Archive for ‘WASHnews’

July 25, 2016

ORGANISATION DU FORUM MONDIAL DE L’EAU EN 2021: Le Sénégal annonce sa candidature et invite les pays africains à supporter l’initiative

Par Jacques Ngor SARR (Envoyé spécial à Dar Es Salaam)

 Le Sénégal a profité de la semaine africaine de l’eau tenue à Dar Es Salaam la semaine dernière pour déclarer sa candidature pour l’organisation du forum mondial sur l’eau prévu en 2021. La délégation sénégalaise, à travers le ministre de l’hydraulique et de l’assainissement Mansour Faye a fait l’annonce à l’ensemble des représentants des pays africains présents à la rencontre à la veille de la cérémonie de clôture le vendredi dernier tout en demandant leur soutien.

Mansour Faye délégation

Le Sénégal est bien parti pour organiser le forum mondial sur l’eau prévu en 2021. La raison est simple : Non seulement l’ensemble des pays candidats se sont désistés au profit du Sénégal, mais aujourd’hui seul le Sénégal est candidat, a annoncé  ministre de l’hydraulique et de l’assainissement Mansour Faye. C’est la raison pour laquelle, il reste convaincu «à plus de 60% que le Sénégal risque d’être choisi». «Nous attendons la visite des inspecteurs qui vont veni, faire le tour du Sénégal pour inspecter les différents points que nous avons abordés. Et nous pensons que d’ici la fin de l’année, nous aurons les résultats par rapport au choix du Sénégal».

Mais le Sénégal ne compte pas seulement sur le soutien de ses pairs, il compte aussi sur les performances réalisés dans le secteur de l’eau et de l’assainissement. Pour preuve, Mansour Faye déclare que le Sénégal se situe au niveau de toutes les infrastructures qui concernent les initiatives sur l’eau. «Au niveau local, il y a énormément des choses qui ont été réalisées à l’instar des réformes sur l’hydraulique entamées en 1996 et citées en exemple à travers l’Afrique. Il y a les initiatives pour permettre l’accès à l’eau potable aussi bien en milieu rural qu’en milieu urbain. Sur l’assainissement nous sommes en train de développer une stratégie qui permettra d’atteindre l’universalité. Je pense que l’organisation du forum mondial sur l’eau, va nous permettre non seulement de pouvoir nous donner beaucoup plus de courage  et de détermination pour arriver aux résultats, mais aussi d’échanger par rapport à notre expérience et de chercher l’expérience des autres pour pouvoir s’améliorer d’avantage. Le forum mondial sur l’eau est un évènement majeur important et nous pensons que nous allons pouvoir l’organiser dans les règles de l’art ».

Revenant sur son bilan à la tête du Conseil des ministres africains en charge de l’eau (Amcow), Mansour Faye a marqué sa satisfaction avant de lister les décisions majeures qui ont été réalisées lors de son passage: «Nous sommes parvenus à maintenir AMCOW au niveau des conseils des ministres.  L’autre grand évènement c’est AfricaSan 4 que nous avons organisé et qui a regroupé tous les acteurs de l’assainissement à Dakar en 2015. Et qui a permis de mettre en œuvre ce qu’on appelle la déclaration de Ngor sur l’assainissement,  c’est-à-dire faire en sorte que l’assainissement soit atteint en terme  de taux d’accès universel en 2030 et aussi de mettre fin à la défécation à l’air libre». Avant de conclure : « Je pense que la Tanzanie qui va prendre le relais va continuer dans cette dynamique puisque Amcow est une plate-forme qui joue son rôle qui va accompagner la réalisation des ODD ».

July 7, 2016

Stratégie 2017-2020 du WSSCC: De meilleures orientations pour le secteur de l`hygiène et de l`assainissement au Niger

Ousmane Dambadji (Niamey/Niger)

Dans le cadre de la mise en œuvre des Objectifs de  Développement Durable (ODD), notamment l`0bjectif 6.2 lie à l`eau, l`hygiène et l`assainissement, le Conseil de Concertation pour l’Approvisionnement en Eau et l`Assainissement (WSSCC) a organisé une journée de consultation de tous les partenaires sur sa stratégie 2017- 2020, en collaboration avec le Ministère de l`hydraulique et de l`assainissement. Cette journée qui s’est tenue, le mardi 28 juin 2016, au Palais des  Congrès de Niamey visait principalement la recherche d’une adéquation entre les orientations stratégiques du Niger en matière de promotion de l`hygiène et de l`assainissement et la stratégie 2017-2020 de WSSCC.  

Les officiels au cours de l'ouverture des travaux

Les officiels au cours de l’ouverture des travaux

Prenant la parole à cette occasion, la Coordinatrice nationale de WSSCC, Mme LADOUA Hadjia Aï s’est réjoui de l`engagement du Ministère de l`Hydraulique et de l`Assainissement, des différents  experts et de  tous les partenaires   en faveur du secteur de l’hygiène et de l’assainissement.   Selon elle, cette rencontre est une excellente tribune pour échanger, avec tous les membres et les principales parties prenantes, sur les choix stratégiques et les priorités auxquelles le WSSCC doit travailler avec le Niger.

Pour le Ministre de l’hydraulique et de l’Assainissement, Mr Barmou Salifou, l’initiative de WSSCC à la veille de la revue sectorielle de l’eau et de l`assainissaient  au Niger est très significative car elle répond non seulement à la politique du gouvernement en matière d’accès à l’eau, hygiène et assainissement mais aussi permettra-t-elle d’harmoniser la démarche pour une réelle efficacité d`intervention.  Le ministre a relevé que les objectifs de WSSCC cadrent parfaitement au programme de la Renaissance  notamment pour ce qui est de l’accès pour tous à l’eau et aux infrastructures adéquates d`hygiène et d`assainissement, avec pour finalités, entre autres, de mettre fin à  la défécation à l’aire libre. Au cours des travaux Dr Rija  LALANIRINA a fait un bel exposé sur le déclanchement  institutionnel. Un exercice qui a permis à tous les participants de bien comprendre les enjeux et les défis majeurs du secteur de l`hygiène et de l`assainissement au Niger. Les participants ont tous pris l`engagement d`apporter leur contribution pour la promotion des questions d`hygiènes et d`assainissement afin de permettre à notre pays d`être au rendez-vous de 2030. Très satisfait de l`exposé sur le déclanchement institutionnel, le Ministre de l`Hydraulique et de l`assainissement  a  pris l`engagement de rendre compte fidèlement au gouvernement  sur la nécessité  d`élaborer des véritables politiques publiques de développement dans  le secteur de l`assainissement.

Madame Ceridwen  JOHNSON de WSScc  Genève,  a bien expliqué aux participants  au cours de la réunion, le rôle et la détermination de son institution pour sa contribution au développement économique et social des pays en développement. Une contribution qui permettra à nos pays de lutter efficacement contre la pauvreté à travers la promotion des questions d`hygiènes et d`assainissement.

Au Niger, l`appui de WSSCC  a permis la réalisation de plusieurs activités : le financement des formations, le  renfoncement des capacités des représentants des structures membres de la Coalition Wash, la mise à l`échelle de l’assainissement Total piloté par la communauté, des actions de lobbying  et l’élaboration des projets de développement.  Cet appui a également contribué  d’importantes financement dans le domaine de l’eau et de l`assainissement ainsi que l’élaboration de la Stratégie Opérationnelle d’Hygiène et d’Assainissement de Base (SOPHAB).

Cette journée de consultation nationale sur la stratégie 2017-2020 du WSSCC a permis  aux participants de comprendre l’engagement des parties prenantes, ce qui à coup sûr permettra d’harmoniser les démarches pour la mise en œuvre des Objectifs pour le développement durable.  C’est là une action qui pourrait permettre au Niger de bénéficier d`importants financements pour le sous-secteur à partir de l`année 2017. D’ores et déjà, le WSSCC est désormais l’un des meilleurs partenaires du Niger dans le sous-secteur de l`hygiène et de l’assainissement.

A propos de WSSCC

Le Conseil de Concertation pour l’Approvisionnement en Eau et Assainissement (Water Supply and Sanitation Collaborative Concil-WSSCC) est une organisation  du système des Nations Unis qui vient en appui aux différents Etats dans la mise en œuvre des  politiques  publiques dans le secteur de l’eau, Hygiène et assainissement. Elle a pour mission d’accélérer et de renforcer l’accès aux populations pauvres et démunies aux services d’eau, d’hygiène et assainissement. WSSCC gère le Fonds mondial pour l’assainissement (Global Sanitation Find-GSF qui lui permet de financer les différents programmes d’assainissements et d’hygiène à l’échelle des pays en développement.

June 30, 2016

Fourouyèkèrè et Okpara au Bénin: Ces cas écoles de bonnes pratiques de gestion des ressources en eau

Alain TOSSOUNON (Cotonou/Bénin) 

Face aux ressources en eau menacées de disparition, l’approche de Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) longtemps promue, est apparue depuis peu comme la seule alternative pour passer à une gestion durable. Loin d’être désormais un slogan, la GIRE pour tous et pour tout devient de plus en plus une réalité au Bénin.

Le Fleuve Okpara (et le barrage de Kpassa) désormais à l'abri de la disparition, fruit de l'appropriation par tous les acteurs de l'approche GIRE

Le Fleuve Okpara désormais à l’abri de la disparition, fruit de l’appropriation  de l’approche GIRE

La rivière « Fourouyèkèrè », bras de la Yerpao, un fleuve qui traverse toute la ville de Natitingou située  au nord du Bénin, ne coulait plus comme par le passé. En 2008, plusieurs acteurs ont sonné l’alerte. Car, pour les uns comme pour les autres, cette rivière était tout simplement en voie de disparition. Pourtant, le fils du milieu et ancien Directeur des mines, de l’énergie et de l’eau de l’Atacora-Donga, Joachim Sama racontait : « il y a quelques années, on faisait la pêche mais depuis, deux semaines après une pluie, il n’y avait  plus une goutte d’eau dans la rivière ». Un constat amer qui traduisait bien, la gravité de la situation et les dangers auxquels s’exposaient les communautés de cette ville.

Toujours en 2008, à quelques kilomètres de cette ville, au nord du pays, le barrage de l’Okpara, principale source d’approvisionnement en eau potable pour les populations de la ville de Parakou, était aussi  dans un état de dégradation avancé.  En absence d’eaux souterraines, le seul recours reste les eaux de surface mobilisées à travers le barrage érigé sur le cours d’eau  d’Okpara long de 200 km. Si le barrage était dans un état préoccupant, le fleuve connaissait  de graves problèmes de pollution par les produits chimiques  utilisés par les producteurs de coton en amont du cours d’eau. Mais, la ressource était aussi devenue le déversoir des déchets solides et plastiques ménagers, des fientes et cadavres d’animaux.  Pour ces deux cours d’eau, la menace d’une disparition était bien réelle.

Pourtant, les communautés dont la vie est intimement liée aux ressources en eau, n’ignorent pas les avantages et profits qu’elles en tirent. « Ce n’est pas pour rien que nous vivons près du fleuve Okpara, nous connaissons bien ses bienfaits. Nous appelons en langue bariba (une langue locale du milieu), le fleuve, notre mère pour signifier toute son importance pour notre vie », nous confie un notable de la localité et premier ministre du roi de Parakou, Abouki Sarigui.

