Villages lacustres de Vecky: Si près et si loin de l’eau

L’eau potable existe à Vecky. Mais, elle est malheureusement encore mal distribuée et en quantité insuffisante. Les populations s’adaptent aux contraintes diverses avec de nombreuses conséquences sur les plans sanitaire, social et économique.          

A. P. Virgil HOUESSOU (RJBEA/Bénin)Article 1 Virgil

« Devant moi les gens abandonnent l’eau potable de la fontaine pour boire l’eau de la rivière, même quand je leur refuse cela ». C’est visiblement résignée et impuissante que Solange Godonou Dossou Kokoyè, infirmière au centre de santé Béthel de Vecky Daho, expose son désarroi face aux comportements des populations. Depuis vingt ans, elle est témoin de ce paradoxe pendant chaque période de crue. Notre entretien se déroule à une dizaine de mètres du cours d’eau, un groupe de gamins barbote dans la rivière. A quelques pas, une maman se lave avec son enfant au savon et y fera sûrement sa toilette intime. Sur et sous cette même eau de la rivière, circulent, par des pirogues cargo, des bidons d’essence de la contrebande en provenance du Nigéria. Des débris de tronc d’arbre et des détritus ménagers planent sur l’eau  et jonchent les abords immédiats de l’eau. Le retrait très récent de la crue a laissé sur l’ensemble de la berge, un mélange de boue et de bouses de bovins qui dégage une odeur fétide. Pendant la période de la crue – d’août à novembre de chaque année – de nombreuses personnes laissent l’eau potable de la pompe pour se servir de l’eau de la rivière pour toutes sortes d’usage domestique. Même pour la boisson. « Selon eux, si on dit que l’eau de la fontaine n’est pas salée et qu’on la considère comme potable, il n’y a pas de doute que l’eau de la rivière ou du lac qui n’est pas non plus salée, mais douce pendant la crue, doit être aussi potable », explique l’infirmière. Rémi Tognini, le gestionnaire du seul point d’eau potable des deux villages, appuie sans étonnement : « C’est une pratique fréquente chez nous », dit-il en se référant à l’histoire du village et du forage de la fontaine. Joachim Hègbé, Chef du village de Vecky Dogbodji, raconte: « Avant que l’archevêché de Cotonou ne vienne nous faire ce forage, il y a vingt ans, c’est un bas-fonds appelé ‘’Dan-to’’, creusé par nos grands-parents, un peu loin du canal, qui nous fournissait de l’eau pour tous types d’usages». « Cette eau était souvent trouble ou bien tarissait en saison sèche. Ce qui conduisait nos parents à recourir à l’eau du canal pour suppléer au manque », poursuit-il. La tendance à adopter encore aujourd’hui ces mêmes habitudes laissent des dégâts. Des dizaines de cas de diarrhée sont observées lors de la dernière de la crue, reconnaît l’infirmière. « Hors période de crue, nous ne recevons pas des cas de diarrhée liés à l’eau », avoue-t-elle. Le Chef du service Eau, Hygiène et Assainissement  de la mairie de So-Ava compte sur les partenaires techniques et financiers pour aider à l’élaboration d’un plan pour servir de guide de sensibilisation.  En attendant, la résistance continue malgré le temps et aux séances de sensibilisation animées par les ONG sur l’eau potable et l’assainissement.

De l’eau insuffisante et mal distribuée

Une résistance que favorise aussi la faible couverture en eau potable des villages de Vecky Dogbodji et de Vecky Daho. Une seule fontaine – presque centrée entre Vecky Dogbodji et Vecky Daho, distants de moins de cent mètres et séparés par la rivière Sô – pour servir plus de …….. âmes réparties entre plusieurs villages de part et d’autre des deux rives. Les difficultés d’approvisionnement sont alors nombreuses. « La fontaine est à un seul endroit et il n’y a pas de canalisation », se plaint Rémi Tognini. Certaines personnes viennent de Vecky Nouvi, à deux kilomètres de la fontaine pour s’approvisionner par la pirogue.  Des bagarres naissent souvent entre les femmes et entre les enfants. Des bagarres qui menacent même parfois la cohabitation entre les villages bénéficiaires. « Aux heures de pointe, les matins et les soirs, tout le monde veut se faire servir au même moment et des conflits naissent », témoigne le gestionnaire de la fontaine. Pour éviter ces conflits, une ramification artisanale est faite vers un point d’eau annexe au milieu de la rivière. Ce qui facilite la tâche aux populations de Vecky Daho et ailleurs se servent de pirogues pour l’approvisionnement en eau. Malgré cela, l’absence du chef de famille, aller loin sur le lac pêcher des poissons avec la pirogue, amène les femmes et les enfants à se servir de l’eau du canal pour les besoins. La situation devient plus complexe quand l’eau de la fontaine cesse parfois de couler – la source d’énergie pour son fonctionnement étant un panneau solaire de faible capacité qui tombe très souvent en panne. Pas de soleil donc, pas d’eau donc. La fontaine n’étant pas gérée par la communauté, mais par l’archevêché, il faut attendre la décision des autorités religieuses. Recours donc aux corvées d’eau par la pirogue. Cap est mis sur les sources alternatives d’eau potable à Ganvié, Sô-Tchanhoué, Sô-Zounko, Sô-Ava. Plusieurs kilomètres à parcourir, un rationnement de l’eau potable. «  Il nous faut quatre heures pour l’aller-retour et nous devons payer les piroguiers. Cela revient donc cher », avoue Bina Avocètien, une ménagère. Le chef du village l’appuie « Quand il y a panne, c’est l’eau du canal que nous essayons de désinfecter avec de l’alun pour la boisson et les besoins domestiques. Pour ceux qui n’ont pas une pirogue ou les moyens financiers d’aller s’approvisionner si loin, c’est le recours immédiat à l’eau de la rivière ». Parfois sans désinfection. L’absence de l’eau a aussi des répercussions sur l’économie locale. Yvette Anaboui, ménagère, vend du thé et autres divers pour subvenir aux besoins de la famille « Sans eau, il n’y a pas de thé à vendre. Le temps de perdre quatre heure pour aller chercher de l’eau le matin agit sur le service aux clients et mes revenus diminuent », reconnaît-elle.

L’espoir est permis…

Face à ce tableau sombre que présente Vecky, entouré, comme tous les autres villages, par la rivière Sô, le fleuve Ouémé et le lac Ahémé,  Aminou Atindékoun, Chef Service Eau, Hygiène et Assainissement de la mairie de Sô-Ava, établit le contraste : « Sô-Ava est une commune lacustre où l’eau ne devrait pas poser problème, mais notre problème majeure, c’est l’eau ». « Nous n’avons pas de l’eau de qualité », poursuit-il. La plupart des infrastructures de fourniture d’eau potable érigées dans la commune – d’ailleurs insuffisantes – sont en panne. Le taux de desserte de la commune en eau potable est de moins de 19% contre une moyenne nationale de 62%. Quelques initiatives en cours pourront changer les données dans les mois à venir. Fin novembre dernier, il y a eu la remise de chantier de 6 AEV pour renforcer la capacité d’approvisionnement en eau de la commune. L’ambition, selon le Chef service Eau, Hygiène et Assainissement est de parvenir à 40%. Mais par manque de moyens, la commune doit compter sur l’aide extérieure. Les partenaires techniques et financiers se faisant désirer.

 

 

 

 

 

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