Archive for May, 2019

May 31, 2019

SENEGAL: NEBULEUSE DANS LE CONTRAT D’AFFERMAGE: Le forum social dépose une plainte contre Suez au tribunal de Paris

Par Jacques Ngor SARR (Dakar)

L’amélioration des conditions de vie et l’accès à l’eau potable préoccupent au plus haut point le Forum Social Sénégalais. Après avoir dénoncé le manque de transparence dans l’attribution du contrat d’affermage de la gestion des services de distribution de l’eau en milieu urbain et péri –urbain au Sénégal, le forum social Sénégal est passé à une vitesse supérieur. Lors de sa conférence de presse ce jeudi, Mamadou Mignane Diouf, coordonateur du FSS et ses camarades ont annoncé une plainte contre la société française Suez. 

Ainsi au terme des différentes réunions, tenues durant les deux premières semaines de ce mois, le forum social, de concert  avec leurs collègues de France et de Belgique ont convenu de Porter plainte contre SUEZ au Tribunal de Première Instance de Paris, chargé des questions économiques. De faire copie de cette plainte qui sera soutenue par les Organisations partenaires de la France , de la Belgique, de l’Italie, etc, à Anti- Cor, a déclaré Mignane Diouf
 Et ce n’est pas tout, puisque le forum social va saisir aussi l’OFNAC, avec l’ensemble des éléments en leur possession, et toutes les Institutions compétentes dans ce genre de dossier.
« Dans les prochaines semaines, une délégation du FAME sera à Dakar, dans le cadre des préparatifs du Forum mondial de l’eau prévu chez nous en 2021 ; et ce sera là une occasion de nous adresser encore à l’opinion nationale sur ce dossier qui pourrait être considéré comme le plus gros scandale dans la gouvernance de l’eau depuis les indépendances », a laissé entendre le coordinateur du forum social sénégalais. Ce dernier motive cette démarche par des soupçons de corruption, et de conflit d’intérêts: «Nous avons constaté qu’en qu’en 2016, lorsque le Gouvernement lançait l’Appel d’offres, SUEZ, a remis en mars 2016, plusieurs véhicules à la ville de St Louis, dont deux bennes tasseuses ont été officiellement réceptionnées devant la presse nationale par le Maire de la ville, qui se trouve être le Ministre de l’hydraulique. ( voir reportage du Soleil du ……) Pourtant, jusqu’à cette date de l’Appel, SUEZ n’a aucune activité liée à l’environnement au Sénégal pouvant expliquer et justifier une donation de cette nature. On a aussi entendu le directeur dire : ‘Au Sénégal nous avons dépensé beaucoup de millions d’euros dans cet appel d’offres’. Donc des millions d’euros dépensés dans cet appel d’offres, des dons annoncés, que ce soit un don en kilos de colas ou de quelque autre valeur que ce soit, dans le cadre d’un appel d’offres  réunissant des soumissionnaires et des responsables de l’appel, cela nous a amenés à nous poser des questions».  

“Par ailleurs SUEZ, avec son partenaire local, CDE- Consortium des entreprises- a déjà obtenu le marché de KMS3 (construction du site de Ker Momar Sarr3,) qui est sensé renforcer les adductions d’eau vers Dakar, depuis le Lac de Guier. Dans ce cadre, le même opérateur (SUEZ) devrait donc être celui qui construit les infrastructures, et qui exploite en même temps, le réseau de production et de distribution d’eau dans le cadre du contrat d’affermage. C’est là un flagrant conflit d’intérêt qui n’est pas acceptable », s’indigne Mignane Diouf.

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May 23, 2019

Dialogue des partenaires sur la Gestion de l’Hygiène Menstruelle : Vers la prise en compte de la problématique dans les politiques publiques

Alain TOSSOUNON (Cotonou-Bénin)

Les officiels au cours du lancement des travaux

Du 23 au 24 mai 2019 se tient au Golden Tulip le Diplomate Hôtel de Cotonou, le Dialogue des parties prenantes sur la Gestion de  l’Hygiène Menstruelle (GHM) au Bénin. Initié par le Ministère de la santé en collaboration avec la Fondation Claudine Talon et le Conseil de Concertation pour l’Approvisionnement en eau et l’assainissement (WSSCC), ce dialogue  des partenaires qui rassemble plusieurs partenaires venus du Niger, du Sénégal et du Bénin constitue une étape importante d’un processus que tous les acteurs du sous-secteur de l’hygiène et de l’assainissement de base appelle de tous les vœux pour la prise en compte de la problématique de la Gestion de l’Hygiène Menstruelle dans notre pays dans les politiques et stratégies de développement.

