Archive for February, 2016

February 25, 2016

Hygiène et assainissement de base dans les projets de société des candidats :La grande déception

Alain TOSSOUNON (Cotonou)

Alors qu’on se plaignait que nos candidats favoris ont oublié la gestion des ressources en eau dans  leurs différents projets de société, le constat est amer quant au sous-secteur de l’hygiène et de l’assainissement. Pour le monde des acteurs du secteur de l’eau et de l’assainissement, la priorisation de ce sous-secteur attendu de tous les vœux par les politiques pour améliorer la situation dans notre pays n’est pas pour bientôt.

L'accès aux toilettes est encore un luxe pour plus de la moitié des Béninois

L’accès aux toilettes est encore un luxe pour plus de la moitié des Béninois

L’hygiène et l’assainissement n’a eu aucune chance de figurer dans les projets de société de nos candidats favoris à l’élection présidentielle de 2016. Dans leur ensemble, les cinq candidats qui paraissent avoir la chance d’emporter l’élection que sont Ajavon Sébastien, Patrice Talon, Aboudoulaye Bio Tchané et Lionel Zinsou ne reconnaissent nullement l’importance de ce sous-secteur toujours en panne de visibilité.

En dehors du candidat Aboudoulaye Bio Tchané qui dans le point 98 de son projet prévoit  des toilettes publiques à titre pilote à Cotonou (Ce qui n’est plus nécessaire puisque le PNUD l’a fait avec la mairie de Cotonou), les quatre autres candidats, ont  passé sous silence un sous-secteur aussi vital.  Les rares mesures relatives à l’assainissement sont relatives à la gestion et/ou  la valorisation des déchets solides ménagers ou liquides notamment chez les candidats Patrice Talon et Pascal Irénée Koupaki.

Pourtant, les chiffres sont alarmants. S’il est connu de tous que le Bénin a raté le rendez-vous des OMD dans ce sous-secteur, la situation est bien plus grave, Car, d’après l’Enquête de Démographie et de Santé du Ministère de la santé  2012 (EDS 2012), seulement 15% des ménages disposent de toilettes améliorées et non partagées. Et, les 2/3 des ménages n’ont accès qu’à des toilettes non améliorées et dans 54% des cas, les ménages ne disposent d’aucun type de toilettes.

En milieu rural, la situation est plus critique : 87% des ménages ruraux n’utilisent pas de toilettes considérées comme améliorées et 77% ne disposent d’aucun type de toilette.

En matière de lavage des mains, selon la même étude, le taux moyen de lavage de mains au Bénin est encore de 12% en 2012.

Dans ces conditions comment nos différents candidats favoris peuvent construire un Bénin gagnant (Zinsou),  triomphant (ABT), innovant (PIK) ? Ou encore comment pouvons-nous prendre un nouveau départ (Talon) ou réussir ensemble (Ajavon) alors que la défécation à l’air libre constitue encore le sport favori des Béninois ? Dans une étude réalisée en 2010 dans le cadre du Programme Eau et Assainissement, la Banque Mondiale avait déjà donné l’alerte en indiquant que plus de 7000 Béninois dont 4300 enfants de moins de 5 ans meurent chaque année de diarrhée.   Et ces décès sont à presque 90% lies à l’impureté de l’eau et au manque d’assainissement et d’hygiène.

Devons-nous attendre d’être un pays à économie prospère pour voler au secours de ces milliers d’enfants qui meurent ainsi chaque jour de maladies diarrhéiques et d’autres maladies transmises par l’eau ou causées par un manque d’assainissement et d’hygiène ?

Mais le désastre n’est pas qu’humain. Il est aussi économique. Puisque, dans cette même étude datant de 2010, la Banque Mondiale indiquait que le Bénin perd chaque année 52 milliards de francs CFA à cause d’un mauvais assainissement. Il est donc clair, que l’hygiène et l’assainissement, n’est plus simplement une question de sante publique mais aussi d’économie. Alors,  pour des candidats qui rivalisent de propositions ou de mesures pour booster notre économie, n’est-il pas judicieux avant toute chose de faire un gain de 52 milliards de francs CFA en aidant les populations à se doter de toilettes adéquates et de s’approprier les bonnes pratiques en matière d’hygiène et d’assainissement avant de mobiliser d’autres financements ?

En réalité, il ne s’agit pas de construire pour chaque ménage ou de subventionner la réalisation des toilettes appropriées mais de promouvoir des approches nouvelles qui font leur preuve ailleurs dans le monde pour amener progressivement les populations à faire de l’accès aux toilettes une priorité dans leur vie. Parce que, comme le soulignait la Directrice régionale de WaterAid, Marièm Dem, “il n’est plus admissible qu’au 21e siècle que les populations vivent sans toilettes”. Et mieux que par le passé, on comprend aujourd’hui, qu’un meilleur accès à l’hygiène et à l’assainissement se traduira par des performances scolaires et une productivité améliorées. Les enfants apprennent davantage quand ils ne sont pas obligés de manquer l’école pour cause de maladies diarrhéiques, et les travailleurs sont plus productifs lorsqu’ils ne sont pas malades ou ne restent pas à la maison pour soigner d’autres personnes qui le sont.

