Les Clubs avocats de l’eau en milieu scolaire: Un dispositif original de combat efficace contre les maladies hydriques

Alain TOSSOUNON (RJBEA-Bénin)

Photo Typpi tap 1Tuer le mal à la racine. C’est tout le sens du combat que le Partenariat National de l’Eau du Bénin (PNE-Bénin) et l’ONG Protos mènent  à travers la mise en place des Clubs avocats de l’eau au sein de certaines  écoles. Une initiative qui fait école avec les nombreux acquis enregistrés et son impact sur la santé des enfants et de leurs familles. 

Fanou Salem est une écolière, âgée de huit ans, en classe de CM2 à l’école primaire Yénawa-Aivedji dans la commune de Lokossa. Mais, contrairement à ses camarades de classe, elle se présente comme une avocate. Non pour défendre ses camarades de classe devant une cour mais pour les prémunir de tous les risques liés à la mauvaise hygiène de l’eau. Comme deux de ses  camarades  membres du même club, elle nous décrit sans bégaiement, l’essentiel de sa mission de défense. «Mon rôle est d’aller voir si les toilettes sont propres,  et de dire à mes camarades s’ils quittent les toilettes, de se laver les mains». Ce rôle-là, la petite Salem l’a intégré et s’emploie chaque jour, à “discipliner” ses camarades avec l’aide des deux autres membres du club et de leur enseignant. Et quand on lui demande pourquoi devrait-on garder les toilettes propres et se laver les mains à la sortie des toilettes, elle répond sans hésiter: «quand on se lave les mains, on ne tombe plus malade, on n’a plus la diarrhée, le vomissement, le choléra». Une leçon bien sue grâce aux enseignements de son maitre et de sa directrice d’école,  témoin vivant d’une initiative qui a pris corps quand elle était encore directrice dans cette école créée en 2007 et qui comptait en 2012, 420 élèves dont 185 filles.  Se prêtant à un exercice de mémoire, elle raconte avec beaucoup d’émotion comment cette initiative a commencé dans cette école. Tout est parti de l’expression de nos besoins au Partenariat National de l’Eau et à l’ONG Protos en matière d’eau et d’hygiène alors même que l’école ne disposait pas de l’eau.  Grace à ce partenariat salvateur, l’école dispose désormais non seulement de l’eau courante mais d’un bloc de latrines. Et en dehors des infrastructures, l’initiative de la mise en place des clubs avocats de l’eau dans chaque classe va faire son chemin avec sur le plan pédagogique, des enseignements sur les bons comportements et bonnes pratiques en matière d’hygiène et d’assainissement. Devenu un acquis dans cette école pilote, aujourd’hui encore les enfants de cette école reçoivent de leurs enseignants, les bonnes leçons et conseils pratiques pour se prémunir de maladies liées à la mauvaise hygiène de l’eau. Dans chaque classe, le responsable du club en superviseure, veille à la propreté de la classe, le deuxième membre veille à la disponibilité de l’eau et le troisième, reste le gendarme de l’hygiène veillant à ce que les camarades se lavent les mains aux moments critiques (avant et après avoir mangé pendant la récréation, et après les toilettes). Les 3 avocats de l’eau jouent un rôle de chiens de garde, assurent la vigie et signalent les camarades indélicats à l’enseignant.  Dans cette école, rien ne se perd. L’urine des enfants est recueillie pour être utilisée dans un jardin au sein de l’école. Un processus en marche, qui constitue le fruit d’un accompagnement de Protos et PNE-Bénin et des sessions de renforcement de capacités des enseignants engagés dans ce combat contre les mauvais comportements en matière d’hygiène en milieu scolaire. L’enseignement donné en classe est fait de situations d’apprentissage qui mettent les écoliers en face des réalités vécues et quotidiennes et sur la base d’un guide conçu sur l’hygiène et l’assainissement, des bandes dessinées qui sensibilisent sur les bonnes pratiques, le non gaspillage de l’eau… Aujourd’hui, au-delà de l’appropriation des bonnes pratiques et bons comportements,  le génie de l’école a inventé un dispositif de lavage des mains à l’eau et au savon original, facile à réaliser et à moindre coût appelé “Tippy-Tap”.

Des résultats au-delà des espérances

Même récente, l’initiative du PNE-Bénin et de Protos dans cette école et dans les autres ciblées pour l’expérimentation, porte ses fruits. Et les acquis sont indéniables. Les témoignages des enseignants renseignent fort bien sur les effets et impacts enregistrés. Avant son départ de l’école pour une autre, la directrice Victoire Agbogbo qui a vécu les premiers, raconte: «avant l’expérience, il n’y a pas de semaine où nous n’enregistrons pas de cas de vomissement ou de maux de ventre. Au total, 20 à 30 cas».Mais, la mise en place du club et l’ardent travail des petits avocats auront produit des résultats significatifs. «Avec cette expérience, le nombre de cas a considérablement diminué. On est passé à 3 ou 5 cas par semaine», soutient la directrice. Devenus défenseurs de la propreté, les enfants maintiennent leur entourage bien propre. Ce qui leur a valu un prix scolaire sanitaire qui fait la fierté des responsables de l’école mais aussi des écoliers désormais pionniers et acteurs d’une initiative qui fait école. Et ce n’est pas tout, dans leurs familles respectives les enfants issus de l’école ne manquent pas de “rappeler à l’ordre”, leurs parents à la maison. Résultat, les bons comportements de l’école se déteignent dans les familles impactant un plus grand nombre de personnes. Face aux résultats probants, écoliers et enseignants n’entendent pas s’arrêter et ambitionnent d’aller plus loin. «L’administration étant une continuité, nous allons continuer à travailler et nous souhaitons que tous ces enseignements soient inscrits dans l’agenda des enseignants candidats à la pratique du CAP», rassure l’actuel directeur Grégoire Dégbé.

Quid des Clubs des enfants Avocats de l’Eau 

Les ” Clubs d’Enfants Avocats de l’eau ” dont le fonctionnement est basé sur un système d’éducation par les pairs, est une initiative mise en place par école pilote, pour renforcer les compétences développées chez les enfants, au sein de l’école et dans leurs familles respectives. Ces écoles pilotes sont également dotées d’ouvrages simples d’approvisionnement en eau potable (postes d’eau potable) et de dispositifs adéquats d’assainissement de base (latrines, dispositifs de lavage des mains, etc.). Les clubs Avocats de l’eau sont des groupes de trois élèves constitués au sein de chaque classe, ayant chacun un rôle bien défini. On distingue un président du club qui est chargé du suivi du bon fonctionnement du club ; un responsable Eau qui est chargé du suivi de la bonne gestion du poste d’eau potable de la classe et de son entretien, et enfin le troisième est le responsable hygiène et assainissement, chargé de la propreté de la classe, et du respect des règles d’hygiène et surtout du lavage des mains chez ses camarades.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: