Archive for June, 2015

June 24, 2015

Cheikh tidiane fall, Coordonnateur de Water association (Iwa) : « Le développement de l’assainissement est illusoire en Afrique sans ressources humaines appropriées »

Le coordonnateur de International Water Association (Iwa), Cheikh Tidiane Fall, n’entrevoit pas le développement du secteur de l’assainissement sans des ressources humaines qualifiées. Dans cet entretien, il approfondit certaines questions soulevées lors de son intervention sur une session axées sur : « Engagements pour l’assainissement : réduire le manque de capacité professionnelle ».

 Lors de la 4ème édition de Africasan vous avez participé à la session « Engagement pour l’assainissement : réduire le manque de capacités professionnelles ».  Peut-on déduire qu’il y a un manque criant de ressources professionnelles dans le secteur ? 

C’est évident. Le secteur de l’assainissement est à la traîne des objectifs d’assainissement à atteindre et fait face à la détérioration due à un manque de concentration sur la durabilité. Les discussions post-2015 ont mis l’accent sur la durabilité à travers, par exemple, l’exploitation et l’entretien des installations. Cependant pour progresser durablement beaucoup de ressources (humaines et financières) sont nécessaires. Selon l’étude de l’International water association (Iwa) sur les écarts des ressources humaines -des évaluations effectuées dans 15 secteurs de Wash en Asie et Afrique dont le Sénégal- cette capacité en ressources humaines dans le secteur de l’assainissement est faible et l’arrivée future de professionnels de l’assainissement pose problème.

Pour dynamiser le leadership et l’action, les engagements sont nécessaires pour combler ce manque de capacité professionnelle de l’assainissement. Malgré ce constat, le tableau est inquiétant et sans une meilleure prise en compte de cette dimension relative aux ressources humaines, le développement du secteur de l’assainissement dans beaucoup de pays africains est illusoire. Certains pays ont élaboré des engagements sur ce plan, mais ceux-ci sont-ils clairs et transformables en actions ?

Pouvez-vous nous faire l’économie de votre présentation sur la capacité de l’assainissement en Afrique ?

La session organisée par IWA à AfricaSan 4 en collaboration avec Swa (Sanitation and water for all) visait à sensibiliser sur l’importance de s’occuper de la capacité professionnelle relative à l’assainissement au niveau national. Elle avait aussi pour objectif d’avoir des recommandations d’engagements réalisables  pour combler le manque de capacité professionnelle de l’assainissement.

En partageant les résultats de l’étude d’Iwa sur 9 pays africains (Sénégal, Niger, Mali, Burkina Faso, Ghana, Zambie, Afrique du Sud, Mozambique, Tanzanie), nous avons mis l’accent sur le fait que le secteur de l’assainissement n’est pas attractif pour différentes raisons. On peut citer les salaires qui ne sont pas compétitifs, la perception négative du travail, le manque de curricula spécifiques à l’assainissement dans les instituts de formation professionnelle, l’absence d’une stratégie nationale de développement des ressources humaines etc. Il est cependant possible de changer ce tableau sombre.

Comment combler le manque de capacité professionnelle dans l’assainissement ?

Il est indispensable, à partir d’une volonté politique au plus haut niveau, d’avoir dans chaque pays une stratégie nationale de développement des capacités de l’assainissement. Elle doit être axée sur les actions suivantes qui sont clairement mises en exergue dans l’étude d’Iwa : La clarification des responsabilités institutionnelles pour mieux prendre en question les ressources humaines d’une manière coordonnée au plan national, la coordination et la planification entre le secteur de l’assainissement et le secteur de l’éducation. Cela devrait permettre le développement de programmes d’études au niveau universitaire et professionnel basé sur les besoins du secteur de l’assainissement. Il faudra aussi améliorer l’image de l’assainissement pour attirer davantage de jeunes professionnels dans le secteur, tenir compte des besoins différents en zones urbaine et rurale, car dans cette dernière les installations sont moins complexes et les qualifications requises différentes, créer de nouveaux postes etc.

Quelle est la place des ressources bien formées dans  la prise en charge des besoins du secteur dans ce contexte de transition vers les Objectifs du développement durable (Odd) ? 

Il a été démontré lors de la session que les installations d’assainissement sont devenues plus complexes avec des innovations et un environnement changeant et exigeant. Pour les faire fonctionner, il faut des professionnels bien formés et très compétents. Malheureusement le secteur de l’assainissement est freiné dans son développement par l’insuffisance de ressources humaines de qualité. Le professionnel bien formé et motivé est au cœur du dispositif. Cet aspect doit être mieux pris en compte si on veut réellement améliorer les taux d’accès et permettre à un plus grand nombre d’Africains de bénéficier d’un assainissement amélioré afin de pouvoir vivre dans la dignité.

