Archive for March, 2013

March 28, 2013

Togo / Reportage: A Quand la fin de la crise de l’eau à Tsévié ?

L’ eau est une denrée très importante dans l’existence et la survie des hommes et même des végétaux . Paradoxe, cette denrée devient rare à Tsévié ; localité située à 35 km au Nord de Lomé ou la population est confrontée à une pénurie d chronique d’eau potable depuis des décennies. Conséquences, le quotidien des populations de cette localité devient de plus en plus difficile.

Un robinet cadenassé depuis 2 heures du matin à Kpali

Un robinet cadenassé depuis 2 heures du matin à Kpali

Les deux points d’eau dont dispose le quartier de Kpali sont fermés depuis 2 heures du matin.  Une  question  est sur toutes les lèvres, « où trouver l’eau pour ses besoins ?» La population attend impatiemment le retour du précieux liquide. Et quand il est de retour, tous les habitants accourent  éperdument.  C’est le sauve qui peut. « Nous nous réveillons des fois à minuit ou à 2 heures du matin pour chercher de l’eau. Et avant qu’on y arrive on trouve du monde », témoigne une dame.

En cas de coupure, les habitants de Kpali cherchent l’eau dans un marigot situé à quelques kilomètres d’ici. Mais ce marigot a tari depuis plusieurs semaines. Un coup dur pour la population. « Nous restons parfois jusqu’à une semaine, voire plus sans nous laver… Que les autorités nous aident » réclame un habitant.

On retrouve la même situation à Boloumondi, un canton situé au centre ouest de Tsévié. Ici, le phénomène a de véritables répercutions sur la scolarité des jeunes filles. « Nous n’allons plus souvent à l’école parce que nous manquons d’eau. J’ai passé toute la nuit à la pompe pour chercher de l’eau et je me suis réveillée très tard. C’est pourquoi je ne suis pas allé à l’école », confie avec amertume Akpédjé, une élève en classe de 5e au CEG de Bolloumondji. Ici le tonneau de 200 litres est à  500 F CFA (plus d’un dollar US) quand il y a coupure d’eau.

Un peu plus loin, à Davédji au nord-est de la même ville, le problème d’eau ne laisse aucun habitant indifférent. Pourtant ici, se trouve un centre d’exploitation de la Togolaise Des Eaux (Tde). Et ce qui est criard, c’est ce même centre d’exploitation de Davédji qui dessert certains quartiers de Lomé (la capitale Togolaise) en eau potable. Une situation que déplorent les habitants de cette localité.

‘‘Nous souffrons du manque d’eau il y a 4 ans. Pourtant nous avons la régie(TDE) juste à côté ’’ s’étonne une femme.

Les démarches entreprises au près du préfet de cette localité  pour                                                                                                         pallier cette situation n’ont encore rien donné. ‘‘On ne nous permet pas de rencontrer l’actuel [NDRL] directeur de la TDE.       

Nous avions écrit au préfet qui a, à son tour [NDLR]  envoyé une note au directeur de la TDE il y a 6 mois déjà, mais sans réponse’’ nous a confié  ALATO Kossi Victor, le secrétaire général du chef de Davédji.

 En plus de cette situation le débit de l’eau à Davédji est trop faible. Ici l’eau sort quasiment à compte goûte. Pourquoi ? ‘‘Parce qu’ils disent que, s’ils augmentent le débit de l’eau à la pompe, les tuyaux vont se briser’’ a t’il ajouté.

Approchés par notre équipe de reportage, les responsables de la Togolaise des Eaux(Tde) s’expliquent : « Cette situation dans la préfecture de Zio est due à plusieurs facteurs, notamment à l’assèchement de la nappe depuis décembre dernier et qu’actuellement des forages sont encours d’être creusés ». A entendre les responsables de la Tde, « Pour avoir les résultats des travaux encours, il faudra attendre encore quelques mois » En tout cas, la situation de l’accès à l’eau potable dans la préfecture de Zio repose la question de la problématique de l’accès à l’eau potable au plan national. Soulignons que jusqu’alors seulement trente neuf pour cent des Togolais ont accès à l’eau potable. Il est à noter également que selon dernier rapport(2010) de suivi des Objectifs du Millénaire pour le Développement, le Togo ne pourra pas atteindre les OMD en matière d’accès à l’eau potable si des actions urgentes ne sont pas entreprises d’ici 2015.

