Posts tagged ‘climat’

December 4, 2015

 Eau et Climat : Un jet de conséquences dramatiques

Bachir SANE et Idrissa SANE (Envoyés spéciaux COP 21)

Les acteurs français de l’eau militent pour une meilleure prise en compte des questions de l’eau dans les prochaines Cop1 au regard des conséquences de la rareté de cette ressource sur l’augmentation de la prévalence des maladies hydriques, sur le stress hydrique, la migration des populations et l’érosion de la biodiversité aquatique.

Les acteurs de l’eau tirent la sonnette d’alarme à la Cop 21 à Paris. Les impacts du réchauffement de la planète sur les ressources en eau coulent de source. En effet l’augmentation de la température à la surface de la terre va accélérer l’évaporation et dans le long terme la réduction voire l’assèchement des cours d’eau. Le Lac Tchad est l’exemple le plus emblématique, le plus illustratif de la corrélation entre les changements climatiques et les menaces sur l’eau. C’est pour cela, les acteurs de l’eau présents au Bourget ont haussé le ton. « Nous devons continuer la sensibilisation pour que l’on accorde plus d’importance à l’eau dans les prochaines COP », a plaidé Philippe Gueltier, directeur du partenariat français pour l’eau. Selon les scientifiques chaque degré supplémentaire au-delà de 2 degré va se répercuter négativement sur le cycle de l’eau. Déjà l’humanité doit s’attendre à une augmentation des maladies hydriques dans certaines zones de la planète et des perturbations des grandes saisons. Selon la Fao 1, 8 milliard de personnes vivront dans des régions exposées à des pénuries absolues de l’eau. « La diminution de la disponibilité de l’eau dans de nombreuses régions en partie due au dérèglement climatique est telle que deux tiers de sa population  pourraient être exposés à des conditions de stress hydrique », renseigne un guide du partenariat français de l’eau. A cela s’ajoutent des événements extrêmes comme des inondations qui sont aussi les manifestations des changements climatiques. « Les seront très variables géographiquement et font l’objet de multiples incertitudes, mais globalement  le Giec note une probable aggravation de la situation des régions déjà touchées par des excès ou des pénuries d’eau: sécheresses, inondations, submersions marines, fonte des glaces, modification des débits des rivières etc », a soutenu Jean Luc Rechaud président du Groupe de travail Eau et Climat.Selon le rapport du Giec publié en 2014, le nombre de personnes vulnérables aux inondations  pourrait tripler. Les effets néfastes affectent aussi la biodiversité. L’érosion de celle-ci est envisagée par des scientifiques et des organisations internationales comme le Wwf qui avait révélé que les écosystèmes d’eau douce avaient connu une perte de 76 % de leurs espèces entre 1970 et 2010. « La biodiversité et les écosystèmes aquatiques sont particulièrement touchés par le dérèglement climatique. Les écosystèmes d’eau douce  sont négativement impactés par la perte de qualité des eaux dans certaines régions », affirment des acteurs. L’une des conséquences, ce sont  aussi des conflits. En réalité la rareté de la ressource est susceptible d’enclencher une compétition pour son accès ce qui pourrait entrainer des conflits entre les communautés et voire entre des pays. Déjà, les pénuries de cette ressource ont jeté des milliers de personnes sur les chemins de l’émigration. Ces refugiés climatiques ne sont pas souvent bien reçus dans leur site d’accueil. C’est pour ces raisons que les acteurs de l’eau estiment qu’il est nécessaire d’intégrer la dimension gestion des risques dans des incertitudes. Par conséquent les changements climatiques appellent à la culture d’une gestion rationnelle et à une consommation sobre de cette ressource afin de répondre de matière durable aux enjeux du développement durable.

 

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December 4, 2015

Le Président Macky Sall sur TV 5 Monde: « Il faut que ce fonds sur l’électrification sorte de cette Cop 21 »

Le président de la République du Sénégal est clair. L’accompagnement de l’Afrique n’est pas une aide. Le chef de l’Etat l’analyse sous l’angle de la réparation d’un continent qui souffrent plus des effets de la pollution alors sa part dans les émissions est inférieures à 3 %. C’est autant d’arguments qui justifient la création d’un fonds sur l’électrification pour l’Afrique défendue par le président, Macky Sall. 

Président du Sénégal, Macky Sall

        Président du Sénégal, Macky Sall

Merci  Monsieur le président de la République, Macky Sall d’avoir répondu à l’invitation de TV 5 Monde à l’occasion de la Cop 21. Vous avez dit qu’on n’a pas le choix d’échouer …

Nous n’avons pas le choix. Et nous n’avons pas de plan B. Il faut dire aucune excuse ne sera acceptée pour la communauté mondiale. Nous avons une planète commune, une et indivisible. Nous avons l’obligation de sauver cette planète ou de périr simplement. Le schéma calamiteux a été mis en œuvre par l’élan de développement de l’ère industrielle et postindustrielle. Aujourd’hui, vous avez aussi la plus grande partie de la planète qui aspire au développement, et qui a tendance à emprunter le même chemin, ce qui va précipiter la planète vers une disparition certaine. Nous voyons déjà au quotidien les manifestations avec les Tsunamis, les tremblements de terre, l’agression côtière, l’avancée de la désertification. Les changements climatiques se manifestent sur l’ensemble de la planète et particulièrement dans certaines zones du monde qui sont les plus touchées, comme les pays insulaires. Il y a aussi l’Afrique qui a une position centrale.