Des actions de sauvetage à l’avènement d’une bonne gestion

Afin de trouver des solutions efficaces et immédiates, le Partenariat National de l’Eau du Bénin a mis en route des initiatives pour voler au secours de ces ressources en eau en voie de disparition. Inscrites dans le cadre des actions pilotes, le fleuve Fourouyèkèrè », comme le barrage de Kpassa situé sur le fleuve Okpara ont été retenus comme plusieurs autres initiatives pour tester l’approche de Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE). Pour les acteurs du secteur, ces deux situations constituaient des cas d’école qui posaient  toute la problématique de la gestion durable des ressources en eau.

Ainsi, dans les deux cas, les actions de sauvetage ont démarré par la mobilisation de tous les acteurs et usagers. Un travail de plaidoyer a été mené pour  réveiller la conscience citoyenne de tous les usagers et acteurs face aux différents problèmes que connaissaient des deux ressources. Grâce à la mise en place d’un cadre de concertation, principal creuset de dialogue entre acteurs locaux et usagers, plusieurs actions ont été menées autour des ressources pour assurer leur protection. Des couloirs de passage des animaux de transhumance et de commerce pour réduire la pollution à la construction des abreuvoirs, plusieurs mesures allant jusqu’à la restauration du couvert végétal autour des ressources en eau ont été prises.  Pour garantir la durabilité de la protection de la ressource, la gestion sectorielle a été abandonnée au profit de la gestion concertée. « Les problèmes que connaissaient le fleuve et son barrage sont le fait d’un manque de dialogue entre utilisateurs de l’eau. Beaucoup d’acteurs intervenaient. Eleveurs, agriculteurs, la SONEB qui est la société d’eau qui prélève l’eau de barrage pour alimenter les populations…tout le monde agissait de son côté. Il n’existait pas de cadre pour la concertation », explique l’ancien maire de Tchaorou, Bio Sounon Bouko. Cette entreprise de mobilisation qui promeut le dialogue entre les différents acteurs a conduit au développement et au renforcement des Associations des communes pour faire face au défi commun de protection des ressources en partage. Dans bien des cas, maintenant que les acteurs se parlent et se retrouvent, la gestion de la ressource est mieux suivie. « Avec cette initiative autour du barrage de Kpassa sur le fleuve Okpara, nous avons compris que tous les acteurs et usagers doivent contribuer à la protection de la ressource », signale l’ancien maire de Parakou, Soulé Alagbé. Passée l’étape de la structuration des usagers et du bureau du Conseil des Acteurs pour la Gestion Concertée (CAGC) du barrage, la matérialisation de 4,6 km de berges délimitées et reboisées sur  une superficie totale de 22 ha, la validation du plan d’aménagement du couloir de transit du bétail contournant la cuvette  du barrage, la proposition d’une feuille de route d’exécution du plan d’aménagement ou le plaidoyer pour l’appropriation des fonctions liées à la protection et au suivi du barrage par la SONEB, le fleuve Okpara et son barrage sont sauvés de la disparition. Plus encore ce plaidoyer a conduit à la mobilisation des partenaires pour un grand projet d’alimentation en eau potable de la ville de Parakou et ses environs d’un coût global de plus de 15 milliards de francs CFA dont le financement est acquis. « Toutes les mesures prises par l’initiative pour sauver le barrage et  protéger le fleuve n’ont pas de prix », soutient l’ancien directeur de la ferme de l’okpara, Dr Fataou Zakarie Touré.

Aujourd’hui, la ressource bénéficie d’un suivi rapproché par les services techniques communaux, la SONEB et le Secrétariat Exécutif permanent (SEP) du Territoire de Développement de l’Ouémé Supérieur (TDOS) regroupant les trois communes ayant en partage la ressource et au niveau national, un Comité d’Orientation et de Suivi (COS) est mis en place de même  que le Conseil National de Coordination et de Suivi des initiatives (CNCS) GIRE,  regroupant le PNE-Bénin avec la Direction Générale des Ressources en Eau et les Partenaires Techniques et Financiers. Les usagers sensibilisés abandonnent progressivement les mauvaises pratiques de pollution et, entre éleveurs et agriculteurs, les conflits sont rares à cause des couloirs de passage des animaux disponibles et respectés par tous.

Longtemps perçue comme une approche abstraite, avec ces différentes initiatives pilotes qui ont permis de voler au secours des ressources en eau menacées de disparition, la GIRE au Bénin est entrée dans sa phase concrète. Désormais, pour les ressources en eau, le professeur Abel Afouda, indique qu’il faut poser les bases solides d’une gestion durable de ces ressources. C’est pourquoi, le Bénin s’est doté d’un Plan National de Gestion Intégrée des Ressources en Eau (PANGIRE)  sur la période 2011-2025  qui repose sur une série de cinquante-cinq (55) actions dont « l’exécution vise à créer l’environnement favorable à une gestion durable et à une mise en valeur optimale des ressources en eau, facteurs de développement socioéconomique du Bénin ». Mais, il reste encore beaucoup à faire dans la mise en œuvre de ces actions identifiées pour être en phase avec la politique régionale de l’eau au niveau de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui recommande la GIRE pour  prendre en compte l’ensemble des usages et impliquer tous les acteurs autour de la ressource. Le chemin est encore long et l’un des défis majeures pour le Bénin, reste l’effectivité de la gestion par bassin de ces ressources en eau.

Pour l’heure, la mise en œuvre de toutes ces initiatives laisse derrière elle, au-delà des actions entreprises pour sauver les ressources en eau, des cadres de dialogue indispensables et fondamentales pour la préservation et une bonne gestion des ressources en eau en phase avec les principes promus par la GIRE.

 

 

Alain TOSSOUNON

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June 29, 2016

Aire marine protégée de Joal : la bouée de sauvetage des espèces en voie de disparition

Par Idrissa SANE (Dakar/Sénégal)

L’espoir renaît entre la terre et la mer à Joal Fadiouth. L’aire marine couvrant 174 kilomètres carrés est une bouée de sauvetage des espèces en voie disparition comme les Thiof. L’aménagement de l’Aire marine protégée (Amp) a contribué à la restauration des habitats, des zones de frayères. Des espèces qui avaient disparu ont réapparu. Elles sont passées de 78 en 2013 à 108 en 2014 et à 118 en 2015. L’Amp est un sanctuaire de la régénération de la biodiversité.

SAM_4059La marée est haute au quai de Jaol, une ville côtière, située à une centaine de kilomètres au sud de Dakar ce mardi 21 juin 2016. Des vendeuses chargées de bassines  de poissons s’échinent  à sortir de l’eau. D’autres femmes vendent des beignets, des petits déjeuners, çà et là sous des parasols. Sur la terre ferme,  des ouvriers acheminent des caisses de poissons presque en courant vers les camions frigorifiques. Au rivage, El Hadj Kane, un pêcheur,  Makha Seck et  un mareyeur se prélassent. Les deux jeunes font face à la vaste étendue d’eau couvrant l’Aire marine de protégée de Joal Fadiouth créée par le décret N° 2004-1408 du 4 novembre 2004. L’Amp a sorti les activités de ces deux jeunes des eaux troubles. « Les eaux de Joal Fadiouth  sont de nouveau poissonneuses. J’ai été pris surpris en train de pêcher dans l’aire protégée. Mais je n’en reviens pas. J’avais presque ramassé des poissons. L’Amp a fait renaître l’espoir chez la communauté de pêcheurs qui ont amélioré leurs recettes », témoigne  El Hadj Kane. L’Amp est une nasse fourmillant de poissons. Elle déborde sur ses dépendances extérieures où la pêche est autorisée. La pêche n’est plus dans le creux de la vague à Joal Fadiouth. A l’image de ces nuages qui se déplacent sur ce ciel bleu, les incertitudes s’éloignent du plus grand poste de débarquement de poissons en Afrique de l’Ouest. Depuis 2013, une superficie de 174 kilomètres carrés est sous la protection de la communauté, des services des eaux et forêts, des services de la pêche, des mareyeurs et un agent assermenté de l’Amp. C’est une zone fermée sous haute surveillance de jour et de nuit. « Les populations autochtones participent à la surveillance de l’Amp. Nous organisons des patrouilles avec des pirogues motorisées. Nous effectuons une dizaine de sorties par mois en tenant en compte des conditions météorologiques. Notre objectif ultime n’est pas d’appréhender les pêcheurs mais de les dissuader », raconte le capitaine Mamadou Ndiaye, le conservateur de l’Amp de Joal Fadiouth. Deux miradors sont plantés, sur les deux extrémités de l’aire protégée sur le continent, l’un au Cape Finio et l’autre à Banc Gaskel près de Ngazobil. Du haut des miradors, les surveillants ont une vue panoramique sur l’Amp. La surveillance physique est couplée à  une surveillance bioécologique. « Nous réalisons 4 suivis bioécologiques, en période froide, puis froide-chaude, ensuite chaude  et enfin chaude-froide parce que la présence d’une espèce est dictée  par rapport à sa biologie », renseigne le conservateur.

L’Arche de Noé posé sur la mer

L’Amp est au centre d’intérêt des institutions de recherche comme le Centre de recherches océanographiques de Dakar Thiaroye (Crodt) et l’Institut de recherche pour le développement (Ird). Les chercheurs déterminent de façon régulière les paramètres physico-chimiques, le PH entre autres. Ils  observent l’état des habitats qui sont  l’Arche de Noé marin. L’Amp est une bouée de sauvetage pour des espèces halieutiques en voie de disparition.  « L’Amp a contribué à la fois à la régénération des espèces et à l’augmentation des stocks. Les pêcheurs sont prêts à payer des millions de francs Cfa pour accéder à l’Amp parce qu’ils savent pertinemment  que leurs captures vont couvrir ces pénalités. En 2013, on a dénombré 78 espèces, en 2014 on est  108, alors qu’en 2015 on est à  118 espèces », rapporte le conservateur.  Après des décennies d’absence, les crevettes refont surface dans les eaux de Joal Fadiouth. Leur capture remporte beaucoup aux populations et aux prêcheurs entre octobre, novembre et début décembre. C’est le bloom des crevettes. La communauté récolte les fruits de leur engagement écologique. L’Amp est le gît des nurseries, des zones de frayères, c’est-à-dire de reproduction des poissons. C’est dans cet espace marin que les poissons sont vraiment libres dans leurs eaux. Jadis, ces espèces sont traquées, aculées aussi bien dans en surface qu’en profondeur dans tous les coins de la mer. L’apparition des nouvelles espèces est l’autre versant des retombées de la conservation. Les tortues marines, les lamantins d’Afrique, les dauphins repeuplent les habitats marins. Le cymbium, les crabs, les poulpes,  les murex, les huîtres sont réapparus. Cette diversité des espèces et l’abondance des ressources ont des impacts sur l’avifaune. Les sternes,  les mouettes,  les pélicans ont retrouvé leur paradis écologique réhabilité. Selon le rapport d’activité de l’année 2015, sur l’ensemble des campagnes de suivis bioécologiques menées dans 6 stations suivant les 4 saisons hydrologiques sur 101 taxons, 101 espèces de poissons, 2 espèces de crustacées, 1 espèces de tortues, et 1 espèces d’oursin de mer ont été identifiées. « La direction de la pêche a réalisé l’année dernière une étude qui a indiqué que les quantités des captures sont plus importantes à Joal que celles de Mbour. L’importance des quantités de Thiof débarqués à Joal sont en partie imputables à l’Amp. Avec la dégradation des stocks, le ministère met l’accent sur l’aménagement des pêcheries. L’Amp est une zone de conservation », témoigne le chef de service régional de pêches, Ibrahima Diouf. L’aire est le siège d’un upwelling saisonnier. L’étude sur la caractérisation du peuplement ichtyfaunique  soutenue par le projet « Gowamer » a révélé que : « Ethmalosa fimbriata, Liza dumerilli, llisha africana, Oreochromis nilstieus, Musil cephalus et Pomasys jubellini » sont des espèces les plus nombreuses. La régénération a éveillé les consciences. Sur les bergers du bras de mer, la main de l’homme a restauré les mangroves créant un espace de repos et de reproduction des espèces marines.