Propos recueillis par Idrissa SANE

 

 

 

Advertisements
June 1, 2015

Mise en œuvre de l’ATPC en Afrique :Quand l’expérience du Bénin fait sensation à AfricaSan 4 (764 villages certifiés FDAL en 8 mois)  

Alain TOSSOUNON (Envoyé spécial à Dakar)

A la conférence  AfricaSan4 de Dakar, tous les pays bénéficiaires du Fonds mondial pour l’assainissement  se sont retrouvés pour échanger dans le cadre d’un processus mutuel d’apprentissage dans la mise en œuvre de l’’approche de l’Assainissement Total  piloté par les Communautés (ATPC). Même si le Bénin est le dernier pays à s’engager dans cette approche, son expérience a produit des résultats satisfaisants salués par tous les participants. 

Les membres de la délégation béninoise à AfricaSan4

Les membres de la délégation béninoise à AfricaSan4cc

Les inventeurs de l’Approche ATPC ne l’ont jamais voulu figée mais dynamique. Chaque pays ayant la possibilité de l’adapter à son contexte et à ses réalités. C’est le principal message du panel de discussion portant sur le partage d’expériences entre le Bénin, Madagascar et le Togo à la 4e Conférence africaine sur l’Assainissement (AfricaSan 4).

En effet des trois pays, le Bénin est le nouveau-né de ce programme qui a commencé avec Madagascar il y a cinq ans. Mise en œuvre par l’Agence MCDI comme au Bénin, ce pays par qui l’ATPC a conquis le reste du monde et surtout l’Afrique, a commencé son expérience avec tâtonnements. « Il a fallu se remettre en cause, à chaque problème, on a cherché des solutions. On a appris beaucoup de nos erreurs », a confié Joséa Ratsirarson de MCDI Madagascar. Aujourd’hui, les résultats sont concluants et le pays ambitionne  d’en finir avec la défécation à l’air libre.  Selon lui, les secrets de la réalisation d’une telle vision sont relatifs à la capacité des acteurs de mise en œuvre, à inventer un  propre modèle. « Au lieu d’un modèle prédéfini, on a migré vers un modèle communautaire », soutient-il. Les leçons de l’expérience du Togo avec Unicef sont aussi édifiantes.  Au modèle type, le Togo a appris à faire le « déclenchement institutionnel » qui favorise la prise en compte des préfets, les chefs traditionnels et religieux…De même, la réussite de la mise en œuvre de l’approche passe par le suivi après les formations et la nécessité d’une culture de résultats. Surtout, nous apprend, Salami Fataou de Unicef Togo, « il faut éviter les formations en cascades » et mettre en place un système de suivi post-formation et à chaque étape faire l’évaluation.

Ainsi, dans ces deux pays ancêtres de l’ATPC, l’approche est devenue un outil efficace pour créer et étendre un mouvement pour lutter contre la défécation à l’air libre.

Un record de 764 villages certifies FDAL en 8 mois au Bénin

Un ménage déclenché dans un village du Bénin

Un ménage déclenché dans un village du Bénin

Faisant le même exercice de partage de l’expérience béninoise de mise en œuvre de l’ATPC, Achille Kangni du Ministère de la santé, a indiqué que tout a commencé dans un contexte marqué par l’insuffisance d’accès aux ouvrages d’assainissement pour plusieurs milliers de personnes. Avec une ancienne approche et des interventions des projets axés sur la subvention et latinisation, il eut fallu une révolution des mentalités pour s’engager dans une approche ATPC qui refuse toute subvention aux communautés. Mais,  le processus a pris corps lorsque, les autorités ont été déclenchées les premiers. Cela a conduit à l’intégration de l’approche dans la Stratégie nationale (SNPHAB), à la réorientation de la Proposition du Programme Pays GSF et son alignement avec la SNPHAB, la création d’un Comité National de Pilotage des programmes du sous-secteur de l’HAB et le verrouillage pour éviter la défécation a l’air libre institutionnelle.

Au total, une fois sur le terrain, la mise en œuvre de l’approche a permis d’obtenir en l’espace de 8 mois, 848 localités déclenchées pour 764 villages certifiés FDAL (Fin de la défécation à l’air libre) dans huit communes du Bénin. Au regard des résultats qui forcent l’admiration, Achille Kangni a indiqué que désormais, à l’horizon 2020, le Bénin sera tout entier certifié FDAL.  Pour y arriver, et en tenant compte des autres programmes et pour une couverture intégrale du pays, il faudra combler un gap de 27 millions d’Euro.

Impressionné par les résultats produits dans les trois pays, la représentante de l’Ouganda à  ce side event,  a indiqué appliquer une approche similaire fondée sur la mise sur table des évidences et le non gaspillage des ressources.

En conclusion, le fondateur de l’approche ATPC, Kamal Kar, a précisé que ce qui importe dans le processus, c’est la collaboration dans sa mise en œuvre. Pour lui, la diversité des organes de mise en œuvre offre un espace de construction et de combinaison des expériences. Ce qui a ses yeux enrichit l’approche.