                                                                                                                                 François Koami/Félix Tagba

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March 19, 2013

African Development Bank hosts meeting on rural WASH in Tunis

                                                                                                               Babatope Babalobi

The African Development Bank (AFDB) will launch a new initiative to facilitate improved coordination and sector learning among partners and Stakeholders towards the achievement of the Bank’s Rural Water Supply and Sanitation Initiative (RWSSI), next week in Tunisia.

Known as  the ‘Rural Water Supply and Sanitation Initiative’s  Regional Coordination Committee (RCC)’,  the event will hold on March 26 and 27 at the Tunis head quarters of the Bank and will be attended by 150 – 200 experts representing all countries in Africa, as well as RWSSI stakeholders.

The Rural Water Supply and Sanitation Initiative (RWSSI), a joint programme coordinated by the AfDB but financed by many donors, other partners and Regional Member Countries (RMCs), was first launched in 2003 by the African Development Bank with an overall goal of achieving universal access to water supply and sanitation services for the rural populations by 2025 with an intermediate target of 80% coverage by 2015 in a sustainable way.

The Initiative seeks to help mobilize as well as facilitate the flow of available and potential resources to accelerate investment in Rural Water Supply and Sanitation (RWSS) in Africa, with goal to reach 80 percent coverage by the year 2015. The Initiative supports the achievement of the Millennium Development Goals (MDGs) and the reduction of poverty.

RWSSI was adopted in 2005 by AfDB’s main international development partners and African governments as a common framework, at the first International Conference on the RWSSI held in Paris April 1st, 2005.

The focus areas of the RWSSI include water supply, sanitation, hygiene, sector policy and strategy, capacity building and funds mobilization for Rural Water Supply and Sanitation sub-sector; and the Initiative targets about 280 million people living in rural Africa with access to new and rehabilitated water supply and sanitation (WSS) facilities.

According to an Internal Assessment of the AfDB’s water supply and sanitation initiative, “28 RWSS programs in 22 African countries have been approved, of which 16 have started to deliver water and provide sanitation services. The additional people served with access to water supply through the RWSS program rose from 1.15 million people at the end of 2007, to 32.63 million people at the end of 2010, while for sanitation it increased from 0.58 million to 20.09 million people, over the same period”

The overall objective of next week’s meeting in Tunis is to launch the platform that will facilitate improved coordination and sector learning among Partners and Stakeholders towards the achievement of RWSSI’s goals and targets.

The specific objectives of the meeting are: appraising stakeholders on RWSSI progress, achievements, challenges and plans leading to 2015. This will also include a discussion on some of the key issues affecting sector progress (sector monitoring and performance reporting; sub-sector financing; sustainability; sector coordination) and how Africa should address them; sharing country and field experiences in co-ordination to inform the way forward for RWSSI;  obtaining partner and stakeholder inputs towards identifying opportunities and addressing co-ordination challenges to achieve Africa’s rural water supply and sanitation targets; reviewing the draft terms of reference and membership of the RCC, and proposing undertakings for the first year (including modalities for their achievement); and, launching the RCC.

The meeting is expected to result in an enhanced understanding of the role, impact and contribution of RWSSI towards the achievement of Africa’s water and sanitation targets in rural and small town communities; greater awareness of key issues affecting sector progress and that are central to the mandate of the RCC.

These include sector performance monitoring and reporting, resource mobilization and sustainability of rural water supply and sanitation services, national level coordination, etc. climate change and adaptation, and how the RWSSI and the region is/should be addressing them;  and a better understanding of the need for co-ordination and a commitment to enhance this at regional and national levels.