Des vagues de contestation d’hier  

En 2015, la communauté était en première dans les opérations d’immersion des récifs en coquillages. Leur fabrication revient à emballer des coquillages de cybium dans des sacs en grillage galvanisé en dimensions manipulables. A côté, il y a des récifs en béton armé plus durables. Aujourd’hui, c’est l’union sacrée autour de l’Amp. Hier, le processus avait soulevé des vagues de contestations. « Les pêcheurs avaient pratiqué leurs activités dans l’actuelle zone de l’Amp depuis plus de 40 ans. Lorsque vous venez un beau jour pour leur dire qu’ils ne doivent plus pêcher. C’était inimaginable pour ces vieux usagers. Il y avait des contestations. Il a fallu utiliser les pêcheurs pour parler aux pêcheurs. Dans le processus, nous avons impliqué les pêcheurs, les mareyeurs, les ong, les services de pêches, des eaux et des forêts. Il y avait toutes les parties prenantes. Nous avons fait 4 ans de communication, de sensibilisation  pour convaincre les pêcheurs à ne pas pêcher dans l’Amp. Nous avons pris en compte les droits coutumiers. Nous avions laissé les autochtones pêcher pour leur consommation et interdire la pêche commerciale  », se souvient le président du comité gestion de l’Amp, Karim Fall. La clé du succès repose aussi par l’engagement communautaire. Les différentes parties prenantes jouent le jeu. La création d’une Amp ne s’est pas limitée par la délimitation d’une aire géographique. Un agenda d’activités comprenant la sensibilisation et des aménagements est exécuté tout au long de l’année. Il y a un tableau de bord de suivi/évaluation. L’Amp de Joal Fadiouth est un laboratoire en Afrique.

 

 

 

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June 26, 2016

Les bons comptes de la pharmacie communautaire de Passy

Idrissa SANE (Dakar, Sénégal)

La détresse humaine n’a pas rendez-vous avec l’humanisme et la solidarité à Passy, une commune située au centre du Sénégal et environ 200 kilomètres de Dakar. Ici, 750 personnes ont adhéré à l’initiative de collecte, de partage des médicaments. Au bout d’une année, des habitants ont commencé à cultiver des consultations précoces et le suivi médical. L’accès aux médicaments n’est plus un casse-tête dans cette commune où tout le monde trouve son compte en confiant le reste de ses médicaments à la pharmacie communautaire virtuelle classée parmi les 6 projets les plus innovants dans le monde sur 5100 qui étaient en compétition à Marrakech en 2015.

La commune de Passy se réveille peu à peu en ce lundi d’avril 2016. Les femmes à bord des charrettes ou des motos-taxis se rendent au marché. Au centre de santé, des personnes sont déjà dans des files d’attente. Ousmane Diallo, un homme de grande taille, la barbichette grisonnante, enveloppé dans un pull-over se pointe à la pharmacie du centre de santé. Il tend un sachet contenant le reste de ses médicaments. Une dame inscrit toutes les données sur un registre. « Je suis venu l’année dernière à deux reprises pour adhérer à la pharmacie communautaire, une initiative du projet « Jokko Santé » mais on me disait que les fiches d’inscription étaient épuisées. Aujourd’hui, je viens pour leur remettre des medicaments », explique Ousmane Diallo.

 

Il vient d’enrichir et d’augmenter le stock de médicaments de la pharmacie virtuelle communautaire de Passy. Il offre ainsi plus de chances à ceux qui sont dans le besoin immédiat de se soigner. Mais Ousmane Diallo accroît également ses possibilités d’avoir un accès aux traitements dans le futur. « Les personnes qui étaient malades nous confient le reste de leurs médicaments. En contrepartie, nous leur donnons des points accessibles sur leur téléphone portable. En cas de besoin, elles peuvent utiliser leurs points pour se procurer d’autres médicaments. Si elles manquent de points, elles peuvent demander un prêt de points auprès de leurs voisins. Si maintenant, nous n’avons pas les médicaments, nous utilisons ces points pour payer des médicaments à la pharmacie privée que nous remettons à la personne qui est dans le besoin immediate », renseigne Diama Ndiaye, la gestionnaire des outils à la pharmacie du centre de santé de Passy.

Un ouf de soulagement

Dans les couloirs du centre de santé on croise les membres de la pharmacie virtuelle communautaire dans les différents services. Le barbe fournie sur un visage emacié, Lamine Sylla a reçu plusieurs fois des médicaments de la pharmacie communautaire. « Auparavant, lorsque le médecin ou l’infirmier prescrivait une ordonnance, c’était difficile de l’avoir surtout si elle coûtait plus de 8.000 F Cfa parce que nous sommes dans un milieu pauvre. Il fallait faire un choix entre assurer la dépense et l’achat des médicaments. Pour un chef de ménage, le choix est vite fait », déclare Lamine Syalla. L’ouverture de la pharmacie communautaire met fin à ce choix cornélien. « Je suis une hypertendue. Chaque mois, je dépensais au moins 8.000 FCfa pour mes médicaments. Mais depuis que « Jokko santé » est mis en place, je ne dépense plus rien. J’ai les médicaments grâce à mes points qui sont dans la base de données », apprécie Fatou Diop. Des voix bénissent cette initiative et prient pour sa réussite.

Consultations précoces

Au centre de santé, les infirmiers et les agents de l’administration constatent des effets d’entrainement sur les consultations précoces et sur le suivi médical. A Passy, on ne diffère plus les consultations. Ndèye Marième Diallo, une des gestionnaires de « Jokko Santé » verse ces consultations précoces sur le compte de la pharmacie communautaire. « Les personnes n’attendent pas que leur maladie s’aggrave pour se faire consulter. Elles viennent tôt parce qu’il n’y a plus de contrainte pour avoir des medicaments », affirme-t-elle. Dans une salle du bâtiment situé à l’entrée, Mafoury Bangour

a met à jour des données du centre de santé dans de gros registres de couleur verte dégradée. Elle souligne que les populations fréquentent de plus en plus le centre de santé grâce à la pharmacie virtuelle communautaire. « Jokko Santé a contribué à faciliter l’accès aux soins à beaucoup d’habitants de Passy. Ils fréquentent de plus en plus le centre de santé », vante Mme Bangoura. Par ce mécanisme, « Jokko Santé » démocratise l’accès aux soins et aux médicaments à des personnes du monde rural aux revenus modestes.

En 2015, cette initiative est considérée comme faisant partie des 6 projets les plus innovants à travers le monde sur 5100 en compétition pour le Prix African Entreneurship. Les candidats étaient originaires de 54 pays d’Afrique et 94 pays des autres continents. « Jokko Santé » a été le seul projet francophone primé à l’African Entrepreneurship Award 2015 soutenu par la Banque BMCE de Marrakech.

 

Combattre l’automédication

La pharmacie virtuelle est inspirée de la boîte à pharmacie familiale. L’expérience en cours dans la zone de Passy conforte les initiateurs à passer à une autre étape. Plus de 750 personnes ont adhéré à cette initiative soit une personne par ménage dans cette commune de 600 foyers. Le concepteur du projet, Adama Kane cherche à la fois à lutter contre la péremption des médicaments et aussi à combattre l’automédication. « Il y a une disponibilité des médicaments et leur accessibilité qui ont augmenté la fréquentation du centre de santé. Il y a une disparition de la vente des médicaments de la rue.

Aujourd’hui grâce aux entreprises Sonatel, Bolloré et Sodipharm, aux bonnes volontés, et à la collecte des médicaments non utilisés, beaucoup d’habitants de Passy ont accès aux médicaments sans dépenser un sou », note Adama Kane. A Passsy, on prie pour sa pérennisation. Il y a un échange de médicaments de plus 2 millions de francs Cfa au bout d’un an d’expérimentation. C’est aussi un exemple à suivre.

June 23, 2016

Intégrité et lutte contre la corruption dans le secteur Eau et Assainissement: Les acteurs se dotent d’une Charte de bonne gouvernance

Alain TOSSOUNON (Cotonou/Bénin) 

Les acteurs du secteur de l’eau et de l’assainissement se sont retrouvés le 21 juin 2016 à l’Infosec de Cotonou, en présence de la Coordonnatrice Afrique francophone du réseau WIN, pour valider la Charte de bonne gouvernance pour l’intégrité. Au terme d’un processus qui aura  duré plusieurs mois, les acteurs disposent désormais d’un instrument de promotion de l’intégrité et de lutte contre la corruption. 

Photo de famille des participants avec le ministre en charge de l'eau, Dona Jean-Claude Houssou

Photo de famille des participants avec le ministre en charge de l’eau, Dona Jean-Claude Houssou                                        (Photo A.T)

Avec pour objectif d’améliorer le contenu de la Charte et son mécanisme d’opérationnalisation avant de passer à la validation, l’atelier a mobilisé plusieurs acteurs. En dehors des Organisations Non Gouvernementales (PNE-Bénin, Protos, Helvetas, CARE Bénin, Social Watch, ALCRER, Alliance Wash Bénin, EAA-Bénin) et les médias, les structures publiques en charge du secteur, les acteurs communaux, les acteurs privés et les Partenaires Techniques et Financiers (Ambassade des Pays-Bas, GiZ, PNUD) étaient tous représentés.

En ouvrant les travaux, le Secrétaire Général du Ministère représentant le ministre, Jean-Claude Gbodogbé, a rappelé que l’eau et l’assainissement constituent des priorités dans le Document de stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté. Plus encore, le président de la République s’est engagé à faire de l’accès à l’eau, un droit inaliénable.

Mais, il a surtout salué l’avènement de cette Charte qui intervient juste après « la crise liée aux irrégularités constatées dans la gestion financière de la 2ième phase du Programme pluriannuel d’appui au secteur de l’eau et de l’assainissement (PPEA2). « Cette crise nous donne l’occasion d’œuvrer à renforcer notre système de gouvernance », a-t-il soutenu.

Avant son intervention, le président du Partenariat National de l’Eau du Bénin (PNE-Bénin), André Toupé, a souligné que d’après le rapport mondial sur l’intégrité publié en 2008 par Transparency International et le réseau WIN, le manque d’intégrité constitue l’une des causes de la situation de manque d’eau des populations. Face à cette situation, il soutient que « la nécessité d’une bonne gouvernance et de l’instauration de mesures permettant de lutter contre la corruption pour améliorer les performances du secteur font l’unanimité ».

Invité surprise, le ministre en charge de l’eau, Dona Jean-Claude Houssou, est venu soutenir cette initiative qui pour lui, s’inscrit parfaitement dans la vision du gouvernement actuel qui fait de la bonne gouvernance son cheval de bataille. Dans sa brève intervention, il a indiqué également qu’il est important dans les actions à entreprendre, de prendre en compte le développement des capacités.