 

Au Bénin, on estime que les contraintes liées à l’hygiène menstruelle sont parmi les causes d’abandon des classes de près de 11% des filles réglées. Selon les études récentes, une fille sur 10 manque l’école en raison de ses menstrues en Afrique saharienne. Egalement, de façon générale, les études menées au Bénin et dans la sous-région révèlent que les femmes et les filles en situation rencontrent les mêmes problèmes : la honte, le tabou, des absences du travail et de l’école et une souffrance silencieuse due au manque d’installations et de produits appropriés.

Face à cette situation préoccupante, le dialogue des partenaires a pour objectif, d’accompagner le gouvernement et les diverses parties prenantes pour une meilleure compréhension des enjeux liés à la GHM, tout en contribuant à l’amélioration des pratiques à travers un pool de formateurs en GHM qui multiplieront les sessions afin d’atteindre les populations du Bénin. Avant tout, la rencontre de Cotonou permettra de mieux comprendre l’étendue des défis auxquels font face les femmes et les filles en matière de GHM à l’école et en dehors, au travail, dans les marchés, à partir des études disponibles et des expériences vécues, d’identifier les acteurs sensibles et motivés pour promouvoir la problématique de la GHM dans les politiques, programmes et stratégies nationales, de fédérer les compétences et mutualiser les ressources pour une meilleure efficacité des interventions et enfin de disposer d’une masse critique de formateurs qui ont la connaissance requise et la compétence didactique en GHM.

A l’ouverture du dialogue, le Directeur de cabinet,  Pétas Enagnon Akogbéto, a rappelé  que suite à l’adoption des ODD par les gouvernements, une recommandation forte de ne laisser personne de côté a été faite au niveau de la cible 3 de l’Objectif 6.2. Selon cette recommandation,  une attention particulière doit être accordée aux femmes et aux filles ainsi qu’aux personnes vulnérables. Egalement, dans la course pour l’atteinte des ODD, le directeur de cabinet a précisé la nécessité de la prise en compte de la dimension de l’équité et de non-discrimination souvent oubliée et cachée par les statistiques globales. Précisant l’importance du dialogue, il a soutenu que le Ministère de la Santé a voulu jouer sa partition sur le sujet « sensible » que constitue la gestion de l’hygiène menstruelle. « Les menstruations sont encore un tabou avec les attitudes et croyances culturelles négatives qui freinent l’épanouissement de la femme. Les femmes et les adolescentes en période de menstruation sont souvent considérées comme «sales» ou «impures», et sont parfois contraintes à l’isolement forcé, à une mobilité réduite et à de restrictions alimentaires», a-t-il regretté. Constatant que plusieurs acteurs indépendants comme Catholic Relief Services, Fondation Claudine Talon, Plan Bénin, UNICEF interviennent de façon éparse, le directeur de cabinet a salué leur engagement avant de lancer un  appel à la recherche d’une meilleure connaissance du phénomène pour des actions plus concertées, plus coordonnées et donc plus efficaces.

Photo de famille des participants

Avant l’intervention du représentant du ministère en charge de la santé, Mme Sabine Vicentia Glèlè de la Fondation Caludine Talon, a reconnu que « la situation de la femme en menstrues est inacceptable ». Car, soutient-elle,  à l’école comme au travail ou en communauté, lorsque surviennent  les menstrues, la femme ou la fille est victime de l’isolement forcé, de l’exclusion des activités sociales ou scolaires, victime de la stigmatisation. Indiquant que c’est une violation de la Convention des Droits de l’Enfant, de la Convention pour l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard de la femme, elle a signalé que la Fondation Claudine Talon qui a pour vocation première d’améliorer les conditions de vie des femmes et des enfants en situation difficile au Bénin, s’investit depuis peu dans la gestion de l’hygiène menstruelle. Au total, 296 filles sont touchées par leurs interventions et 637 kits de serviettes ont été distribués dans 51 écoles au profit des filles.