March 15, 2013

Intégrité dans le secteur de l’eau, ACRA et WIN mettent en application de l’outil de diagnostic « Evaluation Annotée de l’Intégrité de l’Eau (EAIE) » dans la zone sud du Sénégal

L’ONG italienne ACRA (Cooperazione Rurale in Africa e America Latina), la Communauté Urbaine de Cherbourg Octeville et le Réseau International pour l’Intégrité de l’Eau (WIN) ont organisé, ce 6 mars 2013, un atelier de restitution des résultats de l’évaluation annotée de l’intégrité de l’eau. L’exercice a été conduit en novembre 2012 à Ziguinchor, en Casamance, notamment dans l’arrondissement de Tenghory et dans le cadre du Programme d’Eau Potable et d’Assainissement du Millénaire du Sénégal (PEPAM).

 

Quasiment, l’ensemble des acteurs du secteur de l’eau au Sénégal, en général et en Casamance, en particulier ont pris part à la rencontre d’échanges et de validation des résultats de l’évaluation. Présidant la cérémonie d’ouverture, M. Amadou Diallo, Coordonnateur du PEPAM a souligné que « la délivrance du service de l’eau requiert non seulement une mobilisation plus accrue de moyens pour améliorer les conditions d’accès des populations à une eau potable et à des services adéquats d’assainissement, la promotion d’une approche durable à travers le recours à la gestion intégrée des ressources en eau mais également et surtout la définition d’un cadre et des instruments adaptés pour une gouvernance vertueuse du secteur associant les différentes parties prenantes ». Le Sénégal, par exemple, a réalisé beaucoup d’investissements en milieux urbain et rural pour améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement des populations. Et des résultats importants ont été atteints en vue de l’atteinte des objectifs du Millénaire pour le Développement. Seulement, le contrôle des performances dans la délivrance du service, d’appui-conseil aux différents acteurs et de régulation, entre autres nécessitent plus d’implication et de rigueur.

« Dans cette perspective, l’étude réalisée par ACRA en collaboration avec Water Integrity Network est une initiative consistante et pertinente qu’il s’agit d’élever au rang d’instrument de référence que les pouvoirs publics, les autorités sectorielles notamment, devront promouvoir et surtout prendre en compte dans le cadre de l’élaboration de la Nouvelle Lettre de Politique Sectorielle dont le processus sera lancé prochainement en vue de la définition d’une vision à l’horizon 2025 » conclut M. Diallo.

Dans son mot de bienvenu, Monsieur Armand HOUANYE de WIN, a constaté, pour s’en désoler, que malgré les efforts consentis ici et là, « l’accès à l’eau potable et à un assainissement amélioré reste pour une grande partie de la population des pays dits en développement un défi majeur qu’il convient de relever. Au nombre des causes entravant cet accès, l’on peut citer entre autres la mauvaise gouvernance et la corruption qui font que les plus nécessiteux et les plus pauvres ne puissent pas jouir pleinement de ce droit ».  D’où l’ambition de WIN de développer, promouvoir et disséminer, avec ses partenaires, des outils et méthodologies visant à promouvoir l’intégrité de l’eau. L’un de ces outils et pas des moindres est l’« Evaluation Annotée de l’Intégrité de l’Eau (EAIE) » qui a été appliqué dans ce projet Pepam/ Acra à Tenghory, dans le sud du Sénégal. L’outil EAIE, présentée par Monsieur Demba Diallo de WIN,  fait une révision des règles et des mécanismes qui gouvernent le secteur. Elle se base sur l’analyse de 3 piliers d’intégrité que sont la Transparence, la Reddition des comptes et la Participation et cela, dans 5 domaines essentiels: Politique et Législation, Régulation, Projets et Programme d’Investissement, Prestation de Services et Législation Anti-corruption.