L’Afrique est le continent paie plus des effets de la pollution…

L’Afrique subit malheureusement. Les effets de la pollution se répercutent sur la planète et donc l’Afrique reçoit en pleine figure les effets de cette pollution alors que sa contribution à la pollution est inférieure à 3 %.  Elle doit éviter de reproduire les mêmes effets. Pour cela l’Afrique est en attente et en devoir d’exiger que une juste réparation soit faite non sous forme d’aide ou de charité mais sous d’accompagnement pour une transition énergétique. Nous avons estimé qu’un fonds sur l’électrification du continent doit sortir de cette Cop 21 géré par les Africains à travers un Fonds énergie. On va harmoniser, 5 milliards c’est le début, si on peut avoir plus ça va. Avec 5 milliards par an sur une décennie, on va régler définitivement le problème de l’électricité en Afrique.

Est-ce que cela veut dire que vous exiger un accord contraignant ?

Nous ne le voudrions pas un accord qui n’est pas contraignant. Je pense qu’il ne s’agit pas de faire de la surenchère mais d’exiger ce qui est réaliste. Je pense que tout le monde est d’accord pour avoir une coalition mondiale pour la lumière en Afrique. C’est le seul continent comme  aime bien le définir Jean Louis Borleau où vous en dehors des points scintillants sur la côte, est  un continent absolument opaque malgré ses ressources énergétiques. Et, cela ne peut pas durer. Il faut que ce petit fonds sur l’électrification soit sorti en plus de tout ce qui pourra être fait dans le fonds climat.

En fait c’est quoi le danger ? Est-ce ce sont des réfugiés toujours plus nombreux et un risque pour la paix mondiale ?

Ce sont les deux en même temps. C’est un risque élevé contre les migrants qu’on ne pourra pas arrêter. Nous avons les formes d’émigration à travers la Méditerranée. Je rappelle qu’il y a 15 ans, les premières manifestations, c’étaient des jeunes africains qui étaient agrippés au train d’atterrissage des avions. Il fallait avoir du courage pour le faire. Il y a ensuite Barça, la ruée vers l’Espagne et l’Italie. Il y avait une barrière plus ou moins fixe en Lybie mais depuis le démantèlement de ce pays, on a créé là un passoir. Il y a la Syrie. Cela veut dire que si ce phénomène n’est pas arrêté ce sont des millions de migrants que l’Europe va accueillir. Il faut essayer d’agir en amont avec les pays. Nous avons la responsabilité de donner des perspectives à la jeunesse, de l’emploi, tout cela passe par la mobilisation de ressources internes et une contribution extérieure comme l’Europe en a eu à bénéficier après la seconde Guerre mondiale. Il faut que l’Afrique ait un accompagnement de sa politique agricole, sa politique énergétique et sur un certain nombre de projets qui vont aller dans le sens de l’atténuation et  de l’adaptation aux changements climatiques.

On dit que c’est un sommet pour la paix dans le contexte des attentats qui ont frappé la France. Aujourd’hui, il va falloir décider…

La lutte contre le terrorisme est forcément multiforme. Le terrorisme a pris des voies différentes. Le 11 septembre 2001, ce sont des avions qui ont heurté les tours. Par la suite il y a eu une nouvelle forme  la forme avec  Charlie. Cette fois-ci, ils ont tué des personnes. Il suffit de 3 illuminés pour faire le carnage. Nous avons récemment vu au Mali. Donc, Il nous faut réfléchir sérieusement sur les formes de lutte contre le terrorisme. Il y a certes l’aspect physique, avec la police, les soldats, mais il y a aussi le développement des médias. Les terroristes utilisent des réseaux sociaux, l’internet et la presse pour faire leur propagande. Il faut aussi absolument éviter la stigmatisation de tout ce qui est communauté religieuse islamique. Puisque que les plus grandes victimes ce sont des musulmans. Donc, toutes ces amalgames risquent de remettre en cause les modèles de société, le commun vivre ensemble qui fonde la nation française, la nation dans beaucoup de pays. Si nous amenons les uns et les autres à se taper là-dessus, je pense que c’est le début d’une guerre de civilisations qui serait encore plus grave. Il faut beaucoup de lucidité, de la fermeté et de la coopération internationale. Il faut aussi une action globale au niveau des Nations Unies, l’Union Européenne, et des pays africains. Il est également important de donner des perspectives aux jeunes dans les banlieues dans villes africaines et d’ailleurs pour les soustraire de cette propagande Jihadiste.

Vous êtes le président de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Est-ce que l’Afrique parle d’une seule voie dans cette Cop 21 ?

L’Afrique est totalement unie sur cette question. Nous pensons qu’il faut harmoniser les interventions sur l’énergie cela nous permettra la réussite de cette transition énergétique. Nous pensons aussi  avec le transfert de technologie, avec l’apport financier nous pouvons réduire le cap de l’électricité en Afrique dans 5 ans.

                                                                                                       Idrissa SANE ( Source TV 5 Monde)

May 20, 2015

Changement climatique et développement durable: Les propositions de la jeunesse ivoirienne

Kanzli Mideh (Abidjan)

 

Le mercredi 06 Mai 2015, un atelier sous-régional des acteurs de la société civile, et du gouvernement ivoirien, s’est tenu à Abidjan (Côte d’Ivoire). L’objectif était de réfléchir et formuler des messages de plaidoyer et de définir les priorités que les jeunes ivoiriens proposeront aux autorités gouvernementales en prélude aux négociations climatiques de Paris qui devraient aboutir à un accord global contraignant pour toutes les parties prenantes dans question du changements climatiques.  

Photo de famille des participants

Photo de famille des participants

C’est dans le cadre des préparatifs de la COP21 qui se tiendra à Paris en France du 30 Novembre au 11décembre 2015, que le Pan African, Climat Justice Alliance (PACJA Continental) en collaboration avec l’Ong AFHON Côte d’Ivoire, qui assure la coordination de PACJA-CI, a organisé cet atelier dénommé « En route pour Paris-CCNUCC COP21 : Atelier consultatif  de la société civile ivoirienne ».