Pour la chargée des programmes au niveau de l’Unité de l’Afrique de l’ouest du Conseil de Concertation pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement (Wsscc),  Saskia Castelein, dont l’organisation intervient au Bénin à travers le Programme d’Amélioration de l’Accès à l’Assainissement et des Pratiques d’Hygiène en milieu Rural, les expériences du WSSCC en matière de Gestion de l’hygiène menstruelle ont permis de dégager plusieurs enseignements. Au nombre de ces enseignements, elle a souligné que la GHM est un sujet multidimensionnel qui nécessite une approche multisectorielle, elle a aussi des liens avec le secteur WASH, l’égalité des sexes, les droits des femmes, l’éducation, l’environnement, le travail, etc.

L’atelier se poursuit et devra à terme, déboucher sur une feuille de route après la mise en place d’une communauté d’acteurs institutionnels et opérationnels pour animer un dialogue entre parties prenantes. Egalement, les travaux permettront de mieux comprendre la problématique GHM et surtout sa prise en compte et sa priorisation dans des programmes et stratégies nationales adressant les ODD.

 

May 20, 2019

Dr Halidou Kouanda au sommet Africasan5 : «Il y a des initiatives et des expériences intéressantes à travers l’Afrique et le monde »

La 5e Conférence internationale sur l’hygiène, l’eau et l’assainissement (AfricaSan 5) s’est tenue en Afrique du Sud précisément à Cape Town du 18 au 24 février 2019. Le Burkina Faso y a participé. Le pays des Hommes intègres s’y est rendu avec des techniciens, des experts et des professionnels de l’eau, l’hygiène et l’assainissement. A la fin des travaux, nous avons saisi l’occasion pour échanger avec l’un d’entre eux. Il s’agit du Dr Halidou Kouanda, Directeur Pays de WaterAid Burkina Faso. Voici ce qu’il nous a confié. Lisez plutôt !

 

Dr Halidou Kouanda, Directeur Pays de WaterAid au Burkina-Faso (Crédit Photo: Faso.net)

Au terme de cette 5e Conférence qui vient de se tenir à Cape Town en Afrique du Sud, qu’est-ce qu’il faut retenir comme principaux enseignements ?

Le premier enseignement qu’il faut retenir, c’est l’engagement renouvelé des Etats africains et de l’ensemble des acteurs pour faire de l’assainissement une priorité. Car les bénéfices qu’on peut avoir avec un assainissement amélioré sont très importants surtout sur le plan économique et sanitaire. Pour que l’accès universel à l’assainissement soit une réalité d’ici 2030 partout sur le continent africain, il est nécessaire que les personnes actuellement exclues du service puissent être touchées par les différentes interventions. Le second enseignement est relatif aux innovations qui ont été présentées. On a vu toute cette semaine beaucoup d’innovations en matière d’assainissement surtout dans le domaine de la technologie. Pour un pays comme le Burkina Faso où les ressources en eau se font de plus en plus rares, il est impératif d’utiliser des technologies moins exigeantes en eau. Par exemple, il nous faut réduire les quantités d’eau (potable) utilisée par les toilettes à chasse. Nous en avons vues au niveau des stands d’exposition qui n’utilisent que 1,5 à 2 litres. Le troisième enseignement c’est l’apprentissage et le partage d’expériences. Nous avons eu l’opportunité d’échanger à travers les différentes communications et les sessions qui ont été organisées. Il y a des initiatives et des expériences intéressantes à travers l’Afrique et le monde. Elles ont été menées avec succès grâce à des hommes et des femmes qui ont assuré un leadership de haut niveau. En ce qui concerne le cas spécifique du Burkina Faso, nous attendons qu’à la suite du président du Faso le ministère en charge de l’eau et de l’assainissement assure un leadership clair, fort et sans relâche sur tous les maillons du secteur.

