Ndeye Mingué Ndiaye Gacko sur la menstruation : « Tout ce qui concerne le sexe en général en Afrique est entouré de tabou… »

Honte, stress, crainte, tabous, silence…voilà autant de maux, qui entourent la gestion de l’hygiène menstruelle dans nos sociétés africaines. Coordinatrice de la Cellule genre au Ministère de la santé et de l’action Sociale du Sénégal, Mme Ndeye Mingué Ndiaye Gacko parle dans cette interview, de l’importance de la menstruation dans la vie d’une jeune fille et du rôle des parents dans la gestion de l’hygiène menstruelle au terme de la table ronde organisée par Onu femmes de Dakar et le Wsscc dans le cadre de AfricaSan 4.

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Quelle est l’enjeu de cette table ronde qui tourne autour de la menstruation?

Ce qui nous réunit ici est l’hygiène menstruelle. Ce que toute femme doit avoir dans sa vie. C’est un moment crucial dans la vie d’une femme parce que la femme de façon biologique est celle qui régénère la nature. Biologiquement, c’est elle qui porte une grossesse. Et pour porter cette grossesse, il faut d’abord que la fille commence par avoir ses règles. Chez nous au Sénégal « lorsqu’une fille a ses règles, on dit qu’elle n’est plus une jeune fille. Elle rentre dans la vie adulte ». Elle a donc commencé par avoir ce qu’on appelle « ovulation » qui est en fait le moment où quand elle fait des rapports sexuels, elle a tous les risques d’avoir une grossesse.

Tabou, honte, stress,  silence, crainte… entoure les menstruations. Comment peut-on briser ces barrières pour permettre à la jeune fille et aux femmes d’être plus à l’aise pendant cette période et pouvoir échanger librement ?

C’est parce qu’il s’agit de sexe que cette question est entourée de tous ces mythes. Tout ce qui concerne le sexe en général en Afrique est entouré de tabou et de croyances socioculturelles. D’abord, parce que dans nos cultures, ce qui accompagne la femme dans sa vie de progéniture est comme un cercle vicieux entouré d’une palissade où personne ne doit rentrer sauf les femmes. Mais avec l’évolution d’aujourd’hui (l’avènement des TIC…), il y a beaucoup de choses qu’il faut laisser en rade, prendre ce qui essentiel dans la culture et dégager ce qui n’est pas essentiel afin d’éviter certaines situations. Le monde d’antan n’est pas celui d’aujourd’hui. Lorsque nous étions encore petits, mes parents nous disaient ceci : « Si vous avez vos règles et vous saluez un homme, vous tomberez enceinte ». Tout le monde sait que ce n’est pas possible de cette manière. Avec la modernisation, les filles savent souvent tout. Elles apprennent le cycle mensuel soit à l’école, soit sur le net. Donc, elles savent de quoi il s’agit. Si les mamans ne leur parlent pas, ce sont les amis qui vont le faire, ou c’est l’internet ou la rue. Les temps ont changé. C’est pourquoi il faut essayer de lever tous ces tabous en parlant aux filles.

Selon vous, comment doit-on aborder la question avec les filles ?

Nous sommes dans un milieu familial. Je prends d’abord le coté urbain où les enfants vont souvent à l’école. Papa et maman doivent leur parler. Ils ont un rôle prépondérant à jouer afin de lever ces tabous. On dit souvent que même si tu as un répétiteur chez toi, l’enfant comprend mieux ce que tu lui dis quand le message vient du parent. Cette relation entre parents et enfant peut régler beaucoup de choses et l’enfant sera plus apte à recevoir. Démystifier un peu pour les enfants et leur donner des conseils qui leur permettront d’éviter des situations désastreuses et de prendre en charge la santé de la reproduction où il y a beaucoup de choses à comprendre. L’école fait son travail mais les parents doivent jouer leur rôle.

Le manque d’infrastructures dans les écoles amène souvent les filles à rester à la maison pendant leur menstruation.  Que faut-il faire pour remédier à cette situation ?

Il faut un engagement des pouvoirs publics. Nous avons osé aujourd’hui à faire l’audit genre dans notre département. C’est grâce à notre autorité de tutelle qui a créé un conseil technique sur cette thématique et qui a également demandé à tous les partenaires de nous accompagner dans le processus.  Aujourd’hui, nous sommes motivés à aller loin et à atteindre nos objectifs. Les politiques doivent prendre en charge cette question et mettre en place des programmes spécifiques. La volonté politique dépendra également des orientations stratégiques mises en place.

Propos recueillis par Makéba TCHIBOZO

 

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