Archive for December, 2015

December 4, 2015

 Eau et Climat : Un jet de conséquences dramatiques

Bachir SANE et Idrissa SANE (Envoyés spéciaux COP 21)

Les acteurs français de l’eau militent pour une meilleure prise en compte des questions de l’eau dans les prochaines Cop1 au regard des conséquences de la rareté de cette ressource sur l’augmentation de la prévalence des maladies hydriques, sur le stress hydrique, la migration des populations et l’érosion de la biodiversité aquatique.

Les acteurs de l’eau tirent la sonnette d’alarme à la Cop 21 à Paris. Les impacts du réchauffement de la planète sur les ressources en eau coulent de source. En effet l’augmentation de la température à la surface de la terre va accélérer l’évaporation et dans le long terme la réduction voire l’assèchement des cours d’eau. Le Lac Tchad est l’exemple le plus emblématique, le plus illustratif de la corrélation entre les changements climatiques et les menaces sur l’eau. C’est pour cela, les acteurs de l’eau présents au Bourget ont haussé le ton. « Nous devons continuer la sensibilisation pour que l’on accorde plus d’importance à l’eau dans les prochaines COP », a plaidé Philippe Gueltier, directeur du partenariat français pour l’eau. Selon les scientifiques chaque degré supplémentaire au-delà de 2 degré va se répercuter négativement sur le cycle de l’eau. Déjà l’humanité doit s’attendre à une augmentation des maladies hydriques dans certaines zones de la planète et des perturbations des grandes saisons. Selon la Fao 1, 8 milliard de personnes vivront dans des régions exposées à des pénuries absolues de l’eau. « La diminution de la disponibilité de l’eau dans de nombreuses régions en partie due au dérèglement climatique est telle que deux tiers de sa population  pourraient être exposés à des conditions de stress hydrique », renseigne un guide du partenariat français de l’eau. A cela s’ajoutent des événements extrêmes comme des inondations qui sont aussi les manifestations des changements climatiques. « Les seront très variables géographiquement et font l’objet de multiples incertitudes, mais globalement  le Giec note une probable aggravation de la situation des régions déjà touchées par des excès ou des pénuries d’eau: sécheresses, inondations, submersions marines, fonte des glaces, modification des débits des rivières etc », a soutenu Jean Luc Rechaud président du Groupe de travail Eau et Climat.Selon le rapport du Giec publié en 2014, le nombre de personnes vulnérables aux inondations  pourrait tripler. Les effets néfastes affectent aussi la biodiversité. L’érosion de celle-ci est envisagée par des scientifiques et des organisations internationales comme le Wwf qui avait révélé que les écosystèmes d’eau douce avaient connu une perte de 76 % de leurs espèces entre 1970 et 2010. « La biodiversité et les écosystèmes aquatiques sont particulièrement touchés par le dérèglement climatique. Les écosystèmes d’eau douce  sont négativement impactés par la perte de qualité des eaux dans certaines régions », affirment des acteurs. L’une des conséquences, ce sont  aussi des conflits. En réalité la rareté de la ressource est susceptible d’enclencher une compétition pour son accès ce qui pourrait entrainer des conflits entre les communautés et voire entre des pays. Déjà, les pénuries de cette ressource ont jeté des milliers de personnes sur les chemins de l’émigration. Ces refugiés climatiques ne sont pas souvent bien reçus dans leur site d’accueil. C’est pour ces raisons que les acteurs de l’eau estiment qu’il est nécessaire d’intégrer la dimension gestion des risques dans des incertitudes. Par conséquent les changements climatiques appellent à la culture d’une gestion rationnelle et à une consommation sobre de cette ressource afin de répondre de matière durable aux enjeux du développement durable.

 

Advertisements
Tags: , ,
December 4, 2015

Le Président Macky Sall sur TV 5 Monde: « Il faut que ce fonds sur l’électrification sorte de cette Cop 21 »

Le président de la République du Sénégal est clair. L’accompagnement de l’Afrique n’est pas une aide. Le chef de l’Etat l’analyse sous l’angle de la réparation d’un continent qui souffrent plus des effets de la pollution alors sa part dans les émissions est inférieures à 3 %. C’est autant d’arguments qui justifient la création d’un fonds sur l’électrification pour l’Afrique défendue par le président, Macky Sall. 

Président du Sénégal, Macky Sall

        Président du Sénégal, Macky Sall

Merci  Monsieur le président de la République, Macky Sall d’avoir répondu à l’invitation de TV 5 Monde à l’occasion de la Cop 21. Vous avez dit qu’on n’a pas le choix d’échouer …

Nous n’avons pas le choix. Et nous n’avons pas de plan B. Il faut dire aucune excuse ne sera acceptée pour la communauté mondiale. Nous avons une planète commune, une et indivisible. Nous avons l’obligation de sauver cette planète ou de périr simplement. Le schéma calamiteux a été mis en œuvre par l’élan de développement de l’ère industrielle et postindustrielle. Aujourd’hui, vous avez aussi la plus grande partie de la planète qui aspire au développement, et qui a tendance à emprunter le même chemin, ce qui va précipiter la planète vers une disparition certaine. Nous voyons déjà au quotidien les manifestations avec les Tsunamis, les tremblements de terre, l’agression côtière, l’avancée de la désertification. Les changements climatiques se manifestent sur l’ensemble de la planète et particulièrement dans certaines zones du monde qui sont les plus touchées, comme les pays insulaires. Il y a aussi l’Afrique qui a une position centrale.