Des engagements de l’espoir

Avant les travaux en groupe qui ont permis d’examiner les aspects importants de la Charte, les participants ont eu droit à la présentation du processus ayant conduit à l’élaboration de la Charte. Un processus qui a démarré avec l’exercice de l’Evaluation annotée de l’Intégrité de l’Eau /AEP rural en 2011 et l’affaire du Programme Pluriannuel d’appui au secteur de l’Eau de l’Assainissement2ème phase (PPEA2) qui ont révélé un faible niveau d’intégrité. Egalement, cet état des lieux a mis à nu des manifestations de la corruption. A partir de ce moment, le combat pour l’intégrité et la lutte contre la corruption s’est imposé comme un défi majeur. Et ce, malgré l’existence de textes juridiques de répression de la mauvaise gouvernance. Une fois mis en route, le processus a conduit à l’élaboration de la Charte qui dans son contenu, rappelle les principes et valeurs d’une gouvernance pour l’intégrité, précise les engagements des parties prenantes (Etat, Collectivités, Privé, Sté civile et Partenaires) et les dispositions diverses de mise en œuvre. Comme principes cardinales de la Charte, on retient la transparence, la  responsabilité, l’obligation, la participation citoyenne et les valeurs fondamentales promues sont : l’équité, le sens de responsabilité, l’intégrité et la justice. L’originalité de cette Charte est à retrouver dans les engagements qu’elle contient pour les parties prenantes. Dans les engagements, si l’Etat central doit, entre autres, respecter et renforcer l’indépendance et la transparence du système de contrôle interne, les collectivités locales, se doivent de veiller à une répartition rationnelle et équitable des infrastructures, le secteur privé doit respecter le code d’éthique et de moralisation, et enfin, les ONG et associations doivent davantage se mobiliser pour renforcer les mécanismes, outils et initiatives de veille citoyenne.

Le ministre de l'eau, Dona Jean-Claude Houssou s'adressant aux participants

Le ministre de l’eau, Dona Jean-Claude Houssou s’adressant aux participants (Photo A.T)

Au total, les participants ont dans les groupes de réflexion, approfondi les questions relatives aux modes d’adoption et  d’adhésion; le cadre institutionnel de la mise en œuvre, le mode de financement proposé ou encore la formalisation de la charte, les sanctions et le cadre logique. Au terme de l’atelier, plusieurs recommandations ont été faites pour faciliter la mise en œuvre du mécanisme d’opérationnalisation qui a aussi été validé.

Alain TOSSOUNON (Coll.)

June 16, 2016

Projet de Gestion Intégrée des Catastrophes et des Terres (PGCIT) : Les professionnels des médias à l’école de l’environnement

Carole AGHEY (Lomé/Togo)

Une trentaine de journalistes publics et privés de la presse écrite et de l’audiovisuel est depuis mardi en formation sur le traitement de l’Information Environnementale. Pendant cinq (5) jours, ces professionnels de, média, seront formés sur l’animation du Desk Environnement dans un contexte de décentralisation. Cette formation qui se déroule dans les locaux de la mairie d’Aného (45 km de Lomé), s’inscrit dans le cadre des actions synergiques et complémentaires du Projet Renforcement des capacités nationales et décentralisées de gestion de l’Environnement (PRCNDGE) et du Projet de Gestion Intégrée des Catastrophes et des Terres (PGCIT) entrée en exécution depuis 2012.

 

Photo de famille des participants

                    Photo de famille des participants

C’est pour vulgariser ces différents projets que le ministère de l’Environnement et des ressources forestières a initié cette formation de 5 jours dans l’une des villes du Togo, qui vit quotidiennement au rythme du changement climatique. Lors du lancement de l’atelier le 06 juin dernier, le Coordonnateur adjoint du projet PGICT, Afenutsu Kossivi Espoir, a déclaré que toute une partie du projet est consacrée à la sensibilisation et qu’avec le concours des médias, les actions de secours et de prévention seront mieux coordonnées.

Le Représentant du ministre de l’Environnement et des ressources forestières, Amevor Tata, en ouvrant officiellement les travaux, a fait savoir que la COP21 de Paris a contribué énormément à une prise de conscience générale dans le monde sur l’impact qu’exercent les changements climatiques sur l’environnement. « Les deux projets (PGICT et PRCNDGE) se mettent en synergie pour mieux aider les médias à communiquer sur les questions liées à l’environnement. Nous sommes conscients qu’avec le concours des médias, les actions en matière de changement climatique trouveront une meilleure visibilité », a-t-il ajouté.

Il s’agit, entre autres pour les hommes des médias présents à cet atelier de formation d’avoir un aperçu global des deux projets en question, un approfondissement des connaissances sur les changements climatiques et aussi d’acquérir des connaissances leur permettant de présenter d’une manière plus précise les questions liées à l’environnement à travers leurs différentes productions.

Depuis 5 ans, le Togo connait des pluies diluviennes qui occasionnent de fortes inondations dans plusieurs localités situées dans les environs de Lomé, la capitale, et à l’intérieur du pays, semant le désarroi dans les familles. En effet, ces inondations ont causé d’énormes dégâts pour les populations sinistrées. Il s’est révélé qu’elles sont la conséquence directe des effets des changements climatiques mais aussi de la mauvaise gestion des terres.

Alors  le gouvernement pour donner une réponse appropriée à ces problèmes environnementaux, a élaboré deux projets, en l’occurrence le Programme de renforcement des capacités nationales et décentralisées de gestion de l’environnement (PRCNDGE) et le Projet de gestion intégrée des catastrophes et des terres (PGICT). Ces deux projets visent à terme : à identifier les causes profondes des problèmes environnementaux à l’origine des catastrophes naturelles dont les inondations et à permettre aux collectivités décentralisées à travers des projets élaborés par ces dernières, grâce à l’appui technique des Ong, de solutionner leurs préoccupations.

Pour rappel, la première session de cette formation avait regroupé la semaine dernière les professionnels des radios notamment communautaires sur les mêmes sujets.

 

 

May 19, 2016

Pêche au Bénin : Vers le renouveau 

Alain TOSSOUNON (Bénin) 

Face à  la surpêche et aux problèmes  préoccupants de dégradation des écosystèmes aquatiques, d’utilisation des engins de pêche non sélectifs, le Bénin s’est doté en 2004, d’une Loi-Cadre sur la pêche et l’aquaculture. Un instrument juridique qui porte aujourd’hui l’espoir des acteurs de voir cette activité renaître.

Un pêcheur sur un plan d'eau

                 Un pêcheur sur un plan d’eau

Au Bénin, la pêche ne nourrit plus son homme. Cette activité qui occupe plus de 600 000 personnes de façon directe comme indirecte et contribue au PIB jusqu’à hauteur de 3% est en perte de vitesse. Le poisson devient rare dans les eaux continentales et marines béninoises au grand désarroi des pécheurs.  « Sans vous mentir, il n’y a plus de poissons dans les plans d’eaux. Les ressources sont en train de disparaître. L’activité de pêche est au ralenti », se désole le président de la Fédération nationale des acteurs de pêche du Bénin (FENAPECHE), David Hounguè.

Aujourd’hui, les pêcheurs sont obligés d’aller plus loin et de faire de gros efforts avant d’avoir une petite quantité de poissons. Une situation que confirme que le Directeur de la production halieutique à la Direction des pêches, Antoine Gaston Djivèdo. « Dans les années 1980 à 1990, les pêcheurs vont et reviennent plus vite de la pêche avec une grande quantité de poissons. Ce qui n’est pas le cas de nos jours. Aujourd’hui, les pêcheurs fournissent plus d’effort pour n’avoir que peu de poissons », souligne-t-il.

Les causes de la rareté des produits halieutiques sont pourtant bien connues de tous et surtout des pêcheurs qui sont  les principaux acteurs.  En dehors de la démographie galopante, il s’agit principalement, de l’utilisation des techniques prohibées de pêche et de la pollution des plans d’eau.  « Nous utilisons les engins que nous ne devons pas utiliser. Nous allons chercher les poissons dans leur dernier retranchement. Nous ramassons tout sur notre passage, petits comme grands poissons », se confesse le président de la Fédération nationale des acteurs de pêche du Bénin (FENAPECHE), David Hounguè. Ainsi, de façon unanime,  les pêcheurs pointent du doigt l’utilisation des filets « mèdokpokonou », qui sont des filets à petites mailles et même des moustiquaires pour la pêche. Sur les lacs, on retrouve aussi des rangées d’acadja sur plusieurs hectares. Au niveau de la pêche marine, la situation n’est guère reluisante. Contrairement aux années antérieures, le métier de pécheur est devenu difficile. Car, il faut aussi aller loin dans la mer  pour « attraper » du poisson. Mais, pour les acteurs notamment le  président de l’Union nationale des pêcheurs marins, artisans et assimilés du Bénin (UNAPEMAB), Victor Louis Amétépé, la construction de ports au niveau des eaux togolaises n’arrangent pas les pêcheurs situés au niveau des côtes béninoises, (dans les environs de Grand-Popo). Parce que, explique-t-il, les côtes béninoises reçoivent beaucoup d’eaux. Une situation pas favorable aux pêcheurs qui, envahis par ces eaux, sont obligés de se déplacer. De plus, au niveau de l’embouchure de Xwlacodji, les pêcheurs continentaux ont pris d’assaut les espaces de pêche réservés aux pêcheurs marins avec leurs engins prohibés et ramassent les alevins et autres petits poissons.

L’avènement de la Loi salué par tous les acteurs 

Face à cette situation alarmante, la Direction des pêches qui pendant longtemps a sensibilisé les pêcheurs sur ces mauvaises pratiques, est restée impuissante faute de Loi.

En effet, avant l’avènement de la Loi-Cadre adoptée par l’Assemblée Nationale le 06 juin 2014 et promulguée par le Chef de l’Etat le 07 août 2014, les textes qui régissaient le secteur étaient désuets. C’est pourquoi, avec la nouvelle Loi, les acteurs nourrissent l’espoir de voir la pêche renaître de ces cendres. Dans leur ensemble, les pêcheurs saluent l’adoption de cette Loi surtout pour les sanctions désormais prévues pour combattre les mauvaises pratiques. « Je pense que la nouvelle loi qui a été promulguée arrangera beaucoup de choses. Désormais,  «quiconque sera pris en flagrant délit d’utilisation de techniques interdites ou de pêche sans autorisation en répondra », signale le président David Hounguè. Parlant de sanctions,  l’article 112 qui condamne l’utilisation des engins prohibés pour la pêche de poissons et crevettes immatures, prévoit un emprisonnement de 3 à 12 mois avec une amende de 500.000 à 3 millions de francs CFA. Egalement, l’une des mesures importantes est l’avènement des permis de pêches qui permettra d’assainir le secteur.  Pour les associations des pêcheurs, c’est une bonne mesure et les pêcheurs qui ont été impliqués dans le processus d’adoption de cette Loi promettent de s’y conformer. Car, soutient David Hounguè, « si l’Etat ne prend pas ses responsabilités, des pêcheurs ne pourront plus aller pêcher en toute liberté ». Et au directeur de la production halieutique, Antoine Gaston Djivèdo de conclure : « Avec le vote de cette loi, le Bénin s’engage pour une pêche durable, une gestion des plans d’eaux de sorte à satisfaire les besoins de pêche d’aujourd’hui et assurer les besoins de l’avenir ».

