MOMAR POUYE, ANCIEN PRESIDENT DE LA COMMISSION ENVIRONNEENT DE LA MAIRIE DE MBAO : « Il faut appliquer le principe du pollueur-payeur»

Youssou Bodian (Dakar-Sénégal)

Il a été au-devant de tous les combats menés par les populations de cette ville fortement frappée par la pollution industrielle. Un engagement qui a valu à cet écologique des démêlés avec la justice à plusieurs reprises dont un séjour à la maison d’arrêt et de correction de «Reubeuss ». Entretien avec un militant convaincu prêt à jeter ses dernières forces dans la bataille pour la survie de sa communauté.

Pollution petit Mbai

Comment en est-on arrivé à ce niveau de pollution des eaux à Petit Mbao?

D’abord je tiens à préciser que l’installation des populations a précédé de très loin celle des usines.  Quand l’Etat a décidé de mettre en place la zone franche industrielle, il était prévu un centre de traitement des déchets liquides toxiques avant qu’ils ne soient jetés en mer ou réutilisé pour le maraîchage. Mais le projet a fait long feu. La structure qui n’a jamais fonctionné a été finalement démontée par des voleurs qui ont vendu les pièces détachées aux ferrailleurs. Ce qui fait que les déchets liquides sont directement  jetés en mer sans le moindre traitement.  Le marigot a été aussi agressé par des promoteurs immobiliers qui l’ont enseveli pour y construire des maisons avec la complaisance des autorités locales et étatiques. On a mené des luttes avec toutes les franges de la population pour attirer l’attention sur le fléau mais en vain.

Quelles sont les impacts de cette pollution ?

La forêt a subi des désagréments parce que même les arbres les plus robustes ont péri petit à petit. La nappe phréatique complétement polluée a occasionné des rejets qui ont contribué à toute activité d’élevage et d’agriculture. Il n’est plus possible de cultiver ni de pêcher dans la zone donc tous les jeunes ont émigré vers la petite côte et la Casamance. Il y a aussi que le marigot qui était source de vie pour l’écosystème a été complétement pollué de telle sorte que les zones de pêche qui en découlaient ont été anéanties.

On peut même dire que l’espérance de vie a baissé parce qu’en milieu Lébou, les gens ont été toujours robustes parce que nourris de produits naturels provenant essentiellement de la mer. Mais avec la pollution, tout ce qui contribuait à la longévité des populations a disparu. Le constat est qu’actuellement au niveau de Petit Mbao, il n’y a que de «jeunes vieux» au lieu de personnes âgées. Les maladies respiratoires liées à la consommation d’une eau impropre ont accéléré les choses.

Quelles sont selon vous les solutions pour sauver Petit Mbao de la pollution ?

Il faut appliquer le principe du «pollueur-payeur» comme ça se passe dans les pays développés. Toutes ces industries basées dans la zone franche doivent mettre la main à la poche pour la dépollution de la zone souillée. Mais aussi la mise en place d’un système qui va permettre de traiter tous leurs déchets liquides avant qu’ils ne soient déversés en mer où dans un autre endroit non loin des habitations. La taxe pour la dépollution devra aussi permettre de réparer tous les dégâts causés depuis des années avec des impacts néfastes sur la santé des populations, et sur l’environnement.

 

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