A l’issue des travaux, les participants ont sorti des recommandations formelles qui seront  associées à celles que prendront également les autres parties prenantes dans les Changements Climatiques, et remises au gouvernement ivoirien. Elles ont donc été prises en compte dans les propositions de la société civile Ouest-Africaine lors de l’atelier préparatoire des Etats membres de la CEDEAO qui s’est tenu du Jeudi 07 au Samedi 09 Mai à Abidjan Côte d’Ivoire.

Les recommandations sont de deux ordres. Les premières s’adressent aux décideurs. Et les secondes interpellent la société civile.

Aux gouvernants, il leur est demandé d’élaborer un plan de vulgarisation de proximité des INDC. Ils devront s’impliquer de façon  effective et véritable dans le processus d’élaboration des INDC et des Objectifs du Développement Durable (ODD). La troisième recommandation concernant les décideurs est relative à la mobilisation et à la participation des acteurs clés dans les différents processus que sont INDC, CC (Changements Climatiques) et ODD.

Quant aux organisations de la société civile, elles sont invitées à assurer l’accompagnement  des groupes vulnérables et le suivi des politiques en matière de changement climatique et du développement durable. Elles devront faire preuve de synergie et mobilisation en vue de mieux influencer les décideurs. Enfin la dernière chose, non moins importante est de développer des propositions concrètes et efficaces en vue de soutenir la mise en œuvre des politiques en matière de changement climatique et développement durable.

Faut-il le noter, les Etats membres de la CEDEAO ont décidé d’une feuille de route conjointe dans l’objectif de parler d’une seul voix pendant la 21ème  conférence des partis (COP21) qui aura lieu du 30 Novembre 11 Décembre 2015 de l’UA à Paris (France). Nul doute qu’ils prendront en compte ces recommandations.

Ont pris part aux travaux, entre autre, de jeunes responsables d’Ongs, le club du développement durable en Côte d’Ivoire, le WASH-JNCI (le Réseau des Journalistes et hommes de média pour l’Eau, l’Hygiène et l’Assainissement en Côte d’Ivoire), M. Richmond Agré Assié, Coordonnateur national de l’INDCs (Intended Nationally Determined Contribution), des représentants des ministère de la jeunes ivoiriens et du ministère de l’environnement.

Cette forte participation ne pouvait que plaire aux initiateurs de la rencontre. M. Davy Coulibaly, président national de l’Ong AFHON et de PACJA Côte d’Ivoire, s’est dit satisfait de l’engouement et de la forte participation du gouvernement  et de la société civile représenté par des Ongs, clubs et réseaux. Toute chose qui représente pour lui, ‘’une réelle  prise de conscience de la nécessité d’accélérer les procédures de mise en place de solutions adéquates face aux effets néfastes des changements climatiques ’’. D’où la tenue du présent atelier.

Le point focal de l’UNFCC, M. Ange-Benjamin Brida, a, quant à lui, mis en exergue, dans un exposé sur les Changements Climatiques & Développement Durable, les  Enjeux pour le Post-2015. Il est ressorti de sa présentation qu’il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serres en vue de rester en dessous de 2°C. Malheureusement, il constate que jusque-là, les efforts financiers pour respecter cette norme restent insuffisants.

Pour l’Afrique, M. Brida évalue le surcoût du développement sobre en carbone en Afrique à près de 22 à 30 milliards de dollar /an en 2015, et 52 à 68 milliards de dollar/an d’ici à 2030 si on n’y prend pas garde.

 

 

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May 24, 2014

Perturbations climatiques à Adjohoun (Bénin) : Quand la terre ne nourrit plus son homme

Alain TOSSOUNON (Bénin)

Dans la commune d’Adjohoun où les communautés sont condamnées ces dernières années à subir la furie des eaux, la vie tourne de plus en plus au cauchemar. Face au feuilleton aux mêmes épisodes des inondations, les populations impuissantes et dans la psychose, craignent chaque année le pire. Désormais, même si des réponses sont apportées pour conjurer le sort, la nouvelle vie avec la variabilité climatique est tout simplement devenue une lutte pour la survie.

