Gestion des ressources hydriques : De la nécessité de jeter les ponts de coopération sur les eaux partagées

Idrissa SANE (Dakar/Sénégal) 

 Le premier Ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne a lancé un appel pour construire les ponts de coopération sur la gestion des eaux partagées. Il a présidé ce mardi 5 avril 2016 le panel mondial sur l’eau et paix.

Les membres du panel au cours de la rencontre

Les membres du panel au cours de la rencontre

L’eau la source de stabilité. Le premier Ministre du Sénégal, Mahammed Boun Abdallah Dionne invite à l’amorce d’un virage où les pays vont jeter des ponts de coopération sur les ressources hydriques partagées. Le chef du gouvernement a fait ce plaidoyer le mardi 5 avril lors de l’ouverture du Panel mondial sur l’eau et la paix créé en novembre 2015 à l’initiative de la Suisse et d’autres pays comme le Sénégal. « Il s’agira d’amorcer un partenariat mondial visant à faire de l’eau un instrument de paix et non une source de potentiels conflits et crises », a lancé le chef du gouvernement qui était entouré par l’ancien président de la Slovénie, Danilo Turk,  du président du Groupe stratégique et prospectives, Sundeep Waslekar et du ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement du Sénégal, Mansour Faye.  Face aux incertitudes qui pourraient naître de la rareté de cette ressource, il serait judicieux selon le premier Ministre de sensibiliser les décideurs sur les rapports entre l’eau et la paix. C’est tout le sens qu’il faudra donner à l’engagement du président de la République d’introduire pour la première fois cette problématique au Conseil de sécurité de l’Onu. Il est impérieux d’entreprendre une initiative politique de haut niveau pour  plus de prise de conscience de la corrélation entre l’eau et la paix. « C’est le sens qu’il faut donner à la décision du président de la République de son Excellence, Macky Sall d’introduire la thématique eau, paix et sécurité dans l’agenda du Conseil de sécurité des  Nations Unies », a évoqué le chef du gouvernement.  Cette volonté politique est fondée sur l’occurrence des conflits et des crises qui sont directement ou indirectement liés à la gestion ou à la rareté de cette ressource. Selon les statistiques des institutions internationales 70 foyers de tension dans le monde ont pour racine la répartition ou la gestion des ressources hydriques entre les pays ou au sein des pays. Déjà en 1995, la Banque mondiale attirait l’attention de la communauté internationale en ces termes : « le pétrole a été à l’origine  de nombreux conflits lors du  siècle écoulé, ainsi l’eau sera la source des conflits dans le siècle à venir ». Cette prédiction alarmiste est malheureusement confirmée par  les Nations Unies. Aujourd’hui plus que par le passé, les conditions sont  plus favorables pour que l’eau déclenche plus de crises et de conflits et jette des milliers de personnes sur le chemin de l’émigration.

L’eau, une nouvelle arme de guerre

L’humanité doit s’attendre à des flux migratoires de l’ordre de 150 à 200 millions de personnes entraînés par des pénuries du liquide précieux. « La dialectique paix et eau ne date pas certainement d’aujourd’hui. Cependant elle est assurément plus prégnante dans le contexte actuel où la raréfaction  de l’eau semble être inéluctable du fait des changements climatiques et de la rareté de l’eau et de l’accroissement démographique », a estimé le premier Ministre. A ces facteurs, les intervenants ajoutent les foyers de tension, le terrorisme à travers le monde. Les groupes terroristes se servent déjà cette ressource comme une arme de guerre pour mettre la pression sur les populations et sur  les camps adverses. « Entre 150 et 200 millions de personnes devraient migrer à cause des pénuries d’eau d’ici à 2050. Il s’y ajoute que l’eau et les infrastructures sont utilisées comme une arme de guerre lors des conflits armés et des attaques terroristes », a relevé le chef du gouvernement.  La résolution de ces problèmes passe aussi par l’actualisation des textes juridiques afin d’avoir des instruments qui vont prendre en aval les obstacles à la gestion concertée des eaux partagées. « Nous devons œuvrer  au renforcement  du régime juridique international  pour protéger des ressources hydriques en particulier dans des zones en conflit. Ainsi nous apporterons une contribution de l’objectif  6 ODD lié à la sécurité de l’eau », a préconisé Mahammed Boun Abdallah Dionne. En tout état de cause, l’ancien président de la Slovénie, Danilo Turk estime qu’il faut aller vers des solutions concrètes pour prévenir les crises. Il a lancé : « Il faut comprendre les efforts mais aussi il faut résoudre les problèmes ».

 

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