 

 

 

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April 29, 2016

Plaidoyer sur l’hygiène et l’assainissement : Les journalistes de l’Afrique de l’ouest renforcent leurs capacités à Dakar

Alain TOSSOUNON (Dakar)

Photo de famille des participants

          Photo de famille des participants

Depuis le 25 avril 2016 se tient à  Dakar au Sénégal, un atelier de renforcement de capacités des hommes et femmes des médias membres du Réseau des journalistes de l’Afrique de l’ouest pour l’eau, l’hygiène et l’assainissement (WASH-JN). Organisée par WaterAid, une organisation mondiale qui s’est illustrée ces dernières années dans la transformation des vies des communautés les plus pauvres en améliorant l’accès à l’eau potable et a l’assainissement, cet atelier a permis  aux journalistes de mieux s’outiller dans le combat pour une meilleure priorisation du secteur de l’eau et de l’assainissement dans l’agenda de développement des pays de la sous-région.

Aujourd’hui, près de la moitié de la population mondiale qui n’a pas accès à des sources améliorées d’eau potable vit en Afrique subsaharienne et 700 millions de personnes de la région n’ont pas accès à des services d’assainissement. L’Afrique subsaharienne a les taux de couverture les plus bas. Une situation qui occasionne la mort de quelque 180.000 enfants de moins de 5 ans chaque année, soit à peu près 500 par jour à cause de maladies diarrhéiques imputables au manque de services d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH).

Face à cette situation préoccupante, le plaidoyer pour une meilleure priorisation de l’assainissement et de ressources apparait comme une arme efficace pour apporter les changements. C’est l’objectif de cet atelier qui vise à maintenir la dynamique et aider à collecter les preuves nécessaires pour de meilleures actions d’influence sur le financement de l’assainissement dans la sous-région.  Mais, aussi cet atelier est destiné à doter les participants de connaissances sur les Approches basées sur les droits humains et les approches d’engagement citoyen qui leur seront utiles pour l’influence et la gouvernance du secteur (WASH) et notamment l’assainissement.

En ouvrant l’atelier le premier jour, Le Directeur régional des programmes en Afrique de l’Ouest  pour WaterAid, Joe Lambongang, a salué la mobilisation des journalistes pour cet atelier et surtout  rappelé les enjeux des nouveaux Objectifs du développement durables (ODD) pour les pays de la sous-région.  Pour lui, si le travail à accomplir est « immense », les ODD exigent des journalistes et des agents de développement plus d’engagement. En se référant à la stratégie mondiale dont la vision est que chacun doit avoir l’accès à l’eau et à l’assainissement partout où il est d’ici 2030, il a invité les acteurs des médias à contribuer à la réalisation de cette vision.  Pour terminer, il a lancé un appel aux journalistes qui doivent   rechercher des informations crédibles pour pouvoir influencer les politiques et surtout travailler avec passion. « Partout où vous êtes, …vous pouvez changer le monde », a-t-il s’est-il adressé aux journalistes.

Au cours de l’atelier, les participants ont suivi plusieurs présentations sur les progrès et avancées du secteur eau, hygiène et assainissement en Afrique de l’ouest, les grands défis du secteur, l’approche basée sur les droits humains, la communication et la recherche de données…Surtout, les participants ont partagé par pays leurs expériences et études de cas, et fait des exercices pratiques sur la collecte d’informations et de preuves nécessaires pour une efficacité en matière de plaidoyer et d’influence en faveur de l’assainissement.

Egalement, une visite de terrain a été organisée sur deux sites afin d’amener les participants à mieux appréhender la problématique de la pollution de la baie de Hann par les eaux usées et chimiques et celle du manque d’eau et d’assainissement dans Guédiawaye, une région de la ville de Dakar.

Au total, avec les réflexions sur les approches et outils de plaidoyer d’assainissement, sur la documentation, le rapportage, les participants repartent bien affûtés pour un plaidoyer efficace pour un accès de toutes les populations de l’Afrique de l’ouest à l’assainissement.

April 5, 2016

Gestion des ressources hydriques : De la nécessité de jeter les ponts de coopération sur les eaux partagées

Idrissa SANE (Dakar/Sénégal) 

 Le premier Ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne a lancé un appel pour construire les ponts de coopération sur la gestion des eaux partagées. Il a présidé ce mardi 5 avril 2016 le panel mondial sur l’eau et paix.

Les membres du panel au cours de la rencontre

Les membres du panel au cours de la rencontre

L’eau la source de stabilité. Le premier Ministre du Sénégal, Mahammed Boun Abdallah Dionne invite à l’amorce d’un virage où les pays vont jeter des ponts de coopération sur les ressources hydriques partagées. Le chef du gouvernement a fait ce plaidoyer le mardi 5 avril lors de l’ouverture du Panel mondial sur l’eau et la paix créé en novembre 2015 à l’initiative de la Suisse et d’autres pays comme le Sénégal. « Il s’agira d’amorcer un partenariat mondial visant à faire de l’eau un instrument de paix et non une source de potentiels conflits et crises », a lancé le chef du gouvernement qui était entouré par l’ancien président de la Slovénie, Danilo Turk,  du président du Groupe stratégique et prospectives, Sundeep Waslekar et du ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement du Sénégal, Mansour Faye.  Face aux incertitudes qui pourraient naître de la rareté de cette ressource, il serait judicieux selon le premier Ministre de sensibiliser les décideurs sur les rapports entre l’eau et la paix. C’est tout le sens qu’il faudra donner à l’engagement du président de la République d’introduire pour la première fois cette problématique au Conseil de sécurité de l’Onu. Il est impérieux d’entreprendre une initiative politique de haut niveau pour  plus de prise de conscience de la corrélation entre l’eau et la paix. « C’est le sens qu’il faut donner à la décision du président de la République de son Excellence, Macky Sall d’introduire la thématique eau, paix et sécurité dans l’agenda du Conseil de sécurité des  Nations Unies », a évoqué le chef du gouvernement.  Cette volonté politique est fondée sur l’occurrence des conflits et des crises qui sont directement ou indirectement liés à la gestion ou à la rareté de cette ressource. Selon les statistiques des institutions internationales 70 foyers de tension dans le monde ont pour racine la répartition ou la gestion des ressources hydriques entre les pays ou au sein des pays. Déjà en 1995, la Banque mondiale attirait l’attention de la communauté internationale en ces termes : « le pétrole a été à l’origine  de nombreux conflits lors du  siècle écoulé, ainsi l’eau sera la source des conflits dans le siècle à venir ». Cette prédiction alarmiste est malheureusement confirmée par  les Nations Unies. Aujourd’hui plus que par le passé, les conditions sont  plus favorables pour que l’eau déclenche plus de crises et de conflits et jette des milliers de personnes sur le chemin de l’émigration.

L’eau, une nouvelle arme de guerre

L’humanité doit s’attendre à des flux migratoires de l’ordre de 150 à 200 millions de personnes entraînés par des pénuries du liquide précieux. « La dialectique paix et eau ne date pas certainement d’aujourd’hui. Cependant elle est assurément plus prégnante dans le contexte actuel où la raréfaction  de l’eau semble être inéluctable du fait des changements climatiques et de la rareté de l’eau et de l’accroissement démographique », a estimé le premier Ministre. A ces facteurs, les intervenants ajoutent les foyers de tension, le terrorisme à travers le monde. Les groupes terroristes se servent déjà cette ressource comme une arme de guerre pour mettre la pression sur les populations et sur  les camps adverses. « Entre 150 et 200 millions de personnes devraient migrer à cause des pénuries d’eau d’ici à 2050. Il s’y ajoute que l’eau et les infrastructures sont utilisées comme une arme de guerre lors des conflits armés et des attaques terroristes », a relevé le chef du gouvernement.  La résolution de ces problèmes passe aussi par l’actualisation des textes juridiques afin d’avoir des instruments qui vont prendre en aval les obstacles à la gestion concertée des eaux partagées. « Nous devons œuvrer  au renforcement  du régime juridique international  pour protéger des ressources hydriques en particulier dans des zones en conflit. Ainsi nous apporterons une contribution de l’objectif  6 ODD lié à la sécurité de l’eau », a préconisé Mahammed Boun Abdallah Dionne. En tout état de cause, l’ancien président de la Slovénie, Danilo Turk estime qu’il faut aller vers des solutions concrètes pour prévenir les crises. Il a lancé : « Il faut comprendre les efforts mais aussi il faut résoudre les problèmes ».

 

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April 5, 2016

Sundeep Wasleker, Pdt Stratégique Foresight Groupe: « La pression sur l’eau menace la stabilité entre les pays »  

Idrissa SANE (Dakar/Sénégal)

L’Etat du Sénégal va abriter du 5 au 6 avril, le panel mondial sur l’eau et la paix. Le président Strategic Foresight, Sunder Waslekar qui a décliné les enjeux de cette rencontre a affirmé que les compétitions pour  l’accès à l’eau menace la stabilité des pays.

Sundeep Wasleker, Pdt Stratégique Foresight Groupe

Sundeep Wasleker, Pdt Stratégique Foresight Groupe

Quel est le champ d’intervention du Groupe Stratégique de prévoyance ?

Le Groupe stratégique de prévoyance est un Think Tank. Il mène des réflexions sur les questions liées à la gestion de l’eau  notamment  la prévention des conflits. Nous travaillons dans plus de 50 pays. Nous avons trois essentiels axes d’intervention à savoir, la prévention des conflits liés à la gestion de l’eau, la diplomatie de l’eau et sur les grandes technologies pouvant atténuer les conflits. Notre stratégie a été présentée et appréciée au parlement européen, au parlement de la Grande Bretagne, au parlement de l’Inde ainsi qu’à la Banque mondiale. Le Groupe a été créé en 2002 mais c’est à partir de 2010 que nous avons commencé à travailler sur  la diplomatie de l’eau. Nous n’avons pas d’ingénieurs hydrogéologues et hydrauliciens dans le groupe, cela peut amener des personnes à se poser les questions pourquoi travailler sur les questions de l’eau ? Nous sommes partis du constat que la pression exercée sur l’eau, cumulée avec l’augmentation de la population et par conséquent de la demande aura des impacts réels sur la paix et la sécurité à travers le monde.

Sur quoi vous vous fondez pour faire de telles prédictions ? 

Nous avons exploité plus de 1000 études depuis 2008. Il est apparu de façon nette et claire, que la sécurité, le bien-être des populations, et l’accès à l’eau seront des grands défis au cours des prochaines années. Il a été noté qu’il y aura de plus en plus de compétitions, de conflits pour l’accès à cette ressource qui va se raréfier. En outre, au cours des 20 dernières années, tous les Secrétaires généraux des Nations Unies ont recommandé aux Etats d’anticiper sur les impacts que les compétitions pour l’accès à l’eau pourraient avoir  sur la stabilité et sur la paix. Mais force est  de reconnaître que rien n’a été fait jusqu’ici. Or l’accès à cette ressource peut être la source d’instabilité et d’insécurité.

Est-ce que les sources d’eau ne sont pas menacées dans des pays en conflit ?

L’Etat islamique a la mainmise sur beaucoup de sources d’eau en Irak et en Syrie. Il utilise ces eaux comme un moyen de pression, soit pour forcer les jeunes des zones qui n’ont accès à regagner leurs rangs  soit pour  contraindre  les populations privées à adhérer leur idéologie. L’eau est devenue par la force des choses une arme de guerre. Aujourd’hui, cela se passe en Irak et en Syrie. Qu’est-ce qui exclut que cela peut se passer en Afrique de l’Ouest. Qu’est-ce qui dit que les groupes terroristes au Mali ne peuvent pas être tentés d’attaquer le barrage de Manantali. Les sources d’eau et les infrastructures d’eau, les conduites ne sont pas à l’abri des attaques de nos jours.

