur et un engagement contractuel.

Le cap est désormais mis sur des visites d’échanges entre pairs et le rendez-vous est pris pour une séance annuelle d’apprentissage basée sur le vécu des OE pour renforcer le processus d’acquisition de connaissances.

Quelques recommandations de l’atelier :

  • Renforcer la synergie et la complémentarité entre les organisations récipiendaires ainsi qu’avec d’autres programmes/projets ou initiatives en cours
  • Poursuivre les réflexions et partage d’idées et d’expériences sur la durabilité des acquis et les documenter
  • Recourir à l’Association nationale des communes du Bénin (ANCB) en cas de difficultés au niveau des communes
  • Améliorer l’intégration des thèmes transversaux (Gouvernance/Genre/innovations/emploi des jeunes) dans les interventions
  • Améliorer la performance des projets
  • Utiliser efficacement et de façon efficiente les outils et mécanismes de suivi pour favoriser la collecte de données fiables.
  • Prendre des dispositions pour mieux informer les organisations récipiendaires du contenu des réformes en cours dans le secteur et des interventions de l’ANAEP-MR
  • Renforcer la visibilité du programme OmiDelta sur le terrain.
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July 3, 2019

Revue Sectorielle Eau et Assainissement Gestions 2018 : Sous le signe de « la démocratisation de l’accès à l’eau »

Alain TOSSOUNON (Cotonou/Bénin)

Les acteurs du secteur de l’eau et de l’assainissement se sont retrouvés les  28 et 29 juin 2019 à Bénin Royal Hôtel de Cotonou,  pour la traditionnelle revue sectorielle. Ouverte par le ministre en charge de l’eau et des mines, Samou Séidou Adambi, la rencontre a une fois encore permis aux acteurs, de partager et d’échanger sur les progrès mais aussi de mener des réflexions sur des préoccupations majeures en vue d’assurer aux populations, un accès durable à l’eau et à l’assainissement.

Les officiels à l’ouverture des travaux de la revue

C’est pour la 16e fois que les cadres des ministères sectoriels de l’eau et de la santé, les acteurs locaux, les Acteurs Non Étatiques, le secteur privé, les Partenaires Techniques et Financiers  ont été convié à cet exercice de bilan annuel des interventions. En souhaitant la bienvenue aux participants à la cérémonie d’ouverture, le Directeur Général de l’eau (DGEau), Phillipe Armand Adjomayi, a rappelé que cela faisait exactement un an que la précédente revue s’est déroulée. Se félicitant de la tenue de cette rencontre, il a souligné que les revues annuelles constituent « des assises indispensables » pour échanger sur l’avenir du secteur. Elles permettent de « projeter, de planifier et de réaliser d’importants projets », a-t-il ajouté avant de confier fièrement que le secteur de l’eau et de l’assainissement prend désormais son « envol d’antan».

Pour le chef de file des partenaires techniques et financiers, l’ambassadeur du Royaume des Pays-Bas, SE.M Harry van Dijk,  les politiques, stratégies et investissements engagés par le gouvernement, avec l’appui de divers partenaires techniques et financiers, sont de nature à offrir de meilleurs services d’eau potable aux populations d’ici 2021. « Nous espérons vivement que ces efforts se traduisent dans les résultats concrètes pour la partie de la population qui reste non desservie », a-t-il souligné. En matière d’hygiène et d’assainissement de base, il a invité le gouvernement à accorder la même attention au sous-secteur de l’Hygiène et de l’assainissement de base (HAB) encore à la traine. Car, selon les estimations des Nations Unies, la moitié des Béninois pratiquent encore la défécation à l’air libre. Selon l’ambassadeur, le gouvernement se doit d’accélérer la réforme relative à la restructuration du sous-secteur HAB.