Le rapport a montré que de gros efforts ont été faits en matière d’intégrité et de gestion dans le projet mais que le chemin est encore long. Les interventions et autres échanges devront permettre de « peaufiner les activités de suivi et l’intégration des actions prioritaires dans les différents agendas et processus afin de faire de l’intégrité de l’eau, un levier de l’amélioration de l’accès à l’eau  potable dans la région de Ziguinchor et au Sénégal ». Tout un programme !

 

                                                                                                    Racine Kane

March 4, 2013

Les Clubs avocats de l’eau en milieu scolaire: Un dispositif original de combat efficace contre les maladies hydriques

Alain TOSSOUNON (RJBEA-Bénin)

Photo Typpi tap 1Tuer le mal à la racine. C’est tout le sens du combat que le Partenariat National de l’Eau du Bénin (PNE-Bénin) et l’ONG Protos mènent  à travers la mise en place des Clubs avocats de l’eau au sein de certaines  écoles. Une initiative qui fait école avec les nombreux acquis enregistrés et son impact sur la santé des enfants et de leurs familles. 

Fanou Salem est une écolière, âgée de huit ans, en classe de CM2 à l’école primaire Yénawa-Aivedji dans la commune de Lokossa. Mais, contrairement à ses camarades de classe, elle se présente comme une avocate. Non pour défendre ses camarades de classe devant une cour mais pour les prémunir de tous les risques liés à la mauvaise hygiène de l’eau. Comme deux de ses  camarades  membres du même club, elle nous décrit sans bégaiement, l’essentiel de sa mission de défense. «Mon rôle est d’aller voir si les toilettes sont propres,  et de dire à mes camarades s’ils quittent les toilettes, de se laver les mains». Ce rôle-là, la petite Salem l’a intégré et s’emploie chaque jour, à “discipliner” ses camarades avec l’aide des deux autres membres du club et de leur enseignant. Et quand on lui demande pourquoi devrait-on garder les toilettes propres et se laver les mains à la sortie des toilettes, elle répond sans hésiter: «quand on se lave les mains, on ne tombe plus malade, on n’a plus la diarrhée, le vomissement, le choléra». Une leçon bien sue grâce aux enseignements de son maitre et de sa directrice d’école,  témoin vivant d’une initiative qui a pris corps quand elle était encore directrice dans cette école créée en 2007 et qui comptait en 2012, 420 élèves dont 185 filles.  Se prêtant à un exercice de mémoire, elle raconte avec beaucoup d’émotion comment cette initiative a commencé dans cette école. Tout est parti de l’expression de nos besoins au Partenariat National de l’Eau et à l’ONG Protos en matière d’eau et d’hygiène alors même que l’école ne disposait pas de l’eau.  Grace à ce partenariat salvateur, l’école dispose désormais non seulement de l’eau courante mais d’un bloc de latrines. Et en dehors des infrastructures, l’initiative de la mise en place des clubs avocats de l’eau dans chaque classe va faire son chemin avec sur le plan pédagogique, des enseignements sur les bons comportements et bonnes pratiques en matière d’hygiène et d’assainissement. Devenu un acquis dans cette école pilote, aujourd’hui encore les enfants de cette école reçoivent de leurs enseignants, les bonnes leçons et conseils pratiques pour se prémunir de maladies liées à la mauvaise hygiène de l’eau. Dans chaque classe, le responsable du club en superviseure, veille à la propreté de la classe, le deuxième membre veille à la disponibilité de l’eau et le troisième, reste le gendarme de l’hygiène veillant à ce que les camarades se lavent les mains aux moments critiques (avant et après avoir mangé pendant la récréation, et après les toilettes). Les 3 avocats de l’eau jouent un rôle de chiens de garde, assurent la vigie et signalent les camarades indélicats à l’enseignant.  Dans cette école, rien ne se perd. L’urine des enfants est recueillie pour être utilisée dans un jardin au sein de l’école. Un processus en marche, qui constitue le fruit d’un accompagnement de Protos et PNE-Bénin et des sessions de renforcement de capacités des enseignants engagés dans ce combat contre les mauvais comportements en matière d’hygiène en milieu scolaire. L’enseignement donné en classe est fait de situations d’apprentissage qui mettent les écoliers en face des réalités vécues et quotidiennes et sur la base d’un guide conçu sur l’hygiène et l’assainissement, des bandes dessinées qui sensibilisent sur les bonnes pratiques, le non gaspillage de l’eau… Aujourd’hui, au-delà de l’appropriation des bonnes pratiques et bons comportements,  le génie de l’école a inventé un dispositif de lavage des mains à l’eau et au savon original, facile à réaliser et à moindre coût appelé “Tippy-Tap”.