L’Afrique est le continent paie plus des effets de la pollution…

L’Afrique subit malheureusement. Les effets de la pollution se répercutent sur la planète et donc l’Afrique reçoit en pleine figure les effets de cette pollution alors que sa contribution à la pollution est inférieure à 3 %.  Elle doit éviter de reproduire les mêmes effets. Pour cela l’Afrique est en attente et en devoir d’exiger que une juste réparation soit faite non sous forme d’aide ou de charité mais sous d’accompagnement pour une transition énergétique. Nous avons estimé qu’un fonds sur l’électrification du continent doit sortir de cette Cop 21 géré par les Africains à travers un Fonds énergie. On va harmoniser, 5 milliards c’est le début, si on peut avoir plus ça va. Avec 5 milliards par an sur une décennie, on va régler définitivement le problème de l’électricité en Afrique.

Est-ce que cela veut dire que vous exiger un accord contraignant ?

Nous ne le voudrions pas un accord qui n’est pas contraignant. Je pense qu’il ne s’agit pas de faire de la surenchère mais d’exiger ce qui est réaliste. Je pense que tout le monde est d’accord pour avoir une coalition mondiale pour la lumière en Afrique. C’est le seul continent comme  aime bien le définir Jean Louis Borleau où vous en dehors des points scintillants sur la côte, est  un continent absolument opaque malgré ses ressources énergétiques. Et, cela ne peut pas durer. Il faut que ce petit fonds sur l’électrification soit sorti en plus de tout ce qui pourra être fait dans le fonds climat.

En fait c’est quoi le danger ? Est-ce ce sont des réfugiés toujours plus nombreux et un risque pour la paix mondiale ?

Ce sont les deux en même temps. C’est un risque élevé contre les migrants qu’on ne pourra pas arrêter. Nous avons les formes d’émigration à travers la Méditerranée. Je rappelle qu’il y a 15 ans, les premières manifestations, c’étaient des jeunes africains qui étaient agrippés au train d’atterrissage des avions. Il fallait avoir du courage pour le faire. Il y a ensuite Barça, la ruée vers l’Espagne et l’Italie. Il y avait une barrière plus ou moins fixe en Lybie mais depuis le démantèlement de ce pays, on a créé là un passoir. Il y a la Syrie. Cela veut dire que si ce phénomène n’est pas arrêté ce sont des millions de migrants que l’Europe va accueillir. Il faut essayer d’agir en amont avec les pays. Nous avons la responsabilité de donner des perspectives à la jeunesse, de l’emploi, tout cela passe par la mobilisation de ressources internes et une contribution extérieure comme l’Europe en a eu à bénéficier après la seconde Guerre mondiale. Il faut que l’Afrique ait un accompagnement de sa politique agricole, sa politique énergétique et sur un certain nombre de projets qui vont aller dans le sens de l’atténuation et  de l’adaptation aux changements climatiques.

On dit que c’est un sommet pour la paix dans le contexte des attentats qui ont frappé la France. Aujourd’hui, il va falloir décider…

La lutte contre le terrorisme est forcément multiforme. Le terrorisme a pris des voies différentes. Le 11 septembre 2001, ce sont des avions qui ont heurté les tours. Par la suite il y a eu une nouvelle forme  la forme avec  Charlie. Cette fois-ci, ils ont tué des personnes. Il suffit de 3 illuminés pour faire le carnage. Nous avons récemment vu au Mali. Donc, Il nous faut réfléchir sérieusement sur les formes de lutte contre le terrorisme. Il y a certes l’aspect physique, avec la police, les soldats, mais il y a aussi le développement des médias. Les terroristes utilisent des réseaux sociaux, l’internet et la presse pour faire leur propagande. Il faut aussi absolument éviter la stigmatisation de tout ce qui est communauté religieuse islamique. Puisque que les plus grandes victimes ce sont des musulmans. Donc, toutes ces amalgames risquent de remettre en cause les modèles de société, le commun vivre ensemble qui fonde la nation française, la nation dans beaucoup de pays. Si nous amenons les uns et les autres à se taper là-dessus, je pense que c’est le début d’une guerre de civilisations qui serait encore plus grave. Il faut beaucoup de lucidité, de la fermeté et de la coopération internationale. Il faut aussi une action globale au niveau des Nations Unies, l’Union Européenne, et des pays africains. Il est également important de donner des perspectives aux jeunes dans les banlieues dans villes africaines et d’ailleurs pour les soustraire de cette propagande Jihadiste.

Vous êtes le président de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Est-ce que l’Afrique parle d’une seule voie dans cette Cop 21 ?

L’Afrique est totalement unie sur cette question. Nous pensons qu’il faut harmoniser les interventions sur l’énergie cela nous permettra la réussite de cette transition énergétique. Nous pensons aussi  avec le transfert de technologie, avec l’apport financier nous pouvons réduire le cap de l’électricité en Afrique dans 5 ans.

                                                                                                       Idrissa SANE ( Source TV 5 Monde)