 Pourquoi le choix du Sénégal pour  abriter le Panel mondial sur l’Eau et la Paix ?

Plusieurs raisons expliquent le choix du Sénégal pour abriter ce Panel soutenu par la Suisse et parraine par plusieurs pays. D’abord, c’est ici que nous avons l’exemple le plus abouti de la coopération des pays sur la gestion partagée de la ressource. L’OMVS est un exemple de coopération, de renforcement de la stabilité entre les pays. Le partage de cette ressource de l’eau du fleuve sénégalais est unique au monde. Ensuite, lors de la première assemblée Tenue en Suisse, le Sénégal a demandé à accueillir la deuxième rencontre. Enfin, le Gouvernement du Sénégal s’est engagé à porter des recommandations de ce panel à l’Assemblée générale des Nations Unies. Le Sénégal sera membre du Conseil de sécurité au mois janvier. Nous saluons à cet effet l’engagement du président de la République, Macky Sall et de son gouvernement. Durant cette rencontre, nous allons passer en revue les exemples réussis de la coopération sur les eaux partagées et sur les bassins fluviaux transfrontaliers. Nous  examineront également  les cas d’échec de ces coopérations à travers le monde. Sur la base de cette analyse globale, nous proposerons des recommandations.  Nous pensons déjà qu’il faut des institutions et mettre en place des fonds pour des pays qui décident de collaborer pour la gestion des eaux partagées et encourager les autres pays. Nous pensons que les conflits liés à l’eau sont plus politiques que l’accès même à cette ressource. Si nous parvenons à régler des conflits politiques, nous aurons fait plus de la moitié du travail.

Propos recueillis par Idrissa SANE

 

 

 

 

April 4, 2016

Accès à l’eau potable des populations du monde rural : Le 7ème Forum du RWSN se tient à Abidjan en novembre prochain

Alain TOSSOUNON (Cotonou/Bénin) 

Véritable rendez-vous des acteurs s’investissant pour l’accès du monde rural à l’eau potable, le 7ème Forum du Rural Water Supply Network (RWSN) se tiendra du 29 novembre au 1 décembre 2016 à Abidjan (Côte d’Ivoire).  Avec plusieurs sessions plénières et des sessions parallèles de présentations ainsi que des ateliers interactifs et des présentations de posters, de photographies, d’illustrations et de courts-métrages, le forum offrira l’occasion au monde de l’eau de l’eau potable en Afrique, de partager leurs expériences, succès et échecs  et surtout, de se mobiliser pour l’atteinte des   Objectifs de Développement Durable (ODDs) en milieu rural et dans les petites villes. Plus de 650 participants du monde entier sont attendus pour l’édition 2016 qui sera entièrement bilingue (français et anglais).

Une femme d'un village du Bénin prenant de l'eau dans un puits Photo (PNE)

Une femme d’un village du Bénin prenant de l’eau dans un puits Photo (PNE)

Sur 10 personnes n’ayant pas accès à des sources améliorées d’eau potable, 8 d’entre elles vivent dans les zones rurales (2015 JMP). L’accès à l’eau potable en milieu rural est très en retard par rapport au monde urbain.  En plus, en milieu rural, la fourniture des services d’eau connait plus souvent des dysfonctionnements privant ainsi les communautés du liquide précieux. On estime qu’un système d’eau  sur trois en milieu rural ne fonctionne pas de manière adéquate dans les pays en voie de développement. Une préoccupation qui sera une fois encore au cœur du 7ème Forum RWSN.

Moment unique de retrouvailles de tous les acteurs qui militent pour l’eau potable pour tous en milieu rural, le forum RWSN permet de « mettre l’accent sur l’apprentissage et le partage des connaissances, et sur les aspects pratiques plutôt que politiques ». Les participants attendus à cette table ronde d’échanges sont des professionnels et des praticiens du secteur de l’approvisionnement en eau en milieu rural. Egalement, les  dirigeants politiques  sont conviés au Forum, pour un bouillon d’échanges sur les solutions idoines pour sortir le monde rural de l’angoisse de la soif. .

Prévu pour durer trois jours, le forum reste un évènement spécial dont le contenu est décidé par les participants qui sont appelés à  présenter leurs expériences  ou les travaux de leurs recherches sous différentes formes (article, poster, film, photo, stand à l’expo ou séminaire sponsorisé).

Les thèmes retenus pour les travaux qui seront soumis sont relatifs à la durabilité des services d’eau pour les petites villes et en milieu rural, l’égalité, la non-discrimination et l’inclusion, le développement durable des nappes phréatiques souterraines, l’accélération de l’auto-approvisionnement, la cartographie et le suivi, l’approvisionnement en eau rurale dans le contexte humanitaire et de développement.

Tous les professionnels  de tous types d’organisations et de tous niveaux peuvent soumettre leurs contributions. Des entreprises d’eau aux ministres de gouvernements en passant par les chercheurs ou les professeurs d’université, c’est tous les acteurs qui sont concernés. Pour les organisateurs, le Forum permet d’ « aborder les problématiques d’actualité en matière de recherche, de politique et de pratique afin d’insuffler une nouvelle énergie aux partenariats existants et d’en créer de nouveaux ».

Un appel à contributions est ouvert jusqu’au 30 avril 2016.

Pour tous ceux qui désirent participer : Allez sur le lien suivant: http://rwsn7-fr.net/participer/inscription/. Tous les participants peuvent bénéficier du tarif réduit (500 €)  pour toute inscription avant le 30 juin 2016.

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April 1, 2016

MOMAR POUYE, ANCIEN PRESIDENT DE LA COMMISSION ENVIRONNEENT DE LA MAIRIE DE MBAO : « Il faut appliquer le principe du pollueur-payeur»

Youssou Bodian (Dakar-Sénégal)

Il a été au-devant de tous les combats menés par les populations de cette ville fortement frappée par la pollution industrielle. Un engagement qui a valu à cet écologique des démêlés avec la justice à plusieurs reprises dont un séjour à la maison d’arrêt et de correction de «Reubeuss ». Entretien avec un militant convaincu prêt à jeter ses dernières forces dans la bataille pour la survie de sa communauté.

Pollution petit Mbai

Comment en est-on arrivé à ce niveau de pollution des eaux à Petit Mbao?

D’abord je tiens à préciser que l’installation des populations a précédé de très loin celle des usines.  Quand l’Etat a décidé de mettre en place la zone franche industrielle, il était prévu un centre de traitement des déchets liquides toxiques avant qu’ils ne soient jetés en mer ou réutilisé pour le maraîchage. Mais le projet a fait long feu. La structure qui n’a jamais fonctionné a été finalement démontée par des voleurs qui ont vendu les pièces détachées aux ferrailleurs. Ce qui fait que les déchets liquides sont directement  jetés en mer sans le moindre traitement.  Le marigot a été aussi agressé par des promoteurs immobiliers qui l’ont enseveli pour y construire des maisons avec la complaisance des autorités locales et étatiques. On a mené des luttes avec toutes les franges de la population pour attirer l’attention sur le fléau mais en vain.

Quelles sont les impacts de cette pollution ?

La forêt a subi des désagréments parce que même les arbres les plus robustes ont péri petit à petit. La nappe phréatique complétement polluée a occasionné des rejets qui ont contribué à toute activité d’élevage et d’agriculture. Il n’est plus possible de cultiver ni de pêcher dans la zone donc tous les jeunes ont émigré vers la petite côte et la Casamance. Il y a aussi que le marigot qui était source de vie pour l’écosystème a été complétement pollué de telle sorte que les zones de pêche qui en découlaient ont été anéanties.

On peut même dire que l’espérance de vie a baissé parce qu’en milieu Lébou, les gens ont été toujours robustes parce que nourris de produits naturels provenant essentiellement de la mer. Mais avec la pollution, tout ce qui contribuait à la longévité des populations a disparu. Le constat est qu’actuellement au niveau de Petit Mbao, il n’y a que de «jeunes vieux» au lieu de personnes âgées. Les maladies respiratoires liées à la consommation d’une eau impropre ont accéléré les choses.

Quelles sont selon vous les solutions pour sauver Petit Mbao de la pollution ?

Il faut appliquer le principe du «pollueur-payeur» comme ça se passe dans les pays développés. Toutes ces industries basées dans la zone franche doivent mettre la main à la poche pour la dépollution de la zone souillée. Mais aussi la mise en place d’un système qui va permettre de traiter tous leurs déchets liquides avant qu’ils ne soient déversés en mer où dans un autre endroit non loin des habitations. La taxe pour la dépollution devra aussi permettre de réparer tous les dégâts causés depuis des années avec des impacts néfastes sur la santé des populations, et sur l’environnement.

 

April 1, 2016

EAUX USEES, DECHETS TOXIQUES, NAPPE PHREATIQUE POLLUEE : Petit Mbao agonise à cause des usines de la zone franche

Youssouph Bdian (Dakar Sénégal)

Petit Mbao, commune située à une vingtaine de kilomètre de Dakar, agonise lentement sous le poids des déchets liquides toxiques. Le village lébou créé vers 1444 est devenu le réceptacle des eaux polluées déversées par les nombreuses usines implantées dans la zone franche industrielle. Le canal du «mal» empoisonne depuis près de quatre décennies la vie d’une population désorientée qui continue à assister impuissante à la dégradation de son cadre de vie et au dérèglement d’un mode de vie longtemps rythmé par la pêche et l’agriculture. Deux activités de survie qui ont brutalement disparus au grand désarroi d’une population qui se débat pour rester en vie.

Usine Petit Mbao

A première vue, Petit Mbao Peulh est une cité calme et paisible. En cette matinée de lundi du mois de mars, le quartier, comme bercé par les vagues qui échouent à une dizaine de mètres des habitations, se réveille petit à petit. Sur un terrain vague au milieu de la cité, des enfants courent derrière un ballon qui, de temps à autre, va heurter un mur ou une porte d’une des bâtisses qui continuent à pousser comme des champignons dans ce quartier populaire habité depuis plusieurs années. Des mômes bruyants dont les cris se mélangent par moment aux hurlements des sirènes et autres machines des usines dont la plus proche est celle des ICS (Industries chimiques du Sénégal). De loin, on aperçoit ses grandes sphères d’acide phosphorique qui plombent dangereusement les habitations. Le nuage de fumée qui s’y échappe réduit la visibilité sur un rayon de près de 200 mètres.

L’horizon est invisible et incertain, à l’image de l’avenir de ces enfants dont la bonne humeur et le trop plein d’énergie contrastent avec le danger. Ils le côtoient quotidiennement au péril de leur vie et de celle d’une centaine de personnes qui meurent à petit feu dans ce coin oublié. Cette bourgade est bâtie sur du sable mouvant argileux, où par endroit on s’embourbe comme pour signaler aux visiteurs qu’il ne faudrait surtout pas s’aventurer pendant  l’hivernage dans ce quartier qui se transforme en marre à crapauds. Mais le plus grand danger ici reste le lac, une mare de 150 m2 qui jouxte le mur de clôture des ICS.  Plus on s’en approche, plus l’air devient de moins en moins respirable. Les narines sont fortement agressées par un mélange d’odeurs provenant des eaux toxiques d’une puanteur refoulant.

«C’est ainsi depuis la mise en place, en 1994, de la zone franche industrielle qui accueille plusieurs usines»,  confit l’air dépité et impuissant le chef de quartier de Petit Mbao Peulh. En effet, à deux cent mètres des habitations, on aperçoit dans le brouillard les installations des Industries chimiques de Sénégal  et d’autres installations industrielles qui tournent à plein régime. Toutes ces usines déversent leurs déchets liquides dans la mer à travers un canal qui vomit à une dizaine de mètres de la plage abandonnée, une eau noirâtre d’une odeur irrespirable. Avec l’effet du vent, l’odeur arrive jusque dans les maisons où la vie est souvent impossible.