 

L’évaluation des engagements pris à Ngor au Sénégal a montré qu’il y a eu très peu de progrès par rapport à cette 5e conférence. Selon vous, comment les Etats peuvent-ils combler ce déficit d’engagement ?

Il y a des efforts qui ont été fournis par les Etats mais on est encore très loin des objectifs communément fixés. Tant que les départements ministériels qui gèrent les ressources financières de nos Etats ne vont pas consacrer un minimum de moyens pour le secteur de l’eau et l’assainissement, les engagements pris çà et là par les gouvernements ne seront pas tenus. Si pour une raison ou une autre, on réduit les budgets déjà insuffisants alloués au secteur, vous comprendrez que les indicateurs de progrès ne feront que stagner. S’engager c’est bien, se donner les moyens de réaliser ses engagements c’est encore mieux. Au-delà des ressources financières, il faut que les leaders donnent l’exemple. Il est très fréquent de voir dans nos villes des comportements qui trahissent les ambitions des plus hautes autorités de faire du Burkina Faso un pays moderne. Je veux parler de la défécation dans les caniveaux et autres espaces non bâtis, de jour comme de nuit, et à visage découvert. Fort heureusement, cette pratique est rarement observée chez les femmes. Chacun de nous a un parent cher ou une personne chère qui vit au village et que nous pouvons aider à disposer d’une latrine ne serait-ce que simple, plutôt que d’attendre que la mairie s’en charge. Un leadership fort et actif combiné à une solidarité agissante peuvent nous faire faire un bond significatif vers l’accès universel à l’assainissement dans les délais convenus.

 

Vous prenez le cas spécifique du Burkina Faso, que compte faire WaterAid pour aider les populations?

Nous allons renforcer ce que nous faisons déjà, notamment le plaidoyer pour davantage de budget pour l’assainissement, le renforcement des capacités des différents acteurs, notamment des communes, un leadership renforcé du ministère en charge de l’eau et de l’assainissement. Notre contribution c’est aussi des actions concrètes à travers les différents projets que nous mettons en oeuvre. Il va falloir accélérer la sensibilisation des populations pour l’adoption des bonnes pratiques d’hygiène et l’entretien des ouvrages. Nous continuerons de participer au dialogue sectoriel pour faire entendre la voix des communautés. Nous bénéficions pour cela de l’appui de partenaire, tels que la Coopération suédoise, la Coopération danoise, l’Union européenne, l’Unicef, les fondations Bill et Melinda Gates, Margarett A. Cargill, Helmsley Trust. Nous sommes reconnaissants de cet accompagnement sans lequel ce serait difficile d’agir sur le terrain. Une des résolutions prises à cette 5e conférence est l’interpellation des chefs d’Etat de l’UA par rapport aux engagements de Ngor, quel commentaire en faites-vous ? Vu le niveau de progrès de l’ensemble des pays, cette interpellation à l’endroit des gouvernements vient à point nommé parce qu’ils sont les chefs d’orchestre. Je pense que cette interpellation devrait véritablement pousser les Etats à faire davantage d’efforts pour que les engagements qui ont été pris à Ngor ne restent pas lettre morte puisque 2030 n’est pas si loin. C’était aussi une bonne plateforme pour le faire. La charge revient aux participants des différents pays y compris le Burkina Faso, une fois de retour, de rendre publique la déclaration de Cape Town. Il ne faudra pas se contenter de communiquer, mais il faut aussi mieux s’organiser, mutualiser les moyens pour mieux agir parce que le pays a besoin des efforts de toutes les catégories d’acteurs. Quelles sont concrètement les perspectives pour WaterAid dans les 6 prochains mois ? Pour ce qui nous concerne, nous allons poursuivre le plaidoyer en faveur de l’assainissement mais aussi accélérer la mise en œuvre des projets et programmes que nous conduisons déjà. Nous envisageons organiser au cours de l’année 2019, une conférence régionale sur la gestion des boues de vidange qui sont une problématique émergente pour l’ensemble de nos pays mais encore plus pour le Burkina Faso quand on sait que rien que dans la ville de Ouagadougou, les espaces qui sont offerts aux vidangeurs pour décharger les boues collectées au niveau des familles, se rétrécissent. En la matière, il y a urgence à agir et cette conférence va réunir l’ensemble des acteurs du Burkina Faso et des pays de l’Afrique de l’Ouest pour y réfléchir et partager les expériences. Nous espérons bénéficier de l’accompagnement de tous les acteurs au niveau du Burkina Faso mais aussi, des organisations sous régionales et internationales.