Des femmes du village Houèdo-wô au cours des inondqtions

Des femmes du village Houèdo-wô au cours des inondqtions

90 mm de pluie. C’est la quantité d’une seule pluie enregistrée ce 12 mars 2013 dans le village de Houèdo-Wo dans la commune d’Adjohoun. Du jamais vu dans cette localité de l’avis des anciens de cette localité. Une pluie qui aura fait partie en fumée, plus de 50 ha de productions laissant les communautés dans un profond désarroi. Loin d’être anecdotique, les communautés de ce village s’habituent à connaitre chaque année, la même situation et dans la même période. Mais, elles ne sont pas les seules à vivre ces pires inondations devenues régulières.
Car, à quelques encablures, dans le village d’Agonlin-Lowé, toujours dans la commune d’Adjohoun, la pluie, autrefois porteuse de prospérité est aussi redoutée.
Aujourd’hui, “dès la tombée de la pluie, j’ai peur et je suis inquiète”, confie Élisabeth Kpossou, une habitante du village. C’est le même sentiment chez sa voisine et amie, Alice Codjo.
Pourtant, il y a encore quelques années, les inondations cycliques faisaient partie de la vie de ces paisibles communautés. Et loin d’être une fatalité, elles en avaient fait une opportunité en profitant de la fertilité du sol après le retrait des eaux pour obtenir de bons rendements des cultures. Depuis peu, cette époque est révolue et actuellement, “tout a changé”, raconte le chef de village, Samuel Boton qui, nous apprend que “maintenant, les inondations sont plus ravageuses”. Et de faire remarquer qu’avec les grandes pluies de ces derniers temps, ses inquiétudes sont plus grandes. “Cette année encore (2013), nous avons davantage peur avec les grandes pluies”. Car, le chef de village comme beaucoup d’habitants de sa localité,redoute la catastrophe de 2010. Une année exceptionnelle qui aura marqué tous les esprits dans ce village par l’ampleur jamais égalée, des dégâts enregistrés par les inondations dans cette partie méridionale du Bénin.
En effet, à l’instar de ces deux villages de la commune d’Adjohoun comptant 56 455 habitants, c’est tout le pays tout entier qui a été durement frappé par cette catastrophe. Sur l’ensemble du pays, le bilan était lourd et les dégâts importants. On a dénombré 46 morts avec plus de la moitié des communes sinistrées (55 communes sinistrées sur les 77 que compte le Bénin). Au total, 21 communes étaient sévèrement affectées, 680.000 personnes touchées et de vastes superficies de champs englouties par les eaux. Sans oublier les maladies hydriques telles que les diarrhées et vomissements, les affections cutanées, les affections gastro-intestinales et respiratoires et les maladies endémiques comme le paludisme qui ont durement affecté les populations.
Ainsi, ces pires inondations ont causé des dégâts au niveau des logements, écoles, centres de santé, routes, places de marché, lieux de cultes, réseaux d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement, et sur d’autres biens et services publics. Selon le rapport de l’Evaluation des besoins post catastrophes produit par le gouvernement et le Système des Nations Unies en 2011, l’ensemble des dommages occasionnés par les inondations sur l’économie béninoise s’élève à près de 78,3 milliards de FCFA (près de 160 millions USD).
Dans ce rapport devenu un rapport de référence, le sous-secteur agricole a été le plus touché du fait des pertes d’emblavures de cultures vivrières et de rente : 50,764 ha de cultures toutes spéculations confondues sont détruites.Pour des localités essentiellement agricoles comme celles d’Adjohoun (90% rurale), les dégâts sont énormes.”On a trop de problème actuellement parce qu’il pleut trop, on produit mais on ne récolte plus rien”, nous signale Hounsou Fidèle, pêcheur et agriculteur, âgé de 40 ans. “On s’attend toujours au scénario chaque année”, se désole le chef de village.

Les perturbations  climatiques, un obstacle à la sécurité alimentaire

Il n’y a plus de doute. Les inondations sévères enregistrées ces dernières années sont le fait des perturbations climatiques. Les scientifiques expliquent
qu’en plus de cette pluviométrie importante, l’hydrogéologie des plaines d’inondation et surtout de la plaine littorale favorise dès les premières pluies de la grande saison pluvieuse, la remontée des eaux souterraines. L’évaluation concertée de la vulnérabilité des populations effectuée dans le cadre du projet d’élaboration du Programme d’Action National aux fins de l’Adaptation aux changements climatiques, a ainsi révélé qu’au niveau national, on distingue trois risques climatiques majeurs à savoir (i) la sécheresse, (ii) les pluies tardives et violentes, (iii) les inondations. Mais dans ce spectre de dégâtscausés par les changements climatiques, l’agriculture est exposée et l’avenir prédit par les scientifiques est bien sombre. Pour le professeur EulogeOgouwalé duLaboratoire de Climatologie de l’Université d’Abomey-Calavi, les différents scénarii attestent la vulnérabilité agricole du Bénin. Les rendements pour certaines cultures comme le riz, le maïs, le manioc…selon le scenario SRES/B2 chuteront de l’ordre de -14,6 ; -38,2 et -19,2%. Dans un tel contexte, poursuit-il, 50% et 60% des populations du Bénin méridional auquel appartient les communautés d’Adjohoun seraient dans l’insécurité alimentaire. En conclusion, le climatologue indique que « les changements climatiques sont en train de se révéler comme le défi le plus important au développement en Afrique du 21e siècle. Il s’agit d’un grave risque pouvant handicaper la réduction de la pauvreté et menacer d’anéantir des décennies d’efforts de développement ».
En effet, selon la deuxième enquête sur les conditions de vie des ménages ruraux au Bénin, 33% au moins des ménages sont incapables de satisfaire leurs besoins minima alimentaires malgré le niveau élevé des dépenses alimentaires (70%) sur leur budget, la prévalence de la malnutrition aiguë au sein des enfants de 06 à 23 mois est de 19%.