La gestion des eaux usées aussi oubliée  

L’un des défis majeurs en matière d’assainissement qui pouvait préoccuper nos candidats est la question de la gestion des eaux usées dans nos villes. Car, aujourd’hui, après une stratégie nationale en milieu urbain élaborée pour la période 2008-2015, la mise en œuvre du plan d’actions est toujours attendue. Même si on sait que la Banque Mondiale finance dans le cadre du Projet d’Urgence de Gestion Environnementale en Milieu Urbain  (PUGEMU), l’élaboration du Plan directeur d’assainissement des Eaux Usées des villes de Cotonou, Abomey-Calavi, Sèmè-Kpodji et Porto-Novo et la mise en œuvre d’un projet pilote de drainage et de traitement des Eaux Usées, il y a encore un besoin important d’investissement.

Pas de gestion des eaux usées dans les projets de société de nos candidats favoris

Pas de gestion des eaux usées dans les projets de société de nos candidats favoris

En tous cas pour l’heure, dans nos villes, les puisards construits  par les ménages sont connectés aux ouvrages de gestion des eaux pluviales (caniveaux et collecteurs).

La situation est bien préoccupante. Selon l’étude EDS 2012, 76% des populations au Bénin déversent les eaux usées dans la nature.

Pourtant, dans la sous-région des pays comme le Burkina-Faso investissent depuis peu pour améliorer la situation. L’office burkinabè de l’eau potable (ONEA) investit sous fonds propres chaque année 1,2 milliards de francs CFA dans le réseau d’égouts  ainsi que dans les stations de traitement et de vidange de la capitale. Si la ville de Cotonou est encore loin de celle de Casablanca au Maroc qui dispose désormais d’une station de traitement depuis mai 2015, il est quand même temps d’y penser.

Au total, il est clair que l’avenir du sous-secteur de l’hygiène et de l’assainissement de base s’assombrit avec des candidats qui dans leurs projets de société n’en font pas cas.

Ainsi, pour les acteurs du sous-secteur qui espèrent voir un jour l’hygiène et l’assainissement de base gagné en priorité avec des investissements conséquents, le chemin est encore long.  Le rêve n’est surtout pas permis avec nos candidats à la course. Ainsi va le Bénin !

 

 

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February 19, 2016

Election présidentielle de 2016 au Bénin: Quelle place pour l’eau dans les projets de société des candidats?

Alain TOSSOUNON (Cotonou)

C’est désormais une réalité que les candidats à l’élection présidentielle du 28 février lèvent le voile sur leurs projets de société pour attirer les soutiens et convaincre les électeurs. Mais, si tous ne manquent pas de faire de l’emploi des jeunes ou de l’éducation des priorités, l’environnement et surtout les ressources en eau restent toujours des parents pauvres. Un choix qui contraste avec les enjeux actuels qui invitent à mettre l’environnement et la gestion des ressources en eau au cœur des enjeux de développement.

La bonne gestion des ressources en eau est un impératif pour le développement du Bénin

La bonne gestion des ressources en eau est un impératif pour le développement du Bénin