Des résultats au-delà des espérances

Même récente, l’initiative du PNE-Bénin et de Protos dans cette école et dans les autres ciblées pour l’expérimentation, porte ses fruits. Et les acquis sont indéniables. Les témoignages des enseignants renseignent fort bien sur les effets et impacts enregistrés. Avant son départ de l’école pour une autre, la directrice Victoire Agbogbo qui a vécu les premiers, raconte: «avant l’expérience, il n’y a pas de semaine où nous n’enregistrons pas de cas de vomissement ou de maux de ventre. Au total, 20 à 30 cas».Mais, la mise en place du club et l’ardent travail des petits avocats auront produit des résultats significatifs. «Avec cette expérience, le nombre de cas a considérablement diminué. On est passé à 3 ou 5 cas par semaine», soutient la directrice. Devenus défenseurs de la propreté, les enfants maintiennent leur entourage bien propre. Ce qui leur a valu un prix scolaire sanitaire qui fait la fierté des responsables de l’école mais aussi des écoliers désormais pionniers et acteurs d’une initiative qui fait école. Et ce n’est pas tout, dans leurs familles respectives les enfants issus de l’école ne manquent pas de “rappeler à l’ordre”, leurs parents à la maison. Résultat, les bons comportements de l’école se déteignent dans les familles impactant un plus grand nombre de personnes. Face aux résultats probants, écoliers et enseignants n’entendent pas s’arrêter et ambitionnent d’aller plus loin. «L’administration étant une continuité, nous allons continuer à travailler et nous souhaitons que tous ces enseignements soient inscrits dans l’agenda des enseignants candidats à la pratique du CAP», rassure l’actuel directeur Grégoire Dégbé.

Quid des Clubs des enfants Avocats de l’Eau 

Les ” Clubs d’Enfants Avocats de l’eau ” dont le fonctionnement est basé sur un système d’éducation par les pairs, est une initiative mise en place par école pilote, pour renforcer les compétences développées chez les enfants, au sein de l’école et dans leurs familles respectives. Ces écoles pilotes sont également dotées d’ouvrages simples d’approvisionnement en eau potable (postes d’eau potable) et de dispositifs adéquats d’assainissement de base (latrines, dispositifs de lavage des mains, etc.). Les clubs Avocats de l’eau sont des groupes de trois élèves constitués au sein de chaque classe, ayant chacun un rôle bien défini. On distingue un président du club qui est chargé du suivi du bon fonctionnement du club ; un responsable Eau qui est chargé du suivi de la bonne gestion du poste d’eau potable de la classe et de son entretien, et enfin le troisième est le responsable hygiène et assainissement, chargé de la propreté de la classe, et du respect des règles d’hygiène et surtout du lavage des mains chez ses camarades.

March 4, 2013

Intégrité et lutte contre la corruption dans le sous-secteur AEP: Les acteurs locaux de Klouékanmè s’approprient l’outil EAIE

Alain TOSSOUNON (RJBEA-Bénin)

Photo de famille atelier WIN KlouékanmeChoisie parmi les trois communes béninoises devant promouvoir et appliquer l’outil d’Evaluation annotée de l’intégrité de l’eau dans le sous-secteur de l’Approvisionnement en Eau Potable (EAIE), la commune de Klouékanmè a accueilli dans le cadre d’un atelier d’appropriation et d’application, les experts et facilitateurs de l’utilisation de cet outil. Une occasion pour les acteurs communaux fortement mobilisés, au terme de cet atelier, de manifester au Partenariat National de l’Eau (PNE-Bénin) et au Réseau WIN, leur engagement à faire de l’intégrité et de  la bonne gouvernance, une réalité dans le sous-secteur de l’approvisionnement en eau potable dans la commune. C’était le 26 février 2013 à la salle de conférence de l’arrondissement central.