Le nerf de la guerre, c’est le financement, est-ce que vous bénéficiez de l’accompagnement des partenaires techniques et financiers pour ce projet ?

Pour cette conférence, nous avons déjà un soutien financier de la fondation Bill et Melinda Gates. Nous avons bon espoir que nous pourrons boucler le budget pour offrir les meilleures conditions de réflexion aux participants. Je suis très confiant que d’autres acteurs, tels que l’ONEA et certains ministères s’associeront à cette initiative. Ensemble, nous y arriverons.

 

                                       Propos recueillis par Ben Issa TRAORE/Journal le Pays

May 16, 2019

Félix Adégnika: «Il faut briser tous les tabous d’exclusion liés à l’hygiène menstruelle»

Félix ADEGNIKA, Coordonnateur national Wsscc-Bénin

La question de l’hygiène menstruelle est encore un tabou dans notre société et les écoles ne sont pas préparées à faire face à la problématique lorsque les menstrues surviennent. Dans cet entretien, le Coordonnateur du Conseil de concertation pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement (Wsscc) dont l’organisation travaille sur cette problématique, lève un coin de voile sur la situation dans les établissements scolaires avant de proposer des pistes de solution pour que le Bénin encore en retard, rejoigne les pays de la sous-région qui ont fait de cette problématique, une priorité.

Que savez-vous de la gestion de l’hygiène menstruelle dans nos écoles au Bénin?

La problématique de la gestion de l’hygiène menstruelle est une problématique mondiale. D’ailleurs, la communauté internationale a vu l’importance de cette thématique en l’inscrivant dans les Objectifs de développement durable (Odd 6.2)  en accordant une attention particulière aux besoins des femmes et des filles et des personnes en situation vulnérable. Là où on parle d’équité et de la non-discrimination. Au plan mondial, les adolescentes surtout, perdent 4 à 5 jours d’école par mois. C’est une perte énorme. Une récente étude de la Fondation Claudine Talon a montré que 13% des cas d’abandon des filles dans les cours du primaire pour 50% sont liés à la question de la gestion de l’hygiène menstruelle et pour deux raisons fondamentales : la première, c’est les railleries, qui comptent pour 30%, et pour 70% les malaises  que les filles ressentent. Dès que la fille est tâchée à l’école, et les filles sont de plus en plus précocement réglées, les autres garçons pensent qu’elle « a fait voyou », et elle file droit à la maison, parce que les mamans, n’ont pas préparé les filles à connaître leur corps, à savoir que ça peut arriver à tel moment, et les dispositions qu’il faut prendre. On perd beaucoup de filles qui ne viennent pas à l’école pendant 5 jours et après, abandonnent l’école. Vous voyez tout ce que ça pose comme problème pour le maintien des filles à école ?  La deuxième raison, dans la communauté, c’est encore plus grave. Une femme qui a ses règles ne peut pas faire à manger à son mari ; elle ne peut même pas dormir près de son mari. Il faut briser tous ces tabous d’exclusion qui causent d’énormes préjudices au bien-être social.

Que peut-on faire pour briser les tabous?