Les questions environnementales n’occupent pas une place de choix dans les projets de société des candidats à l’élection présidentielle de 2016. Si l’on retrouve quelques mesures ou actions envisagées dans les projets rendus publics, elles sont loin de figurer au rang des grandes priorités comme l’emploi des jeunes, l’éducation, la santé ; le sport…. Dans ces conditions, difficile de désigner un candidat vert ou écolo tant les projets de société sont pauvres en engagements environnementaux.
Dans les projets de société des candidats donnés favoris (Abdoulaye Bio Tchané, Lionel Zinsou, Pascal Irénée Koupaki, Patrice Talon, Sébastien Adjavon, par ordre alphabétique), on retrouve quelques actions préconisées pour répondre aux défis environnementaux dans notre pays.
Pourtant, les défis sont grands et les enjeux climatiques importants. Car, l’accord sur le climat adopté à Paris en décembre 2015 pour faire face au changement climatique a débouché sur une batterie de mesures pour un avenir résilient et durable. Plusieurs appels ont été lancés pour inviter les gouvernements à traduire en actes concrets, les engagements qui ont été pris. A cette occasion, chaque pays ayant présenté des Contributions prévues déterminées au niveau national (CDPN), devrait selon les termes de l’accord, passer à l’action en les intégrant dans les programmes de développement. A l’heure où les candidats font la promotion de leurs projets de société, l’on devrait dans cette logique, pouvoir retrouver ces mesures et engagements déclinés dans les projets de société de ceux-là qui aspirent gouverner le Bénin pour les cinq ans à venir.
Mais, on en est bien loin. Pour l’essentiel, le candidat Patrice Talon s’engage à renforcer la politique de reboisement, rétablir la subvention du prix de gaz à usage domestique au profit des ménages, voter une loi pour interdire à court terme l’usage des sachets plastiques, élaborer et mettre en œuvre un plan national climat et des plans climat territoriaux. Dans le cas du candidat Aboudoulaye Bio Tchané (ABT) qui avait partagé ses préoccupations par rapport au défi climatique mondial à la veille de la conférence de Paris sur le climat par une tribune parue dans l’hebdomadaire Jeune Afrique du 9 juillet 2015, il est retenu dans son projet au point 93, d’intégrer la problématique des changements climatiques dans les programmes et projets de développement. Egalement, l’ancien ministre des finances sous le président Mathieu Kérékou, se propose une fois à la Marina, de lancer un vaste programme de reboisement pour faire face à l’avancée du désert et recourir aux études d’impact environnemental dans tous les projets et programmes de développement. Figurant au dernier point des priorités de son projet de société, le candidat Pascal Irénée Koupaki, entend développer des stratégies d’adaptation aux changements climatiques en fonction des facteurs d’exposition aux risques naturels de chaque zone écologique et mettre en œuvre les résolutions de la COP 21, construire une grande ceinture verte dans les régions septentrionales pour arrêter l’avancée du désert. C’est assurément le seul candidat à avoir clairement fait mention de la COP 21 dans son projet de société marquant ainsi sa volonté à donner suite à l’Accord de Paris.
La gestion des ressources en eau, le parent pauvre
Dans le domaine de l’eau, tous les candidats favoris ont fait la part belle à l’accès à l’eau ignorant toute la problématique de la gestion durable des ressources en eau.
En effet, dans leur ensemble, ils font de l’accès à l’eau une grande priorité. A l’instar du candidat de la coalition républicaine, Lionel Zinsou qui s’engage pour un accès universel de tous les Béninois au liquide bleu, plusieurs autres promettent d’y consacrer beaucoup d’investissements. Dans le contrat social rendu public, le candidat ABT s’est engagé à allouer 100 milliards de francs CFA chaque année à la politique d’accès à l’eau potable et en plus, préfinancer les coûts de branchements à la SONEB.
Seulement, la question de la bonne gestion des ressources en eau reste le parent pauvre dans les projets de société. Alors que l’eau est la condition sine qua non de la réalisation de l’ensemble des Objectifs de développement durable.
En effet, en ces temps incertains où les effets du changement climatique sur les ressources en eau sont alarmants, et où le monde est aux prises avec une croissance démographique exponentielle, les défis relatifs à l’eau ne sauraient être négligés. Le degré d’utilisation et de pollution des ressources en eau par l’homme est tel que la viabilité de ces ressources s’en trouve menacée et que la rareté de l’eau et la dégradation de sa qualité qui en résulteront limiteront potentiellement la production alimentaire, réduiront les fonctions écosystémiques et entraveront la croissance économique.
Par ailleurs, les pressions subies par les ressources en eau ont considérablement augmenté au cours des dernières décennies en raison de la rapidité de la croissance démographique, de l’urbanisation, de l’augmentation des niveaux de consommation et du changement climatique. Les prélèvements d’eau ont triplé au cours des 50 dernières années et la demande a augmenté dans presque tous les pays du monde. Notre pays n’y échappe guère.
Si ces dernières années, dans notre pays, des efforts ont été faits pour améliorer le cadre légal et institutionnel et faire la promotion de la Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE), l’on ne saurait négliger la bonne gestion et la protection des ressources en eau. Car, comment pourrait-on promouvoir ou développer l’agriculture sans garantir une disponibilité de l’eau ? Ou encore comment faire l’irrigation sans s’assurer que l’eau est disponible en tout temps ?
En réalité, l’eau est au cœur du développement puisque les problèmes de l’eau sont intrinsèquement liés aux questions de développement durable comme la pauvreté, la faim, la santé, l’éducation, l’inégalité des genres, le changement climatique…C’est pourquoi, dans l’agenda post-2015, au-delà de l’accès à l’eau, un objectif entier a été consacré dans les Objectifs de développement durable pour garantir sa sécurité et le développement durable. Parce que selon l’UNESCO, il est important pour chaque Etat et le monde entier, de veiller à la préservation des quantités suffisantes d’eau de qualité pour maintenir durablement la santé des êtres humains et des écosystèmes.
C’est donc clair que si les préoccupations environnementales et le défi de l’accès à l’eau pour tous les Béninois apparaissent dans les projets de société des candidats, la question de la gestion des ressources en eau est encore un enjeu ignoré et oublié des prétendants à la magistrature suprême.

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