Une difficile lutte pour la survie
Afin de voler au secours de ces communautés condamnées désormais à vivre entre inondations sévères, chaleur excessive, pluies tardives, vents violents, le village de Houèdo-wo dans la commune d’Adjohoun a été choisie parmi les six localités représentatives des zones agro-écologiques les plus exposées aux risques climatiques dans le cadre du Programme d’action national d’adaptation aux changements climatiques du Bénin. Un programme destiné à renforcer les capacités des communautés agricoles pour s’adapter aux changements climatiques dans quatre zones agro-écologiques vulnérables au Bénin. Ainsi, loin d’apporter des réponses toutes faites, le Coordinateur National du PANA1, Daniel Z. Loconon, au cours d’une de ses visites de terrain, a soutenu que le programme vient tout simplement “accompagner” les producteurs et communautés pour promouvoir les savoirs endogènes.
Pour améliorer leur résilience aux changements climatiques, un train de mesures prioritaires a été mis en marche sur le terrain à travers les différentes composantes du projet. Au titre des réalisations depuis la mise en œuvre effective du projet (réel démarrage en avril 2011), le PANA1 a contribué dans toutes les communes bénéficiaires, à la mise en place des Comités Communaux de Coordination Technique (CCCT) dans les neuf communes bénéficiaires et l’appui à la mise en œuvre des plans d’actions.
A ce jour dans ce village, en termes de réponses, le programme a mis à la disposition des communautés dans le domaine de l’agriculture, 3200 kg de semences de maïs à cycle court pour 101 producteurs pour une emblavure totale de 160ha. De même dans le domaine des cultures maraichères, elles ont bénéficié de 800.000 plantules de piment de variété locale au profit de 40 maraichers dont 7 femmes pour 20 ha. Encouragées également à une reconversion, pour développer la pisciculture, un train de 4 cages flottantes a été mis à leur disposition pour la production de poisson tilapia du Nil. Pour la cuniculture, divers matériels ont été acquis pour les accompagner avec l’achat de 80 lapines et 20 lapins. Et ce n’est pas tout. Le couvert végétala été reboise avec 17.800 plants d’Acacia pour l’implantation d’une forêt communautaire sur une superficie d’environ 2 ha sans oublier la culture de palmier à huile sélectionné sur 20 ha.
Au niveau des communautés, les effets se font sentir et les pertes subies autrefois sont progressivement amorties.
“Avant quand on plantait, l’eau venait prendre tout. On était soumis à la bonne volonté de la pluie. On faisait avec nos moyens. Et on ne connaissait que la grande saison”, nous raconte le chef de village, Félicien Houessou, qui se rappelle encore comme hier toute leur souffrance avant le programme. L’adoption de semences à cycle court est de l’avis de ces communautés, une bonne option. Et au Responsable communal pour la production agricole, Adango Étienne, de témoigner que c’est grâce au programme que par exemple, les producteurs utilisent des variétés de maïs de 70 jours en remplacement de la variété de 105 jours. En temps de contre saison, des techniques endogènes sont un recours. C’est le cas de la technique qui consiste à abandonner les herbes après le défrichage pour éviter ou limiter la perte d’eau. Ces différents procédés permettent d’améliorer le rendement à l’hectare. Une amélioration de rendement qui influe positivement sur les revenus des producteurs. De 30.000 FCFA la saison, Lucien Houessou témoigne qu’il gagne aujourd’hui jusqu’ à 500.000 FCFA pour la culture du piment.

Un bénéficiaire du Programme PANA sur son champ de riz

Un bénéficiaire du Programme PANA sur son champ de riz

Face aux résultats non négligeables, le Directeur général de l’environnement, Césaire Gnanglé, confie que les acquis enregistrés par le programme sont le résultat de l’approche participative fondée sur le renforcement des savoirs endogènes. Du même avis, le Responsable communal pour la production agricole, Adango Étienne, ne cache pas sa satisfaction quant à la pérennisation des acquis. “Ces résultats sont obtenus parce que le programme n’a pas importé des technologies et a fondé son approche sur les anciennes pratiques agricoles des producteurs”.
Face à la colère de la nature ou à la « malédiction » du ciel comme le pensent certaines populations, les producteurs immigrent progressivement vers la production du riz pour davantage se tirer d’affaire.
Ainsi, la vie qui s’arrêtait avec les inondations, reprend timidement avecles activités diverses qui occupent désormais les communautés : le recyclage des producteurs sur le piquetage, la trouaison et la plantation; l’entretien de la forêt villageoise, l’appui à la conduite de pépinières du riz et de piment, le labour et le repiquage du riz par l’approche SRI (Système de Riziculture intensive).
Seulement, comme le soutient le CoordonnateurDaniel Z. Loconon, les actions sont loin de satisfaire tous les besoins et de répondre efficacement aux effets de la variabilité climatique. « Il est même trop tôt et nous sommes dans l’action », se défend-t-il.
Pendant ce temps, les communautés attendent toujours des mesures hardies et efficaces pour répondre aux affres des inondations. Désormais, avec ces inondations, la lutte contre la pauvreté est devient plus complexe que jamais pour le malheur des communautés.

Encadré : Des ressources en eau en diminution
Alors que les communautés de la partie méridionale subissent la dure réalité des inondations, les ressources en eau connaissent une diminution. Un vrai paradoxe que révèlent plusieurs études de scientifiques. C’est en effet ce que nous enseignent les travaux du Géophysicien et hydro climatologue, TotinVodounon S. Henri, qui indiquent que sur le bassin de l’Ouémé, le plus grand au Bénin, par exemple, un déficit pluviométrique de l’ordre de 20 % a conduit à une diminution d’environ 40 % des ressources en eau de surface. Il en est de même dans les autres bassins hydrologiques : Mono, Couffo, Pendjari, etc. mais à des proportions variées.
Avant lui, le professeur Abel Afouda, l’un des experts en changement climatique avait déjà tiré la sonnette d’alarme dans une interview donnée au journal Le Municipal en 2009 faisant observer que la diminution de 20% observée depuis les années 70 au niveau des précipitations se traduit au niveau des ressources en eau dans les rivières, par une diminution d’environ 40% . Des études que corroborent les données climatologiques du professeur Michel Bokorévélant une diminution du nombre de jours de précipitation. Le climatologue averti signale que l’analyse comparée de ces données entre les normales 1971-2000 et 1941-1970, montre globalement que les précipitations ont baissé de 16% à 28% dans le Bénin méridional et central.
Ainsi, « Si on ne fait rien des maintenant, nous sacrifions et nous enterrons les générations avant qu’elles ne voient jour. Ce serait le plus grand échec de notre civilisation », déclare le professeur Michel Boko. De l’avis de beaucoup d’experts à l’instar du Dr Ernest Amoussou, les actions qui sont en cours dans le pays sont encore insuffisantes. Et pour l’heure, face aux contraintes qu’imposent le changement et la variabilité climatique sur la disponibilité, l’accessibilité, l’approvisionnement et la demande en eau au Bénin, « l’anticipation qui pourrait résulter de la prise en compte des phénomènes climatiques ne constitue pas encore une priorité de décision dans les secteurs de l’eau et de l’énergie », regrette l’hydroclimatologueTotinVodounon S. Henri. Pendant ce temps, les communautés assistent impuissantes à la nouvelle réalité avec des réponses qui sont loin de combler toutes leurs attentes. Pour le professeur Michel Boko, il manque à la politique nationale actuelle « des approches cohérentes ». A cela, il ajoute « le manque d’approche participativedes médias, de la société civile et même de la population ». Ainsi, seuls un engagement des décideurs et l’avènement de nouveaux programmes d’adaptation en cohérence avec ceux en cours et dans une synergie d’actions pourront sortir les communautés de l’angoisse des inondations et des autres effets des changements climatiques.