«Il y a des jours où on est obligé de fermer portes et fenêtres pour échapper à l’odeur nauséabonde que même l’encens ne réussit pas à chasser quand le vent est très fort», lâche Tony Gueye, la trentaine, qui a déménagé à Petit Mbao dans la nouvelle maison de ses parents depuis moins de deux ans. Devant leur belle bâtisse R+1 peinte en beige, nous sommes vite rejoints par une jeune fille apparemment très intéressée par le sujet de notre conversation. Son nom Marianne.

Petite sœur de notre interlocuteur, elle a tenu elle aussi à jeter son grain de sel. L’air fatigué, le pagne négligemment noué, elle déclare : «Nous étions très heureux quand on a déménagé dans ce quartier en apparence très calme, mais on a très vite déchanté».

Au-delà de la forte odeur qui indispose, cette étudiante déplore le fait que les jeunes du quartier ne puissent pas profiter de la plage pourtant très proche, mais fortement souillée par les eaux polluées déversées par le tuyau considéré comme l’origine du mal vivre de toute une communauté. Le calvaire dure depuis plus de vingt ans avec des conséquences sanitaires, écologiques et économiques qui étouffent de jour en jour Petit Mbao.

 

Ici la pêche et l’agriculture se conjuguent au passé

 

Depuis près de cinq cent ans, les populations de Petit Mbao, majoritairement Lébous, ne vivaient que de pêche et d’agriculture. Mais aujourd’hui, ces activités ne sont plus d’actualité. Tout est parti de l’implantation de l’usine des ICS en 1978. Suivront ensuite plusieurs autres industries parmi lesquelles l’usine de tannerie «Sentha». Ainsi va naître la zone franche industrielle qui a fini par bouleverser la vie de milliers de personnes.

Un tour à la plage permet de constater l’ampleur des dégâts. Quelques pirogues sont abandonnées par endroit sur ce quai très animé dans le passé à cette heure de la journée. Mais aujourd’hui clairsemé, car juste quelques jeunes assis en petit groupes conversent bruyamment. «Tous nos jeunes qui sont majoritairement pêcheurs ont migré vers Mbour, Joal, Cayar, Kafountine… La mer ici est très polluée, ce qui fait que les poissons ont fui et ceux qui restent ne sont pas consommables», explique Momar Thioune. L’ancien responsable de la Commission environnement de la commune de Mbao se souvient avec beaucoup d’amertume de cette époque d’abondance qu’a connue son village natal. Sauf qu’aujourd’ui, les populations sont obligées d’aller acheter du poisson dans les autres localités. Ce qui était inimaginable dans le temps, selon notre interlocuteur.

L’agriculture et l’élevage qui étaient aussi des activités pratiquées dans le village ont disparu. La nappe phréatique polluée ne favorise plus la pratique du maraîchage qui fournissait le village en légumes. A Petit Mbao Peulh par exemple, aucun arbre ne pousse et le cheptel qui était jadis abondant a disparu, d’après le délégué de quartier, qui confie leurs bœufs, moutons et chèvres sont morts un par un  à force de boire l’eau polluée du lac.

 

April 1, 2016

THIAROYE : De fournisseur d’eau potable à pollueur d’environnement

Paul Kadja Traoré (Dakar Sénégal)

Situé dans la ville de Pikine, en pleine banlieue, la commune de Djiddah Thiaroye Kao est caractérisée par son manque de système d’assainissement adéquat.
Bâtie sur la nappe phréatique de Thiaroye dans la zone dite «Des Niayes de Dakar», selon l’universitaire, Saïdou Ndao, spécialiste des projets de Développement durable, c’est à partir de 1970, que cette nappe fut fortement pompée pour l’alimentation en eau potable de Dakar. Peu à peu, ces terrains en périphérie de la capitale se sont asséchés et ont accueilli une très forte croissance urbaine induite par les déguerpissements des habitants du centre-ville et par l’exode rural dû à la sécheresse. «Cette urbanisation s’est faite sans planification, ni réseau d’assainissement. De ce fait, les rejets d’eaux usées et de déchets, provenant d’une population périurbaine croissante ont pollué ces nappes phréatiques qui sont devenues impropres à la consommation. Les pompages ont été diminués, rehaussant ainsi leur niveau et provoquant d’importantes inondations à chaque période hivernale», confie le professeur.

Saïdou Ndao a tenu à insister sur le fait que pendant longtemps, l’alimentation en eau potable de la région de Dakar a été assurée par les forages de Thiaroye. Mais, explique-t-il, «l’avancée du biseau salé a amené les autorités étatiques à instruire l’arrêt de ces forages. Cette déconnexion a non seulement entrainé une baisse de la production en eau potable dans la zone, mais elle y a aussi favorisé la récurrence des inondations du fait de la remontée de la nappe. Ces inondations récurrentes ont donné naissance à une autre forme de pollution : la nitrification des eaux de la nappe de Thiaroye».

Poursuivant, il dira : «Ce phénomène de nitrification a des causes multiples et variées liées essentiellement à un manque d’étanchéité des fosses septiques, à la présence d’un foirail et d’un cimetière dans la zone. Leur communication directe avec la nappe affleurant n’est pas sans conséquences sur l’environnement immédiat». En effet, ajoute le professeur «la teneur de la nappe en nitrate a atteint des proportions inquiétantes, dépassant largement la norme de potabilité de 50 mg/l fixée par l’Oms. Par conséquent, cette eau est devenue inutilisable à la consommation humaine, mais utilisable dans l’irrigation.

April 1, 2016

ABSENCE D’ASSAINISSEMENT A DJIDAH THIAROYE KAO : Quand la population cohabite au quotidien avec les eaux usées

Paul Kadja Traoré(Dakar Sénégal)

Bâtie sur la nappe phréatique de Thiaroye, la commune de Djiddah Thiaroye Kao connaît un sérieux problème d’assainissement. Depuis maintenant plusieurs années, la population de la localité souffre de sa cohabitation avec les eaux usées.

Thiaroye

Impossible de rester quelques minutes dans les différentes ruelles de la commune de Djiddah Thiaroye Kao. En effet, dans presque toutes les ruelles des 21 grands quartiers qui constituent la commune, un énorme trou servant de canal est creusé pour contenir les eaux usées en provenance des fosses septiques des maisons du quartier. L’odeur nauséabonde qui s’y dégage rend l’endroit infréquentable. «Cette situation infernale dur depuis de nombreuses années, renseigne Codou Fall, une vieille dame qui vit au quartier Lansar. Pour éviter des maladies respiratoires, nous sommes obligés de verser quotidiennement de l’eau de javel dans tous les coins de la maison». Au quartier de Ainoumane 3, le constat est le même : eaux usées et ordures ornent le décor. Une situation qui, visiblement, ne dérange plus personne dans ce quartier. C’est le cas du jeune Demba Fall, trouvé assis tranquillement dans son atelier de menuiserie avec ses apprentis, en train de déguster son verre de thé, malgré l’odeur fétide qui fusse de partout. «Je suis né et j’ai grandi dans ce milieu il y a une trentaine d’années. Chaque jour, nous vivons cette situation avec tous les dangers que cela comporte, c’est comme si ça faisait partit de notre quotidien. Je suis habitué à cette odeur, cela ne peut pas m’empêcher de vaquer à mes activités dans ce quartier», soutient le menuisier. Toutefois, il précise : «Ce qui nous agace surtout, c’est le manque de réaction des autorités locales. Hormis les quelques travaux d’installation d’un station d’épuration faite par l’office national d’assainissement du Sénégal (Onas) qui n’est bénéfique qu’aux quartiers périphériques et la réhabilitation de la route principale qui d’ailleurs n’a pas résisté aux derniers inondations, rien n’a été réalisé par les autorités pour nous sortir de cette situation alarmante». Au quartier Touba-Pikine, c’est le même scénario. Trouvé devant la mosquée du quartier, le vieux Daouda Diallo se plaint des eaux usées mélangées à des déchets, le tout dégageant une odeur nauséabonde qui envahissent les maisons. «Mais ce qui est plus grave, souligne le sieur Diallo, c’est que maintenant, nous avons constaté des serpents sortir de ces déchets et de ces eaux qui bordent nos maisons. Et le danger est d’autant plus grave que nos enfants circulent tout autour sans la moindre surveillance. Ce qui du jour au lendemain risque d’avoir des conséquences incalculable». Aussi, lance-t-il un SOS aux autorités de sa localité.

 

April 1, 2016

PRINCIPALES CAUSES DU PROBLEME D’ASSAINISSEMENT A LA MEDINA : Vétusté du réseau, incivisme et extension des maisons

Mamadou Lamine Camara (Dakar Sénégal)

A la Médina, un des anciens quartiers de Dakar, le problème du système d’assainissement se pose avec acuité. La plupart des rues ont pour marque les flac d’eau usées qui coulent  durant  presque 12 mois sur 12. Dans cette  localité de  la capitale  du Sénégal, les résidants ont une analyse différentes des causes de cette équation presque insoluble qui est l’assainissement  de la Médina. Si certains indexent la vétusté du système d’assainissement qui ne peut contenir les eaux usées des ménages qui ne cessent d’augmenter d’années en année, d’autres par contre estiment que la cause est  liée à  la nature du sol de la localité dont la nappe n’est  pas  trop profonde.  Trouvé  devant une  boutique à la  Rue 41 X 22, Doudou Gueye a déclaré que le problème de l’assainissement de la Médina est en partie lié des matériaux utilisés pour l’aménagement des rues. «L’évacuation des eaux usées constitue l’éternel problème de la Médina» a renseigné M. Gueye, riverain de la Rue 41X 22.

De son analyse, il ressort que «le système de canalisation étroit et vétuste ne peut plus à lui seul évacuer les eaux usées d’une localité aussi peuplée comme la Médina». Plus  loin de la Rue 41 X 22, un autre  natif de la Médina explique, à son tour les causes de la problématique de l’Assainissement de la Médina. Pour le vieux Papa Gueye, le problème de l’assainissement au niveau de la Médina est lié  principalement à la nature du sol. «Ici, à la Médina, la nappe affleure parce qu’à l’origine cette localité était redonné par des marécages» a expliqué le vieux Guèye. A l’en croire, l’écoulement des eaux usées s’intensifie chaque jour. Les canaux se bouchent au niveau des habitants les plus élevés.

En dehors, de ces problèmes, beaucoup de personnes croisées dans la rue de la Médina ont mis sur le dos le problème de l’assainissement à l’inadéquation entre l’évolution rapide des immeubles et le système d’évacuation actuel. «Le réseau d’évacuation des eaux usées actuel ne peut plus contenir tout ce que les ménages déversent», a soutenu Pathé Diagne, résident à  la rue 22. Ainsi, il  a  invité  l’Office  nationale de l’assainissement du Sénégal (Onas) à faire en sorte que l’extension de leur réseau soit en conformité avec l’évolution de   l’habitat.

La majeure partie des personnes rencontrées ont aussi pointé du doigt l’incivisme des citoyens qui a le plus  contribué à accentuer  le  problème de l’assainissement à la Médina, et à la Gueul Tapée. La preuve, des tas d’ordures sont dispersés un peu partout au niveau des intersections du quartier. Ces ordures mélangées aux eaux usées provoquent une odeur nauséabonde qui constitue un problème de santé  pour les populations.