En ouvrant les travaux, le ministre en charge de l’eau et des mines, Samou Séidou Adambi, a rappelé l’engagement du Président Patrice Talon de réaliser l’accès universel à travers les 3 projets phares relatifs à l’accès à l’eau potable pour les populations, le renforcement du mécanisme de suivi des ressources en eau souterraine et de surface et leur mobilisation. En termes de réalisations, le ministre a souligné le renforcement des systèmes d’approvisionnement d’eau potable de tous les centres urbains avec les branchements sociaux au profit des plus démunis et surtout, la réalisation en cours de plus de 650 nouveaux systèmes d’adductions en eau potable. Ajoutant qu’avec l’installation progressive des organes de la GIRE ainsi que l’encadrement du secteur par la loi y relative les ressources seront gérées de façon optimale, il a signalé qu’il y a « des raisons certaines pour être fiers que les défis liés à l’eau et à l’assainissement seront relevés ». Pour conclure, il a indiqué qu’avec les réalisations en cours et à venir, on tend vers une « démocratisation de l’accès à l’eau » au Bénin. Et parlant de réalisations, il faut retenir qu’avec la révision du mode de calcul du taux de desserte, le taux d’accès en eau potable en milieu rural est de 62,6% en 2018, selon les résultats de EDSB V/INSAE et de 58% en milieu urbain (Source Soneb). Suite à l’implémentation de l’approche ATPC par plusieurs partenaires, 5271 latrines familiales ont été construites en 2018.

Des recommandations pour un accès durable à l’eau et à l’assainissement

Au cours des échanges durant les deux jours de travaux, des dysfonctionnements, faiblesses ou goulots d’étranglement ont été relevés par les acteurs du secteur. Dans un premier temps, ils ont dans leur ensemble, déploré la réalisation des ouvrages d’eau potable par certaines ONG sans respect des normes en vigueur, le manque de ressources et le faible suivi des interventions des Organisations par les services déconcentrés, le faible renseignement de la Base de Données des Informations (BDI) de la DGEau, le non fonctionnement des organes GIRE notamment le retard qu’accuse l’adoption du décret portant sur l’Agence de l’eau du bassin de l’Ouémé…Surtout, les débats ont été houleux autour de la clarification des rôles des acteurs avec l’apparition de l’Agence nationale de l’approvisionnement en eau en milieu rural. Pour certains acteurs locaux, cette apparition est venue bouleverser la répartition des rôles  au point de faire dire à certains, qu’aujourd’hui, il y a une impérieuse nécessité de situer chaque acteur notamment les communes. « Avec la création de l’Agence, les communes ne se retrouvent plus. On ne sait pas dans nos communes, ce qu’on doit faire », a confié le 1er adjoint au maire de Nikki. En réponse, les représentants de l’Agence ont apporté des éléments d’informations en se référant à la Convention signée avec les communes. Malgré tout, dans les recommandations au terme des travaux, les participants ont retenu la nécessité de tenir des séances d’information sur la répartition des rôles de chaque acteur dans le contexte des réformes mais aussi le renforcement du système de suivi-évaluation, l’augmentation des ressources allouées par le budget national pour la connaissance de la ressource, l’adoption des documents de stratégie en matière d’assainissement en milieu rural et urbain, le renforcement des structures déconcentrées en moyens et les impliquer dans toutes les interventions dans le secteur….

July 3, 2019

Défécation à l’air libre et infections vaginales: Ces maux qui «tuent » les femmes de Djidah Thiaroye Kaw

Paul Kadja TRAORE (Dakar/Sénégal)

Dépourvues de toilettes au sein de leur demeure, certaines femmes qui vivent dans la commune de Djidah Thiaroye Kaw pratiquent la défécation à l’air libre. Ce, depuis plus de 50 ans. Certaines parmi elles ont vu leur toilettes s’effondrées durant la grande inondation de 2008. Durant cette période, les eaux pluviales ont envahi et détruit de nombreuses habitations dans la zone. Cependant, d’autres n’ont jamais eu de toilettes durant toute leur existence.

Djidah Thiaroye Kaw, une des 16 communes de la ville de Pikine (Sénégal). Dans cette commune  des femmes vivent dans des conditions d’hygiène difficile. Faire ces besoins les plus naturels relève d’un véritable chemin de croit. Elles le font en plein air dans un quartier populaire. Il suffit de faire un tour dans la localité pour se rendre à l’évidence. Difficile d’échanger sur cette situation sanitaire difficile d’échanger sur cette situation sanitaire ;« Arrêtez de nous importuner avec vos enquêtes «débiles» sur l’état de nos sanitaires. Vous ne faites rien pour nous aider à en disposer ». C’est avec ces mots sèchent et sur un ton rude que le père de famille, interrompt notre interview avec une de ses filles.  La colère du vieux est néanmoins justifiée par ses voisins.