May 19, 2014

Le Technopole de Dakar : La survie sur le fil d’eau d’une dépression

Idrissa SANE (Dakar)

La nappe phréatique qui affleure est une aubaine pour des chercheurs d’espoir dans le Technopole. Dans la zone des Niayes, véritable poumon dakarois, à l’ombre du béton, du bitume et du fer, le Technopole est la respiration de pêcheurs et de maraîchers. Emplis du message de la protection des ressources, les pêcheurs se battent contre la pollution pendant que les maraîchers adoptent, à petite échelle, des stratégies d’économie d’eau. L’horizon est, malgré tout, chargé de nuages pour toutes ces activités.

Une vue de technopole, la zone humide dakaroise

Une vue de technopole, la zone humide dakaroise

Ici, l’affleurement de la nappe phréatique et la disponibilité de l’eau durant toute l’année conditionnent la vie humaine, végétale et animale. Cette cuvette est, par la force des choses, le refuge des réfugies climatiques du Sénégal et des oiseaux migrateurs menacés dans le monde. Chaque jour est une espérance renouvelée. Chaque jour est une aurore dont le soleil devient encore plus radieux lorsque la corbeille s’emplit de quelques espèces de poissons. Pas très loin, les vrombissements des moteurs, sur la nouvelle Autoroute à péage Dakar-Diamniadio, produit un vacarme entre dans le quotidien des riverains. En contrebas, la Nationale 1, réhabilitée, regarde défiler le lot de voitures ayant préféré le service public gratuit de la circulation. Derrière nous, la Cité Sotiba sert de tampon entre le reste de la populeuse Pikine et cette portion du cours d’eau, à hauteur du Technopole. En levant les yeux, sur la droite, les hauteurs de Pikine-Canada et Guédiawaye renvoient au souvenir de l’appellation courante de « Ravin », pour décrire cette dépression.
Le panorama est une somptueuse verdure en cette matinée du samedi 9 mai 2014. C’est un régal des yeux, ce tableau de la nature qui ne porte pas encore la nudité des espaces visités par la main destructrice du béton et du fer. Majestueux, les cocotiers et les herbes hautes ignorent encore les échos polémiques d’une arène nationale pour la lutte, en bordure des deux nouvelles voies de dégagement reliant Pikine à Guédiawaye en un temps record. La vie suit donc son cours… sur ce cours d’eau. L’espoir est un filet sans cesse jeté dans l’eau afin de prendre de précieux poissons. Trouver les moyens de vivre est un défi quotidien qui ne connaît pas d’âge. C’est le filet de la survie. Cet ensemble de mailles, préparé à l’ombre des pirogues sur le sol ferme, assure la prise de l’espoir.
La survie est un sourire que ne ternit pas ce ciel loin d’être dégagé en cette matinée. Entre des vases à fleurs, arrosoirs fermement tenus à la main, un jeune homme, sous les yeux de son maître, Aliou Youm, à la noirceur marquée, se faufile entre des plantes ornementales comme les ficus et les « borneras ». Comme une machine programmée pour rendre à la nature exubérante une partie de la nourriture qu’elle produit elle-même, le jeune homme fait des allers-retours presque en courant. Son dynamisme est un hymne à l’effort. C’est un rituel du travail auquel il sacrifie, sans discontinuité, depuis une dizaine d’années. Le Technopole est devenu sa seconde demeure. « Je suis originaire de Diourbel. Depuis mon installation à Dakar, j’ai investi dans la floriculture dans cette zone parce que nous n’avons pas de problème d’eau », confesse-t-il. Un bassin en ciment, de forme cylindrique, est attenant à un puits d’au moins un mètre de profondeur. Cette retenue d’eau est sa solution au casse-tête des exploitants des périmètres maraîchers du Technopole. L’ingéniosité, avec du matériau sommaire, est une source de revenus, à travers les plants de choux, de salades, de tomates.
UN NID D’EXODE RURAL POUR LES HOMMES
L’expérience des périmètres maraîchers est une solution commune à beaucoup de jeunes. A l’entrée du Technopole, près du local de la Sonatel, des jardins sécurisés à l’aide des palissades de typhas longent la voie latéritique, elle-même, s’étire. Sara Diouf, est en faction devant ces périmètres. Il vient d’arroser 13 plants de salades, des pieds de manguiers et des haies d’ananas. Ici, il a l’eau en permanence, contrairement à la situation en vigueur dans son village natal. Il garde encore en mémoire les transitions difficiles, dans son Sine natal, entre la saison des pluies et la saison sèche. C’est la seule fausse note du bel hymne à la beauté de son terroir de Fissel Mbadane, dans la région de Fatick (150 kilomètres de Dakar). Dans cette dépression naturelle, verte et humide, il a aménagé une excavation en guise de retenue d’eau. « Vous voyez, lorsqu’il pleut, elle se remplit d’eau. Je peux arroser, durant plusieurs mois, avec l’eau de pluie. Ce procédé nous évite de creuser tout temps pour avoir de l’eau », dévoile le maraîcher. Ces « céannes » sont des retenues d’eau aménagées par une simple excavation atteignant la nappe. Ces aménagements sont assez larges avec, au moins, un mètre de profondeur. Au-dessus de ces « céannes », des branches d’arbres forment une voûte pour limiter les évaporations. Depuis une dizaine d’années, Fara Diouf tire les moyens de subsistance de sa famille de l’exploitation de ces parcelles. La survie est un pont qu’emprunte aussi son voisin Fara Diouf. La barbe bien fournie, le regard avenant, M. Diouf, fait du maraîchage sa principale activité. Sous un vent frisquet qui balaie le site, cet homme exprime les marques de satisfaction.
La nature a ses incertitudes, malgré ses splendeurs. Vivre ou survivre dans ce nid de la nature, aussi bien pour les oiseaux migrateurs que pour les hommes ayant choisi l’exode rural, reste un défi dans la précarité. L’équilibre de l’écosystème n’est pas garanti dans l’absolu. De ce fait, l’angoisse habite les cœurs, sous les traits de rideaux de typhas tapissant l’horizon, sur la terre ferme, vers la nouvelle bretelle menant vers Pikine. En contrebas de la route, le peuplement de cocotiers se réduit peu à peu. Les maraîchers, eux, attendent le pire. L’horizon est peuplé des craintes de voir des lutteurs s’adonner à leurs joutes du week-end si près de leurs exploitations, dans une nouvelle cuvette. Celle-ci ne sera pas comparable à ce ravin à la nature épanouie. Il s’agit plutôt d’une infrastructure en béton, hissé sur de la terre remblayée. La supplique est formulée par une amazone de la terre. Retrouvée sur les lieux, Ngoné Diop confie : « La construction de l’arène nationale, dans le site du Technopole, n’est pas la meilleure chose pour nous parce qu’il y aura une perturbation de nos activités Nous ne pourrons plus mener nos activités et, en conséquence, cela va accentuer la pauvreté. Ici, nous avons facilement accès à l’eau soit avec les mares soit avec la nappe phréatique. Nous ne sommes pas sûrs d’obtenir ces faveurs de la nature ailleurs ». Courbée sur ses pépinières, Ngoné Diop racle la superficie pour faciliter l’infiltration de l’eau. La dame n’est pas une néophyte en agronomie. Elle se relève et dévoile sa technique d’économie d’eau et d’énergie avec un sourire. « C’est vrai, il y a de l’eau, mais nous n’avons pas besoin d’arroser tous les jours certaines cultures. Parfois, je peux rester deux à trois jours sans arroser. Ce qui permet de biner ou de faire d’autres aménagements », dit-elle.