A dire vrai, le Bénin est encore en retard par rapport à cette problématique parce qu’il n’y a pas encore de position officielle. Une bonne partie des ONG qui interviennent le font de façon isolée. La première structure qui s’en occupe au Bénin et dont on peut parler, c’est la Fondation Claudine Talon. Mais, Catholic relief service par le passé a fait une étude qui a montré l’importance de la question. Il n’y a pas de position officielle. Wsscc est en train de proposer un plan d’action pour 2019. Nous en avons discuté avec la première dame à qui nous avons demandé de parrainer cet événement. On veut même lui proposer d’être l’ambassadrice de la gestion de l’hygiène menstruelle au Bénin. Nous allons avoir, probablement vers la fin mai 2019, un dialogue des parties prenantes. Tous ceux qui interviennent dans le secteur vont se mettre autour d’une table pour faire la cartographie des interventions ; la cartographie des acteurs pour mesurer l’importance de la problématique. De cette rencontre on va sortir une feuille de route. Nous avons des idées par rapport à ce que Wsscc a fait au Sénégal, au Cameroun, au Niger et qui a porté des fruits.  Nous sommes en train de courir pour trouver d’autres partenaires, Unicef, Plan Bénin…pour qu’on puisse aller ensemble à ce dialogue afin d’élaborer la feuille de route. Pour le moment, on a assuré le financement de cette table ronde mais on n’est pas sûr de pouvoir couvrir les charges qui vont découler de la feuille de route que le Bénin va élaborer. Notre objectif, c’est d’attirer l’attention sur le sujet, de faire en sorte que la gestion de l’hygiène menstruelle puisse rentrer dans les politiques et les stratégies de développement. Vous avez vu ce que ça entraîne au niveau des écoles, au niveau des enfants, au niveau de la famille. On n’a pas fait une étude sérieuse pour mesurer l’importance économique et sociale du phénomène. Mais, il faudra le faire pour prendre conscience. Le deuxième point de l’action que nous envisageons de faire, c’est ce que les anglophones appellent le « TOT» (Training of trainers) en français « formation des formateurs ». Nous voulons avoir une masse critique de personnes qui sont déclenchées (journalistes, universitaires, acteurs de la société civile…), qui seront sensibilisées sur le sujet. On va avoir les experts d’Onu Femmes, les experts de Wsscc qui viendront de Genève et des pays africains qui ont déjà fait l’expérience et qui viendront nous former pour qu’on puisse retourner sur le terrain, au niveau infra national, au niveau communautaire pour pouvoir remuer la question. Notre souhait est que l’Etat puisse prendre conscience de cette problématique pour pouvoir l’intégrer. Cela n’existe nulle part. On a dû forcer pour qu’on puisse la mettre dans la stratégie nationale de promotion de l’hygiène et de l’assainissement de base. C’est juste marqué ‘’la Gestion de l’hygiène menstruelle est une préoccupation’’. On ne l’a pas déclinée en plan, en activités, en plan d’actions avec un financement précis pour adresser le problème. On va faire vers la table ronde des parties prenantes, on va faire la formation des formateurs qu’on veut leur proposer de mettre dans le plan d’actions. Si cela est retenu dans le plan d’actions, Wsscc pourra financer en cherchant des partenariats ; après on va organiser une table ronde de haut niveau pour amener les bailleurs de fonds à financer la feuille de route. La première dame a une idée claire dans sa tête, elle est très engagée sur les questions d’hygiène menstruelle et on peut compter sur elle.

Mais, il y a le problème du manque d’infrastructures adéquates  dans nos établissements scolaire pour faire face à la situation…

C’est un tout. Aujourd’hui, on dit que 89% des écoles sont dotées de latrines. Théoriquement, les latrines sont là mais, pour la moitié, ces latrines-là ne sont pas fonctionnelles, pour la moitié elles ne sont pas sexo-spécifiques. Dans une école, vous avez peut-être deux blocs mais un bloc est réservé aux enseignants et c’est un seul bloc qui est réservé à près de 300 élèves. Les gens font la queue, ceux qui ne peuvent pas supporter 15 minutes d’attente vont déféquer à l’air libre. Le plus grave, c’est les filles qui ont leurs règles. C’est très difficile pour elles de pouvoir se changer. Dans notre tête, et compte tenu de ce qu’on a fait dans les autres pays, nous savons ce qu’il faut faire mais on ne veut rien imposer au Bénin. Au Sénégal par exemple, dans chaque école on a des pairs/paires éducateurs/éducatrices. Dès que la fille a ses règles, elle va voir cette personne qui la prend en charge. Dans les écoles, on met à la disposition des filles, des kits qu’on appelle ‘’coin Ghm’’ où on sait que la fille peut se changer rapidement, qu’elle peut être prise en charge rapidement si elle a des malaises. Vous savez, les problèmes sont énormes et malheureusement ne sont pas adressés. Moins de la moitié des écoles, surtout en milieu rural ont un point d’eau. Pour se changer, pour se laver, il faut de l’eau propre. Il faut inclure cela dans une stratégie et j’aimerais qu’on puisse aller vers cela mais je ne peux rien vous dire aujourd’hui. C’est le Bénin qui va choisir sa voie. Si on se met autour de la table et qu’on discute, on va pouvoir gérer ce qui va en découler.