En effet, ils nous renseignent que sa maison est souvent cible d’enquêtes sur les besoins de blocs sanitaires depuis quelques années maintenant. Toutefois, les promesses de ces soi-disant bienfaiteurs ne se sont jamais concrétisées. Le décor sinistre et l’odeur nauséabonde qui dégagent dans la maison, en disent long sur le vécu de ces résidents.

Cependant, avant l’arrivée de son père Fama Diagne, une fille de 16 ans, habillée d’un t-shirt marron et d’un pagne en wax aux couleurs délabrées, nous a mis au parfum de sa souffrance. « Je rêvais d’avoir un avenir meilleur que mes parents, de devenir médecin pour guérir les malades et prendre soin de mes parents.  Mais surtout, les loger dans une maison convenable où j’exigerais que les toilettes soient construits en premiers », confie notre interlocutrice. Les yeux étincelants durant sa narration, nous montre à quel point, ce rêve lui tient à cœur.

Malheureusement, poursuit-elle, après un long silence, « j’ai dû quitter l’école l’année dernière. Alors que j’étais en classe 4e secondaire ». « Je ne pouvais plus supporter les remarques de mes camarades d’écoles. Souvent, en passant dans la rue, les gens m’interpellent sur les tâches qui se trouvaient sur mes habits.  C’était une infection vaginale qui se manifestait par l’écoulement de liquide blanche dans les parties intimes »,  révèle-t-elle avec le cœur meurtrie. Poursuivant, elle souligne que ces remarques dans uns et des autres l’anéantissait au plus profond d’elle. Car, relève-t-elle, certains faisaient des efforts en me mettent sur le slip qu’elle portait afin d’éviter que les habits soient tâché.

Ainsi, elle estime que c’est la conséquence de la défécation à l’air libre. « A cause de l’absence de toilette dans la maison, pour me soulager, je  me rends à quelques mètre de chez nous dans une maison en ruine. C’est là-bas où je fais mes besoins. Et, l’état d’insalubrité de cette demeure a fini par me rendre malade »,  avoue-t-elle avec regret. Aujourd’hui, Fama Diagne espère trouver, une bonne volonté pour l’aider à se soigner et à reprendre le chemin de l’école. Son regard hagard en dit long sur sa frustration face à cette situation.

Toutefois, l’arrivée du chef de famille a mis fin à notre conversation. Cap, pour un autre quartier, toujours dans la commune de Djidah Thiaroye Kaw.

Le constat  est le même dans presque tous les grands quartiers qui constituent la communeDans ces vingtaine de quartiers, impossible pour un étranger de rester quelques minutes dans les ruelles. Les riverains dépourvus d’un bon système d’assainissement creusent dans un coin de leurs ruelles un énorme trou pour contenir les eaux usées en provenance des fosses septiques des maisons. Depuis plus de cinquante ans, les habitants de Djidah Thiaroye Kaw vivent dans ces conditions. D’autres encore pire, avec l’absence de toilette dans leur demeure.

Une vie sans toilette

Aminata Loum et ses filles squattent les endroits non fréquentés pour se « soulager»