DE L’IMAGINATION POUR DES ECONOMIES D’EAU
Le site découvre ses atours authentiques à mesure que nous avançons. Au coin d’une pénétrante latéritique, le jardin est entouré de plusieurs herbacées et de formations arbustives. Un micro climat emplit le lieu d’une fraîcheur bienfaisante. Nous sommes bien dans les Niayes, avec ses conditions climatiques particulières, disons plutôt avec son micro climat. Celles-ci font de ce site le refuge des migrants climatiques. Ngor Niang, un homme de forte corpulence, originaire de Loulou Sessène (un village de Fatick) ne peut pas refuser sa condition de migrant climatique. « Je pratiquais l’agriculture en saison des pluies et le maraichage en saison sèche mais, à cause de la salinité et de la pauvreté des terres ajoutées à l’insuffisance des pluies, je ne pouvais pas obtenir des productions pour subvenir à mes besoins », dit-il. Il plie bagages et débarque à Dakar, grossissant les rangs des demandeurs d’emploi. La quête est un véritable parcours du combattant. Ce Sérère s’impatiente dans les fils d’attente. « Je suis venu à Dakar pour chercher du travail, comme je n’ai pas trouvé, je me suis lancé dans le maraichage dans cette zone où, à grâce à l’eau, nous pouvons faire plusieurs récoltes dans l’année », confesse-t-il. Une petite dénivellation laisse voir l’eau verdâtre de la « céanne ». Ses collègues et lui ne font pas un mésusage de ce liquide précieux. « Ici, tout le monde a conscience de l’importance de l’eau. C’est la raréfaction de ce liquide qui nous poussé à quitter nos villages pour venir à Dakar loin de nos parents. Durant la saison des pluies, je fais des excavations pour récupérer le maximum d’eau pour un usage s’étalant sur un minimum de six moins. La remontée de la nappe phréatique me facilite les choses », s’exprime le producteur.
Un peu plus au Nord, sur les bas-côtés de la route de Cambérène, juste après l’Ecole nationale de Formation en Horticulture, d’autres exploitants travaillent paisiblement dans leur jardin. En plus de ces « céannes », à une période de l’année, ils ont recours aux eaux usées traitées par l’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas). « Au mois de mai, les eaux des nappes deviennent salées. A partir de cette période, l’ONAS nous fournit les eaux usées traitées qui nous permettent d’avoir plusieurs récoltes avec peu d’eau », se félicite Fatma Bâ.
La pêche en eau trouble
La vie continue, près des « céannes », mais au bout d’un filet à épervier. Au milieu d’un bosquet, des fumées s’échappent des huttes en raphias. Près de la piste, Joseph Bora, les jambes allongées, discute avec un ses camarades. Ce dernier rapièce le filet à épervier. Depuis plus de cinq ans, leur vie est liée au Technopole. « Je peux gagner 2.500 francs Cfa, 3000 francs Cfa, voire 6.000 francs Cfa par jour après la vente des poissons », révèle, Joseph Bora, un sénégalais originaire de la région d’Oussouye, au Sud du Sénégal. Leur activité est menacée. La population de typha explose au milieu des cours d’eau. C’est la menace anthropique. Au loin, au bout de la grande piste latéritique qui s’étire vers la grande mare, sur un coin faisant office de poste de débarquement, Moussa Kamara, les filets à la main, sort de la vase. Agé 67 ans, il remonte difficilement la berge. Il est trempé jusqu’aux os. Le sexagénaire est d’un abord facile. Un sentiment de désastre l’enserre. « Depuis 15 ans, je pêche dans les mares du Technopole. Je gagne 2.000 francs Cfa, 3.000 ou 5.000 francs Cfa par jour. Depuis mon départ à la retraite, je ne vis que de cette activité. Aujourd’hui, nous avons des craintes relatives à la construction de l’Arène nationale. Nous devons continuer à nous organiser pour trouver un terrain d’entente avec les autorités », confesse Moussa Kamara, un ancien militaire sénégalais. Augustin Gomez un autre pêcheur n’a que des prières pour que le projet ne voit pas le jour sur des points qui vont perturber l’écosystème. Le choix du site a suscité une controverse entre les autorités et des habitants ou associations. Même si le projet a ses défenseurs, l’Etat poursuit le dialogue et cherche un « site consensuel » pour reprendre la formule du Premier ministre Aminata Touré dans sa Déclaration de politique générale en octobre 2013.
Sur le point le plus avancé dans la grande mare, plus de dix pêcheurs raccommodent cinq filets. Tous les jours, ils se retrouvent sur les différentes mares pour traquer les poissons. Au fil des années, ils s’emploient à la protection de ce site. « Les pêcheurs qui sont ici ont, à plusieurs reprises, renvoyé des charretiers qui veulent transformer ce site en dépotoirs d’ordures. Nous savons que si l’eau est polluée, il n’y aura plus de poissons dans ces mares. Nous devons la protéger, cette eau parce c’est ici que nous tirons nos revenus », rapporte Antoine Lambal.
Sur cette pointe, nous avons le regard suspendu sur les légers mouvements ondulatoires de l’eau. Des bandes d’oiseaux survolent la grande mare et se reposent paresseusement. Plus de 172 espèces d’oiseaux menacés y vivent. Une colonie de goélands attire des visiteurs. Des spatules, des barges volent et se retournent. Leur présence est indissociable avec la disponibilité des mares. Dès lors, nous comprenons l’attraction que le site exerce sur les scientifiques et sur les touristes. La nature, ici, est poésie. Oui, parce qu’elle est vie, dans toute sa splendeur. « Nous appelons nos partenaires de la Société civile à faire un lobbying pour maintenir cette zone humide et sauver des oiseaux migrateurs », prêche le Directeur des Parcs nationaux du Sénégal, Soulèye Ndiaye.