Avant le lancement de l’atelier par le maire de Klouékanmè, Christophe Mègbédji, le Coordonnateur du PNE-Bénin, Armand Houanyé, a tenu à situer le contexte de l’initiative de promotion de l’outil EAIE et de l’organisation de l’atelier. Indiquant que la finalité recherchée est de garantir l’eau potable à tous et dans tout le territoire de la commune,  il a souligné que cette initiative constitue une réponse à l’amer constat de la non disponibilité de l’eau pour tous les habitants du Bénin et de la commune de Klouékanmè. Une réalité dont la cause principale est, non la disponibilité des ressources, mais un problème de gouvernance. «Les ressources sont là mais nous n’avançons pas assez», a signalé Armand Houanyé pour justifier le développement de l’outil par le réseau Water Integrity Network (WIN). Un outil qui permet d’apprécier l’état et les insuffisances en matière d’intégrité afin d’y remédier.  Pour terminer, il a précisé que l’atelier permettra d’appliquer l’outil EAIE au sous-secteur de l’approvisionnement en eau potable en milieu rural, en vue d’établir la situation dudit sous-secteur en matière d’intégrité d’une part; de cibler les actions d’amélioration à mettre en place. De même, avec les différents acteurs venus de structures diverses (Mairie, OSC, association de consommateurs, partenaire…), l’atelier constitue une opportunité pour promouvoir le droit à l’eau et à l’assainissement, établir une vue d’ensemble sur l’état de l’intégrité dans le sous-secteur sur la base d’éléments d’appréciation tels que Transparence, Reddition des comptes, Participation et Mesures Anti-Corruption, identifier des domaines pertinents d’action pour renforcer l’intégrité et améliorer la gouvernance du sous-secteur. Et enfin, produire un outil pour la sensibilisation de l’opinion sur l’état de l’intégrité de l’eau et incitation des acteurs du secteur à l’action suite à l’atelier.

Par ailleurs, sur le choix de la commune, il a indiqué que Klouékanmè a été ciblée pour ses efforts de bonne gouvernance reconnus au-delà des frontières de notre pays.  Réagissant, le maire Christophe Megbédji, s’est dit “très honoré” par ce clin d’œil. «Nous allons nous mettre davantage au travail pour mériter la confiance placée en nous», a-t-il ajouté avant de signifier tout l’engagement de la commune et de ses autorités, à faire en sorte que l’intégrité soit une réalité dans sa localité.

