IMMERSION DANS LA VALLÉE DU FLEUVE SÉNÉGAL ET LE DELTA :La nouvelle «vie» du lac de Guiers

Par Jacques Ngor SARR (Dakar-Sénégal)

Faites un tour dans le delta et la vallée du fleuve Sénégal, vous vous rendrez compte de l’existence d’une vie nouvelle. Le lac de Guiers si près des populations riveraines, jadis inaccessible, est devenu un lieu de vie et d’épanouissement du fait de la facilité d’accès à l’eau. Le Ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, à travers l’Office du Lac de Guiers, a mis à exécution, la  promesse du Président Macky Sall en 2012, à Louga, lors du Conseil des ministres décentralisé, à savoir l’alimentation en eau potable des villages riverains du Lac, réparant ainsi, une injustice de plusieurs années.

lac

Sur les berges du lac de Guiers vit une population de 200 000 habitants dont 37 000 vivent autour de la dépression lacustre. Ce peuple dont le destin est intimement lié à celui du lac, a trouvé un nouveau souffle dans leurs activités économiques  mises en œuvre par le Projet de Restauration des Fonctions Ecologiques et Economiques du Lac de Guiers (Prefelag) pour un coût global de 14 milliards.

L’Office du lac de Guiers (OLAG), à travers ce projet, a réalisé de grands travaux qui ont permis, d’améliorer l’hydraulicité du plan d’eau, notamment sur le canal principal de la Taouey qui relie le lac de Guiers au fleuve Sénégal, et d’augmenter la disponibilité de la ressource. Ainsi grâce au curage et au désencombrement de la Taouey sur 17 km, mais aussi, à la réhabilitation de 10 km d’endiguement et d’ouvrages de régulation parmi lesquels celui de Mérinaghen, les digues de Keur Momar Sarr, de Temey, de Naéré, de Diokhor et de Pakh, les apports en eau ont  augmenté. Ils passent de 1,2 milliards de m3 par an à 2,34milliards de m3/an. Cette augmentation de la quantité d’eau, a permis d’irriguer près de 18 milles hectares emblavés autour du lac.

Ces investissements ont redonné vie à plusieurs localités comme Mbayène, dans la commune de Gnith. En témoigne Djiby Mbaye, producteur agricole : «Mbayene était un village à l’agonie, le typha avait obstrué les voies d’eau compromettant ainsi toutes la production agricole avec des préjudices estimés à plusieurs millions. Sur 1 ha on avait que 100 à 150 sacs de patate douce, aujourd’hui, après les travaux de l’Olag, on est à 400 sacs à l’hectare». Tout autour, 30 milles hectares de terres irrigables ont été valorisés grâce à l’alimentation et a des chenaux d’irrigation.

Pour une gestion optimale, rationnelle et une bonne planification des ressources en eau, l’Olag est en train de faire un maillage du réseau de suivi (quantité et qualité) des eaux du lac par la mise en place d’appareils hydrologiques permettant de recevoir, en dehors du niveau d’eau, des données sur neufs paramètres de qualité par télétransmission en temps réel. Ces paramètres renseignent entre autres sur le niveau d’eutrophisation, de concentration et de turbidité. D’autres analyses chimiques et bactériologiques sont faites d’une manière périodique (1 une fois par an) pour suivre les concentrations en micropolluants et poli formes fécaux.

Accès à l’eau potable des riverains: une injustice de plusieurs années réparée

La ville de Dakar, reçoit l’essentiel de son alimentation en eau potable du Lac de Guiers, depuis 1971, alors que la grande majorité des villages riverains, s’est toujours contentée de boire directement l’eau brute du lac. C’est pour réparer une telle injustice que le Président de la République avait promis, d’alimenter en eau potable, l’ensemble des villages riverains du lac. Un programme mis en œuvre par l’Olag et impacte positivement aujourd’hui quelques 50 000 personnes de la zone.

Les villages riverains situés dans les communes de Gnith, de Keur Momar Sarr, de Mbane et de Syer sont maintenant alimentés en eau potable. Ainsi, la corvée quotidienne pour trouver l’eau potable, est devenue un mauvais souvenir, confie la dame Ngossé Sarr qui vit dans le village de Thiarène situé à quelques encablures de l’usine de traitement de Gnith.

A cela vient s’ajouter l’ouverture des points d’accès permettant aux populations d’avoir une eau de meilleure qualité pour les besoins domestiques et au bétail de s’abreuver sans difficulté. Pour cela, 30 ha de typha ont été enlevés, ce qui correspond à 37 points d’accès au bénéfice des villages riverains. En sommes, c’est 37 000 habitants du pourtour immédiat du Lac qui ont un meilleur accès au plan d’eau.

Ce nettoiement a également permis de dégager des voies de passage et de redynamiser la pêche qui a connu un regain perceptible à travers les quantités de poissons débarquées et à leur taille. Ce que confirme le chef du Centre de pêche de Mbane Abdoulaye Thiam: «Les travaux effectués sur la Taouey ont engendré une augmentation du volume d’eau du lac entrainant ainsi le retour des espèces de poisson de grandes tailles comme le capitaine qui avait disparu. Tous les acteurs de la ressource halieutique ont vu leurs revenus augmenter». Pour un suivi permanent de l’entretien des sites aménagés, des rencontres périodiques se font avec les populations concernées.