Les graines de l’éveil d’une conscience environnementale
Un élan pour la nature. Un vaste de mouvement de sympathie pour préserver la vie. Les organisations de défense de l’environnement, l’Association des étudiants diplômés de l’Institut des sciences de l’environnement, des organismes intervenants dans le domaine de l’environnement, les maraîchers, les riverains avaient fait front commun contre ce projet de construction de l’Arène nationale par la République de Chine au profit de l’Etat sénégalais. Les menaces sur cette zone humide sont encore en débats, dans un processus de concertations pour trouver une solution consensuelle.

Le président Macky Sall au chevet Des Niayes
En plus des espèces guinéennes, on y retrouve des espèces dominantes comme Chloris barbata, Cenchrus biflorus, Dactyloctenium aegyptium, Phragmistes australis, Avicennia germinans, Typha domingensis, Tamarix senegalensis recensées par Nadia Tih, dans le cadre de la réalisation de son mémoire de Master II en sciences de l’environnement en 2013. Le Technopole est l’un des rares sites dakarois de concentration de la biodiversité, une sorte de hotspot pour reprendre la formule de nos professeurs de l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Mais, pour combien de temps ces mares et ces lacs seront-ils encore les sources de vie pour les hommes, les oiseaux, et les espèces végétales ? Personne ne le sait. La progression des habitats et l’expansion des grands travaux ont déjà perturbé les écoulements des mares. Les maraichers, les pêcheurs, les environnementalistes et les organismes se battent pour sa sauvegarde. Le président de la République, Macky Sall, conscient des fonctions économiques, écologiques, et sociales, a invité les services compétents à sauver les Niayes qui est le grand ensemble où se trouve le technopole. « Pour faire face à ce phénomène d’émiettement continu des terres de cultures dans cette zone des Niayes, le président de la République a décidé de mettre en application une réglementation adaptée, qui va désormais organiser la non-cessibilité des assiettes foncières pour usage d’habitation », lit-on dans le communiqué du Conseil des ministres publié dans l’édition du « Soleil » datée du jeudi 15 mai 2014.
Le technopole fait partie des Niayes qui fournissent 80 % de la production totale des légumes aux marchés de Dakar et de l’intérieur du Sénégal selon l’étude intitulée : « Manuel des bonnes pratiques de l’utilisation saine des eaux usées dans l’agriculture urbaine ».