Propos recueillis par Alain TOSSOUNON

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May 13, 2019

Marketing de l’assainissement: Une alternative de lutte contre la défécation à l’air libre

Paule KADJA (Dakar/Sénégal)

La défécation à l’air libre entretient le cercle vicieux de la maladie et de la pauvreté. Elle est l’une des causes de la mortalité des enfants de moins de 5 ans, de la malnutrition, de la pauvreté, avec de fortes disparités dans la répartition des richesses. Au Sénégal, cette pratique est plus répandu dans le monde rural, aussi pour contrer le fléau le projet Aicha a été crée. Piloté par le Gret  (Professionnels du développement solidaire), l’Ard (Agence régionale de développement) de Saint-Louis et la Division régionale de l’assainissement, le projet se donne  pour objectif d’apporter une répondre durable aux besoins d’accès à l’assainissement amélioré du plus grand nombre. Le marketing social de l’assainissement Aicha est un programme qui consiste à l’utilisation des outils adaptés aux besoins et aux attentes des populations, apporte des bénéfices certains. Les magasins de production et de vente de toilette permettent d’augmenter l’équipement en toilettes hygiéniques et durables des ménages, tout en renforçant le tissu économique local. Dans ce dispositif, le ménage est un acteur qui joue un rôle actif et qui s’approprie l’équipement en assainissement dans lequel il a investi. Dans région de Saint-Louis, lieu qui abrite le projet, l’Atlas avait publié dans sa revue de 2015 que prés de 36% des ménages sans accès à un service d’assainissement pratiquaient la défécation à l’air libre, aujourd’hui à six mois de la mise en œuvre du projet 114 latrines ont été vendus. Soit un taux de 57% sur un objectif fixé par les parties prenantes à 200%.Ainsi le cadre de concertation sur la gouvernance du service de l’eau potable et de l’assainissement qui s’est tenu, ce mardi à Saint-Louis a été l’occasion de faire la promotion du marketing social de l’assainissement. Pour le Directeur de la division régional de l’Assainissement, ce projet est une alternative de lutte contre la défécation à l’air libre. Selon lui, cette nouvelle stratégie de l’assainissement en milieu rural est caractérisée par l’implication des populations et l’accompagnement de l’Etat qui promeut les ménages en facilitant l’acquisition des latrines au crédit. Toutefois, le Directeur de régional de l’Assainissement invite les collectivités territoriales à aider la population à disposer de latrines, car nombreux d’entre eux vivent dans la précarité. «Le chemin à parcourir reste long pour atteindre l’objectif fixé par les Objectifs de développement durable (ODD), à savoir assurer, d’ici à 2030 « l’accès de tous, dans des conditions équitables, à des services d’assainissement et d’hygiène adéquats et mettre fin à la défécation en plein air, en accordant une attention particulière aux besoins des femmes et des filles et des personnes en situation vulnérable ». Toutefois, le cadre de concertation a servi de tribune aux différents acteurs qui œuvrent pour l’accès à l’eau potable à l’assainissement pour faire l’évaluation de leurs interventions sur terrain et notamment, faire des recommandations pour la pérennisation de leurs activités. C’est dans cette perspective que le directeur de l’Agence de Développement Régional à inviter les acteurs à une mutualisation des efforts pour une meilleure rentabilité des services offerts à la population.  

May 13, 2019

Accès à l’eau potable dans le nord du Sénégal : SENSE trace la voie à suivre

Paule Kadja TRAORE  (Dakar-Sénégal)

Le Sénégal a  accompli des progrès en matière d’accès à l’eau potable dans le monde rural. La couverture universelle est presque à portée de main. Toutefois des défis subsistent. Ces contraintes ont été évoquées, lors de la réunion  du comité de pilotage du projet de recherche-action SENSE (Suivre ensemble les services publics de l’eau potable) tenue le 8 mai à Saint-Louis. C’était en présence des maires, des partenaires et des bénéficiaires.