La preuve de l’incivisme des populations se voit au niveau de Soubédioune  ou prend fin le canal d’évacuation des eaux usées. Au niveau de Soubédioune, à la  place des eaux usées, le canal rejette dans l’océan des objets solides plus précisément, les carcasses d’animaux mais surtout le plastique qui constitue une menace l’environnement marin et  les espèces qui y vivent.

 

April 1, 2016

Lancement du rapport mondial sur l’intégrité de l’eau 2016 : La corruption, toujours une menace pour le secteur

Alain TOSSOUNON (Bénin) 

A l’occasion de la Journée Mondiale de l’Eau[1] (JME) 2016 célébrée autour de thème « Eau et emploi », le réseau pour l’intégrité de l’eau WIN (Water and Integrity Network) a procédé ce jour 22 mars, au lancement du Rapport Mondial sur l’Intégrité de l’Eau 2016. Huit ans après un premier rapport sur la corruption dans le secteur de l’eau, le présent  rapport vient une fois encore de souligner l’impérieuse nécessité d’agir vite pour enrayer la corruption dans le monde et dans chaque pays.

Le manque d'intégrité et la corruption sont prejudiciables au secteur de l'eau

Le manque d’intégrité et la corruption sont préjudiciables au secteur de l’eau

Selon le rapport, on estime qu’une perte de 10% des investissements en raison de la corruption implique des déficits annuels dans le secteur s’élevant à  plus de 75 milliards de dollar US. Se fondant sur les exemples du Bénin, du Malawi ou de la Californie pour la seule année 2015, le rapport dénonce de nombreux exemples de prévarication de fonds destinés au secteur qu’il qualifie de « grande corruption ».

En effet, le bilan depuis 2008 montre qu’on n’enregistre toujours pas de changement et que la corruption s’est accru dans le secteur. « Aucun signe ne permet de penser que la corruption aurait diminué depuis 2008. Les scandales répétés dans le secteur et dans d’autres domaines suggèrent qu’elle est toujours aussi répandue », se désole le rapport. En dehors du détournement des fonds publics au niveau des institutions publiques ou dans le cadre des interactions avec le secteur privé, le rapport pointe également du doigt, la planification et la construction des infrastructures dans les domaines des services de l’eau, de l’irrigation ou encore de l’hydroélectricité.  Selon le contenu du rapport, on assiste dans certains pays, à une planification fantaisiste ou à la manipulation des données dans les projets de construction des ouvrages. Dans le cas du Pakistan par exemple, le rapport nous apprend que 80% des indemnisations ont été attribuées à des faux propriétaires dans le processus de déplacement des populations pour la construction de barrages.

Pas très tendre avec ce qui est communément appelé petite corruption, le rapport s’indigne et soutient que « de petits vols peuvent s’accumuler et équivaloir à la grande fraude ». Ainsi, la petite fraude est tout autant condamnable que la grande comme par exemple le prélèvement illégal de l’eau auquel le rapport s’attaque. C’est le cas de la capitale d’eThekwini de kwaZulu-Natal en Afrique du Sud qui a perdu en une année, plus du tiers de son eau à cause des raccordements illégaux ayant créé un manque à gagner de 44 millions de dollar US.

Des mesures pour combattre la corruption

Tout en dénonçant les mauvaises pratiques et les différentes formes de corruption dans le secteur de l’eau, le rapport propose des mesures pouvant contribuer à enrayer le phénomène. En matière de politiques et de législation, indiquant qu’elles peuvent être soumises à l’influence des groupes puissants, le rapport recommande une étroite collaboration entre le secteur de l’eau, les groupes et associations de lutte contre la corruption, le secteur privé, les institutions de finances publiques et le pouvoir judiciaire. Une telle collaboration devrait permettre de mettre en lumière les lacunes et dysfonctionnements qui encouragent la corruption sous toutes ses formes. Déjà, il mentionne le bel exemple de la protection légale des dénonciateurs ayant reçu l’accord des Centres d’action et de conseil juridique (ALAC)  dans 50 pays.

Ainsi, les politiques comme les lois peuvent contribuer, lorsqu’elles sont bien adoptées et mises en application, à réduire la corruption et permettre aux populations de faire respecter leurs droits.

S’agissant des questions de financement, le rapport signale qu’ « aucun système de financement, qu’il soit public ou privé n’est à l’abri de la corruption ». Soulignant les pratiques courantes comme les pots-de-vin ou les attributions frauduleuses de marchés, la production de rapports financiers biaisés, le rapport s’en prend aussi à la mauvaise coordination du secteur. Selon le résumé du rapport, « à l’échelle nationale, des sous-secteurs sont gérés par différents ministères et gérés de différentes manières en raison de la faiblesse du système de gestion des finances publiques ». Comme remède, le rapport invite les institutions de contrôle financier à coopérer avec la société civile pour « gagner du terrain ». Parlant des partenaires du secteur, le rapport préconise un renforcement des systèmes financiers des pays pour une aide plus performante.

Pour terminer, le rapport rappelle que les Objectifs de Développement Durables (ODD) prennent en compte les notions de Transparence, la Redevabilité et la Participation (TRP). De même, les principes définis par l’Organisation de Coopération et de Développement (OCDE) sur la gouvernance de l’eau, rappellent que l’intégrité, les notions de TRP, et le combat contre la corruption sont des « éléments cruciaux » pour améliorer la gestion de l’eau. Ainsi, une fois encore après 2008, le réseau WIN et Transparency International sonnent la sonnette d’alarme pour montrer que la corruption et le manque d’intégrité sont préjudiciables pour le secteur de l’eau. Et le rapport de conclure que « lorsque les ressources seront épuisées et que l’environnement sera dévasté, chacun y perdra finalement ».

 

Encadré : Le Bénin épinglé

Cité comme un mauvais exemple dans le rapport, le Bénin paie une fois encore le prix de « l’affaire PPEA2 » au niveau international. Le rapport qui à partir de son lancement hier 22 mars, circulera dans le monde entier rappelle le détournement  des  4 millions d’euro provenant du financement néerlandais dans le cadre de la mise en œuvre de la 2e phase du Programme Pluriannuel d’appui au secteur de l’eau et de l’assainissement (PPEA2).

Une triste situation qui a conduit à la décision de suspension par le Royaume des Pays-Bas à travers son ambassade au Bénin, de la deuxième phase du Programme Pluriannuel d’appui au secteur de l’Eau et de l’Assainissement au Bénin PPEA2 d’un montant de 40,524 milliards de francs CFA en cours d’exécution pour la période 2013-2015 suite à la mauvaise gestion des fonds du programme à la Direction Générale de l’Eau (DGEau). Maintenant qu’on connait les problèmes, il convient d’apporter des remèdes efficaces et comme le soutient le rapport, ne plus laisser « prospérer la corruption et menacer l’intégrité dans notre pays »

March 22, 2016

JOURNEE MONDIALE DE L’EAU : WaterAid demande au gouvernement d’agir en faveur des quelque 3,2 millions qui n’ont toujours pas accès à l’eau potable

Jacques Ngor SARR (Dakar, Sénégal)

La célébration de la journée mondiale de l’eau hier a été l’occasion pour WaterAid en Afrique de l’Ouest de demander au gouvernement d’agir en faveur des quelque 3,2 millions qui n’ont toujours pas accès à l’eau potable.  L’Ong leur rappelle par la même occasion leurs promesses d’éradiquer l’extrême pauvreté et de créer un monde plus juste et plus durable, des promesses inscrites dans les Objectifs mondiaux de développement durable de l’ONU, dont l’Objectif n°6, l’accès partout et pour tous à l’eau potable et à des toilettes sûres et décentes d’ici 2030. Cette promesse est réalisable, mais il faudra pour cela un changement de cap majeur sur le plan politique, et d’importants moyens financiers.

En tout cas au Sénégal « On estime que 21.5 % des personnes n’ont toujours pas accès à l’eau potable », a déclaré  Mariame Dem, Directrice Régionale de WaterAid Afrique de l’Ouest. C’est la raison pour laquelle, elle a saisi l’occasion de la journée mondiale de l’Eau, pour appeler « à notre gouvernement et les dirigeants de la planète à tenir les promesses exprimées dans les Objectifs mondiaux de développement durable de l’ONU, et de garantir la possibilité pour chaque individu de faire valoir son droit à l’eau potable d’ici 2030 ». Dans le même ordre d’idée, Barbara Frost, directrice générale de WaterAid a déclaré : « Nous exhortons les gouvernements à agir de toute urgence, et à honorer la promesse inscrite dans l’Objectif de développement durable de donner accès à l’eau potable partout et pour tous d’ici 2030 ».

 

 

March 8, 2016

WATERAID SONNE L’ALERTE : 1,2 milliards de femmes et de filles restent toujours sans un accès adéquat aux services d’assainissement

Dakar (Sénégal) Mamadou Lamine CAMARA:  L’Ong WaterAid  a mis à profit la journée mondiale de la femme  célébré un   peu   partout à travers le monde,  pour mettre le  doigt sur les maux dont  souffre cette couche surtout les filles dans les écoles, en matière d’accès à l’assainissement.

 

Mariame DEME, Directrice Régionale de WaterAid (Sénégal)

Mariame DEME, Directrice Régionale de WaterAid (Sénégal)

   D’après cette structure, 1 fille sur 3 dans le monde n’a pas accès à un assainissement adéquat dans son école. Dans sa déclaration lors de la journée internationale des femmes célébrée le 8 mars, WaterAid a soutenu que cette situation augmente la probabilité d’abandon scolaire de ces filles à leur puberté et renforce le cycle de pauvreté. «A nos jours, environ 1,2 milliards de femmes et de filles restent toujours sans un accès adéquat aux services d’assainissement contre 330 millions d’autres dépourvues d’eau potable pour la boisson » a livré WaterAid. Selon cette Ong, la grande majorité de ces filles et femmes vivent dans les pays en développement.

Pour se faire WaterAid demande aux gouvernements de prioriser la mise en place d’infrastructures sécurisées et intimes mais aussi des lave-mains munis dans les écoles, les ménages et les établissements sanitaires dans la perspective de maintenir les filles à l’école. Car a-t-on fait part :« L’eau insalubre et les mauvaises conditions d’assainissement sont responsables des maladies diarrhéiques qui coutent annuellement la vie à plus de 150.000 filles de moins de 5 ans ».  D’après Les recherches et expériences de WaterAid Plus de 650 millions de personnes (soit environ 1/10eme) vivent sans eau potable. La même étude renseigne que plus de 2,3 milliards de personnes (soit environ 1/3) vivent sans un assainissement amélioré.

 1 enfant meurt  chaque 2 minute

WaterAid a également mis l’accent  sur la situation des enfants  dans le  monde.  D’après leurs études sur le terrain, environ 315.000 enfants meurent, chaque année du fait de maladies diarrhéiques causées par l’eau insalubre et les mauvaises conditions d’assainissement. Cela représente environ 900 décès d’enfants par jour ou encore 1 enfant chaque 2 minutes. Analysant ces statistiques, la directrice régionale de WaterAid Afrique de l’Ouest,  Mariame Dem a estimé que tant que cette situation perdurera, la santé, le bien-être et l’éducation de ces filles et femmes seront impossibles. Pour elle, « l’assainissement est une composante essentielle qui est malheureusement négligée dans la promotion de l’équité genre»

 

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