Klouékanmè face au respect du droit à l’eau et à l’outil EAIE

Après avoir exprimé leurs attentes qui se résument essentiellement à la découverte de l’outil et à la volonté de son appropriation, les participants ont eu droit à un exposé sur “Droit à l’eau au Bénin : réalités, défis et approches de mise en œuvre”. En indiquant que le droit a l’eau consiste en un approvisionnement suffisant, physiquement  accessible et à un coût abordable, d’une eau salubre et de qualité acceptable pour les usages personnels et domestiques de chacun, l’expert Félix Adégnika, a soutenu que l’Etat comme les collectivités locales devraient travailler à ne pas  “entraver injustement l’accès à l’eau de chacun”. Tout en affirmant que dans le corpus juridique, le droit a l’eau est loin d’être négligeable mais qu’il est presque inopérant parce qu’il n’est pas appuyé par des décrets d’application ou qu’il est souvent dépassé, il a énuméré des contraintes qui jalonnent son respect par les autorités centrales et locales.  Au nombre de ces contraintes, il a cité les passations de marchés et la gestion des contrats, les procédures de gestion des fonds publics, le non respect des normes et standards d’exécution des travaux et l’absence d’autorité indépendante de régulation. Pour lever  ces contraintes et assurer le plein respect de ce droit, l’Evaluation annotée de l’intégrité de l’eau (EAIE) constitue un important outil et une réponse. Tout simplement parce que, selon l’expert Armand Houanyé, dans le monde, au Bénin et dans la commune de Klouékanmè, plusieurs personnes sont encore dans l’angoisse de la soif. Et surtout, parce que selon le Rapport Mondial sur la corruption secteur Eau 2008, la crise de l’eau est une crise de gouvernance confortée par la corruption et le déficit d’intégrité. Un constat qui a conduit à la  mise en place de plusieurs outils dont l’outil “Evaluation Annotée de l’Intégrité de l’Eau” par WIN suite à un processus de recherche-action.   Outil pratique et multifonctionnel qui vise à mettre en place une communauté de pratiques pour partager les expériences pour l’amélioration de l’intégrité et de la gouvernance du secteur (formateurs/ facilitateurs), l’EAIE est aussi un outil de diagnostic. En tant que tel, il permet d’établir une vue d’ensemble de l’intégrité du secteur/ sous-secteur de l’eau pour détecter/ cibler les domaines vulnérables à la corruption, d’identifier les domaines prioritaires dans lesquels il urger d’agir pour renforcer l’intégrité, d’accroître la sensibilisation sur la question de l’intégrité et inciter à des améliorations en faveur de l’intégrité. Il est fondé sur l’analyse des 3 piliers d’intégrité (Transparence, Reddition des comptes, Participation) et dans 5 domaines essentiels : Politique et Législation (PL), Régulation (R), Projets et Programme d’Investissement (PPI), Prestation de Services (PS) et Législation Anti-Corruption (LAC).

Une feuille de route adoptée

Intense et riche, l’exercice qui a suivi la présentation de l’outil a suscité dans chaque groupe de travail et dans la salle, de vifs échanges. En présence du maire qui a suivi et participé aux travaux, les participants sont restés actifs jusqu’ à la fin des travaux. Pilier par pilier et domaine par domaine, les participants ont attribué selon leurs perceptions parfois différentes, des notes pour apprécier l’état de l’intégrité dans le sous-secteur de l’eau potable dans la commune. Si par endroits, les perceptions étaient les mêmes, dans certains cas, les uns et les autres n’étaient pas du même avis. Au final, une moyenne reflétant le niveau de perception commun était retenue comme base de discussion pour relever les insuffisances et points faibles. Un travail d’arrache-pied qui a abouti à l’élaboration d’une feuille de route pour corriger les insuffisances relevées. Les grands axes de cette feuille comportent, en dehors de la finalisation participative du rapport et de la restitution des résultats de l’atelier au niveau communal et des arrondissements, le renforcement des capacités des acteurs (ACEP), la promotion du concept de l’intégrité et du droit a l’eau, la  vulgarisation des textes de lois sur l’eau à travers les canaux appropriés, la publication des avis d’appels d’ offres et arrêtés  dans les langues locales, la poursuite des efforts de Reddition des comptes au niveau communal, l’évaluation de l’opération marbre.

Au terme de l’atelier, les participants proactifs tout au long des travaux, ont été félicités pour les débats francs menés même si parfois les échanges ont été houleux mais constructifs. Et ce, en présence du maire qui a montré toute sa disponibilité et son engagement. Dans leur ensemble, les participants ont dit avoir beaucoup appris sur cet outil et son utilité pour l’amélioration de la gouvernance de l’eau. Désormais, le cap est mis sur l’après-atelier et à l’unanimité, les participants ont exprimé le vœu de voir la feuille de route mise en œuvre. Mais, ils peuvent compter sur le PNE-Bénin et son partenaire WIN, a rassuré le Coordonnateur Armand Houanyé.