L’accès à l’eau potable en milieu rural                                        (Sénégal)

Les avancées du Sénégal dans la gouvernance de l’eau potable sont modestes au vu de la situation actuelle. En effet, même si le taux d’accès à l’eau potable a évolué de façon significative, avec une nette tendance vers l’atteinte de l’ODD6, le rapport sur la gouvernance de l’eau au Sénégal relève plusieurs limites. Le SENSE (Suivre ensemble les services publics de l’eau potable)  mis en œuvre par le Gret avec l’UGB et l’ARD de Saint-Louis a présenté, ce mercredi un document qui note, à côté des performances, certaines inquiétudes des populations défavorisées qui n’ont toujours pas accès à l’eau à leur convenance. Ces dernières   payent presque quatre fois plus cher que les usagers d’eau courante dans certaines parties. En plus le rapport soulève des questions liées à la qualité de l’eau qui n’est pas souvent conforme aux normes de l’Oms. A cela s’ajoute des fermiers qui ne remplissent parfois leurs cahiers de charge.

Concernant la qualité du service, un défi majeur est à relever. A vrai dire il a été constaté, dans le monde rural, que le liquide précieux ne présente pas des caractéristiques tolérées pour être consommée sans risque.

L’arrivée de la délégation de services publics de l’eau (Dsp)  a suscité beaucoup d’interrogations au niveau des représentants locaux, lors de la réunion du SENSE. Les maires présents notamment celui, de Ross Béthio et de Dangana ont mis l’accent sur l’état désuet des forages. Ils ont posé des questions sur l’opportunité de confier la gestion des forages à des privés.

L’OFOR expose les avantages de la gestion des forages par le privé

Selon le chef de la cellule de communication de l’OFOR, Pape Moustapha Guèye, aujourd’hui, leur établissement  tire un bilan positif de la Délégation de Service Public. Mieux, le contrôle de la qualité de l’eau est une exigence. « Le service de l’eau s’est nettement amélioré du point de vue de la qualité. Nous exigeons de ces fermiers des analyses bactériologiques chaque mois. En plus, nous avons engagé des services pour des contre analyses », a rassure-t-il. Contrairement aux ASUFOR, informe le chef de la cellule communication, le temps de pannes des forages est réduit, autrement dit, nous intervenons plus rapidement pour les dépannages. « Nous pensons qu’aujourd’hui, ça se passe bien même si nous pouvons avoir des difficultés par ci et par là. Il y aura toujours des réfractaires à la Réforme. Nous menons des missions régulières sur le terrain pour voir si le fermier respecte le cahier des charges », argue-t-il. Néanmoins, il invite la population à les saisir en cas  de non satisfaction.

SENSE : Le tampon  entre les usagers et les services publics

Selon le Coordonnateur du SENSE, Djiby Sarr, C’est dans le cadre d’améliorer de manière systémique de la qualité des services publics d’eau potable en milieu rural  que le Sénégal a opté pour la gestion professionnelle à travers la Délégation de Services Publics de l’eau (DSP). De ce fait, de nouveaux acteurs se mettent progressivement en place, faisant ainsi évoluer les rôles des différentes parties prenantes.

Le  nouveau cadre institutionnel appelle à interroger en particulier la place des usagers dans la gestion de l’eau. Et le projet SENSE indique  son coordonnateur s’inscrit dans la dynamique de contribuer à l’élaboration, à la mise en œuvre et au suivi de politiques inclusives dans le domaine de l’hydraulique rurale par la co-construction d’espaces de concertation dans l’optique de promouvoir de nouvelles formes de régulation entre l’Etat, la société civile, les collectivités locales et le secteur privé. Cette recherche action a pour but d’interroger les représentations et perceptions des acteurs, des besoins d’organisations  de la société civile, la réponse à la problématique liée à la participation et à la concertation entre les parties prenantes en vue de l’amélioration de la qualité du service d’eau potable dans des zones ciblées.