A Ndombo, on voit enfin l’eau du lac

Les réalisations de l’Office à travers le Prefelag ont donc permis de satisfaire les besoins des populations. Le lac de Guiers, qui était si près, mais si loin des populations riveraines, à cause de l’envahissement des plantes aquatiques est devenu un lieu de vie et d’épanouissement. C’est le cas de Ndombo où des jeunes d’une vingtaine d’années, natifs du village n’ont jamais eu l’occasion d’entrer en contact direct avec l’eau du lac.

Le maire de Ndombo qui ne peut pas cacher sa satisfaction témoigne: «Franchement ce que l’Olag a fait ici, c’est du jamais vu. Toutes les personnes qui sont nées 30 ans en arrière, ne savaient pas qu’il y avait de l’eau ici à cause du typha qui avait fini par envahir toute la zone. Le tout dans une insécurité provoquée par les serpents qui circulaient un peu partout. Malheureusement la mairie ne pouvait rien faire faute de budget. Mais avec l’arrivée du nouveau Directeur en l’occurrence M. Bocoum, l’OLAG en a fait une priorité pour nous sortir de cette situation.

Les travaux effectués par l’OLAG, ont permis à Ndombo de respirer, l’eau est accessible et nous avons maintenant la plus belle île du Sénégal. Je vous informe qu’à un moment donné, je m’étais emporté tellement que la situation a été invivable. Mais en bon manager, le DG a réagi par les actes, en apportant des solutions, sans tambours ni trompettes. Actuellement, c’est l’ensemble des populations de Ndombo qui le remercie. De notre côté nous ne croisons pas les bras, nous assurons l’entretien régulier pour maintenir la rive propre et accessible».

51 concessions bénéficient de latrines, de fosses étanches, de bacs à laver et de poubelles

Pour une meilleure gestion de la qualité de l’eau, l’OLAG a procédé à l’identification et à la caractérisation des différentes formes de pollution. Suite au constat, sur la rive Ouest de la Taouey, de fosses septiques qui déversaient directement sur le canal, un programme d’assainissement est en cours de réalisation au bénéfice des populations riveraines. Ainsi, le long de la Taouey à Richard-Toll, 51 concessions ont déjà bénéficié de douches, latrines, fosses étanches, bacs à laver et de poubelles. Certaines d’entre elles ont été branchées directement au réseau de l’Onas.

Le délégué du quartier des pêcheurs de Godal Khout qui jouxte le canal de la Taouey, Ousmane Guèye trouvé chez lui, reconnait d’emblée qu’au début «les populations ont été réfractaires à ces latrines car elles avaient l’habitude de tout déverser dans la Taouey. Mais une fois installées, nous avons pris conscience de l’opportunité et de l’amélioration de nos conditions d’hygiène. Je crois que le mérite revient à l’Olag et à son directeur que nous remercions pour cette marque de considération». 1000 autres ouvrages sont prévus autour du lac. Afin d’éliminer la pollution de la Taouey par ordures ménagères et les hydrocarbures des véhicules stationnés, il a été également procédé au recasement de 64 cantines qui se trouvaient sur les bords immédiats de la Taouey, vers un nouveau site situé plus appropriés appelé « marché Thiabakh » ainsi que la distribution de poubelles dans le quartier Gadalkhout

Pour la gestion de la pollution agricole des plans d’eau, 300 producteurs autour du système du lac ont déjà été formés aux bonnes pratiques phytosanitaires.

40 ans après son assèchement, la réserve spéciale d’Avifaune du Ndiaël sera  remise en eau

La revitalisation de cet écosystème d’importance internationale, n’est plus un simple slogan. Il suffit de faire un tour dans la réserve du Ndiaël, qui n’avait  plus d’eau depuis une quarantaine d’années à cause des effets combinés de l’homme et des sècheresses des années 70 et 90, pour s’en rendre compte. Site Ramsar d’importance internationale, actuellement inscrit au registre de Montreux des sites en danger, le Ndiaël va bientôt changer de visage. Comme en atteste les travaux de reprofilage de Yéti Yone sur 13 Km entre la carrière de Thioub et la Grande Mare. Cette dernière subira également un aménagement avec la construction de deux (2) nichoirs, d’axes de navigation et des débarcadères, mais aussi la construction d’une piste d’accès de 7 km qui va désenclaver considérablement la zone. La construction d’un centre écotouristique, la formation des éco-guides et la mise à disposition de deux barques pour le transport des touristes sont bien parties pour favoriser la création d’emplois verts.

Dans la même perspective, le Prefelag appuie les initiatives économiques comme la pisciculture, la laiterie, l’embouche, etc. pour pérenniser les activités et ainsi sécuriser les emplois générés.

La prise en compte du genre permettra de générer des revenus au profit des femmes, par la réalisation de 9 étangs piscicoles, d’une laiterie et la mise en place d’un fonds de crédit revolving. Du moins, c’est ce qu’a laissé entendre la présidente de l’Union des femmes de Ross Bethio, Ndeye Gaye. Embauchant la même trompette, le Président AIV Ndiael, Amadou Sow ajoute que le Ndiael est bien parti pour avoir la même attraction que le parc des oiseaux de Djoudj.

Quant au Yéti Yone, cordon ombilical de la grande mare du Ndiaël et le lac de Guiers, il a été reprofilé sur 13 Km, permettant ainsi aux 32 villages d’avoir accès à l’eau douce. Ces populations qui, jadis, connaissaient, en hivernage, des difficultés de mobilité et d’accès aux infrastructures de santé voient leurs conditions améliorées avec la réalisation de 2 ouvrages de franchissement à Bélel Mbaye et à la carrière de Thioub et d’une case de santé équipée pour faire face à la recrudescence des maladies hydriques, témoigne le chef du village de la localité, Siley Sow.

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