« C’est dans les années 1968, que j’ai déménagé dans ce quartier. Je vis ici depuis plus de cinquante ans et je n’ai jamais eu de toilette dans ma maison »,  narre Aminata Loum, habitant dans le quartier Lansar.  Agée de 70 ans, la vieille que nous avons trouvé en train de faire le linge, soutient que depuis qu’elle a quitté les Allée Centenaire, au cœur de la capitale sénégalaise, elle n’a jamais eu accès à l’eau encore moins à des toilettes. « J’ai des enfants. Tous des filles. L’aînée à plus de 50 ans. Mais, filles ont grandi sans toilettes. Nous avons aménagé un coin de notre maison pour prendre le bain.  Mais également,  pour les besoins naturelles.  Nous utilisons des pots de chambres pour les enfants.  Et, les autres squattent les coins déserts. Ce qui n’est pas une évidence dans ce quartier populaire»,  renseigne Aminata Loum avec une voix pleine de tristesse. Toutefois, elle reconnait que le fait de faire la défécation à l’air libre ne l’honore. « C’est notre dignité qui est bafouée. Seulement, nous n’avons pas le choix »,  regrette-t-elle. Aminata Loum avoue également qu’elle et sa famille sont souvent sujettes de maladies respiratoires, d’infections vaginales et de constipations.  «Mes infections vaginales ruinent ma vie, par gêne je suis dans obligation de laver moi-même mes habits, car souvent mes pagnes dégagent une forte odeur ». « A mon âge c’est épuisant » s’indigne-t-elle « Face à ces maladies, nous sommes impuissantes. Parce que, nous n’avons pas les moyens de nous soigner correctement. Aussi, nous nous contentons de la prise de médicaments traditionnels. Et, ces médicaments ont peu d’effet sur nos maux », se désole la vielle dame. Au quartier de Ainoumane 3, le constat est le même : eaux usées et ordures ornent le décor. Une situation qui, visiblement, ne dérange plus personne dans ce quartier. Mais, le manque de toilette pèse sur la famille Ba. Trouvée en train de préparer le repas de midi pour sa petite famille, Dieynaba Bâ, la quarantaine, se plaint de ne pas disposer de toilette dans son foyer. «Je suis née et j’ai grandi dans ce foyer, il y a plus de 40 ans. Chaque jour, nous vivons cette situation humiliante. Le fait d’être obligé de faire nos besoins dans des maisons abandonnées avec tous les dangers que cela comporte, nous brise le cœur et affecte notre santé. Je suis, certes habituée, aux odeurs infestes qui se dégagent dans les maisons abandonnées, cela ne peut pas m’empêcher de me soulager. Mais, j’avoue qu’après cela, dès que je sors de ces toilettes la honte m’envahi. En plus, je souffre d’infection vaginale chronique, et des démangeaisons entre les cuisses, du coup je passe mon temps à me gratter. J’ai subi trois avortements déclenché par des infections vaginales aggravées », se désole-t-elle. Poursuivant sa narration, la dame dit ne pas comprendre l’absence de réaction des autorités publiques. Leur silence, dit-elle, est décevant pour la population de ces banlieues de la capitale.  «Hormis les quelques travaux d’installation de station d’épuration faite par l’Office national d’assainissement du Sénégal (Onas) qui n’est bénéfique qu’aux quartiers périphériques. La réhabilitation de la route principale qui  n’a pas résisté aux dernières inondations, rien n’a été réalisé par les autorités pour nous sortir de cette situation alarmante. Et, de nous permettre d’avoir des toilettes adéquats», tance-t-elle.

Au quartier Touba-Pikine, c’est le même scénario. Awa Samb, une maman se plaint également du manque de toilette chez elle. L’odeur infernale qui dégage à l’intérieur de sa demeure résume la situation. Cependant, elle confie-t-elle : « j’occupe une des chambre de cette maison, avec mon mari et nos trois enfants. La maison dispose de six chambres, toutes occupées par des locataires et leurs familles». Awa Samb soutient que : «Certains, parmi eux utilisent des pots de chambre, qu’ils vont déverser une fois la nuit tombée dans le bassin de rétention sise derrière notre quartier, construit pour capter l’eau pluviale enfin d’éviter l’inondation. Pour ma part, je préfère me rendre dans les maisons abandonnées ». «Mais ce qui est plus grave, souligne la dame, c’est que maintenant, nous avons constaté des serpents sortir de ces déchets et de ces eaux qui bordent de ces  maisons abandonnées. Et le danger est d’autant plus grave que nos enfants circulent tout autour sans la moindre surveillance. Ce qui du jour au lendemain risque d’avoir des conséquences incalculable». Aussi, lance-t-elle un SOS aux autorités de sa localité.

Espoir des toilettes publiques pour abréger les souffrances   

A la mairie de ladite commune, M. Déme, le chargé du cadre de vie, reconnaît que ce sont les femmes et les jeunes filles qui souffrent le plus du manque de toilettes dans leurs maisons. A l’en croire, malgré tous les efforts fournis par les différents partenaires (Etat et Ong), la commune n’arrive toujours pas à accompagner les familles dans l’installation des toilettes appropriées. « Notre commune fait partie des localités les plus démunies de la ville de Pikine. C’est ce qui explique l’absence de toilette dans certains ménages, ces occupants n’ont pas les moyens d’en disposer du coup ils se voient dans l’obligation de satisfaire leurs besoins en dehors de chez eux », précise-t-il. Avant d’ajouter que « d’autres ont été impacter par les inondations des années précédents, c’est durant ces catastrophes qu’ils ont perdu une partie de maison et leur toilettes étaient devenu impraticable ». 

En guise de solution, l’adjoint au maire, annonce la construction prochaine de toilette publique.