Gestion de l’hygiène menstruelle (GHM) : Des esquisses de solutions pour briser les tabous

Idrissa SANE (Dakar)
La déconstruction des préjugés qui entourent les menstruations est le sujet de préoccupation des organisations commune Onu-femmes et le Conseil de concertation pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement (Wsscc) , qui ont organisé un panel sur cette problématique. Les intervenants ont invité les mères à aborder le sujet avec leurs filles. Ils ont aussi suggéré l’élaboration d’un argumentaire convainquant et la formation des enseignants. Certains pensent que l’école est une bonne porte d’entrée pour poser le débat.

Une forte mobilisation des femmes militantes et acteurs du secteur WASH

Une forte mobilisation des femmes militantes et acteurs du secteur WASH

Le débat est désormais posé sur la Gestion de l’hygiène menstruelle rompant ainsi avec le silence qui entourait cette question. « Il y a un problème de communication qui se pose sur des choses normales. Il faut élaborer un bon argumentaire de communication. Il nous faut des arguments convainquants », suggère la chargée de l’égalité des genres au Ministère de la Femme, de Famille et de l’Enfance, Absa Wade.
La députée Awa Diagne abonde dans le même sens en mettant l’accent sur l’intensification dans la sensibilisation. Il propose comme porte d’entrée l’école. « Je pense que nous devons parler de la gestion des menstruations dans les établissements scolaires », plaide la députée. Mais il y a un préalable : la formation des éducateurs alors que d’autres intervenants pensent qu’il faut poser le débat au sein de l’espace familial. « En Afrique tout se décline en termes de problèmes. Nous devons transformer ces problèmes en opportunités, il faudra qu’on accepte de parler et d’en parler», a argumenté la directrice régionale de WaterAid, Marième Dem.
Le représentant du ministre de l’hydraulique et de l’assainissement, M. Ly invite les uns et les autres, à prendre en compte le contexte. Il a rappelé que 6 pays africains atteindront les Omds liés à l’assainissement. « Les menstruations sont des problématiques nouvelles. Dans tous les cas, elles ne doivent pas être des tabous pour l’Etat. Nous devons travailler à les prendre en considération », a laissé entendre M. Ly, directeur de Cabinet du ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement.

Le Directeur exécutif du Wsscc, Christ Williams délivrant son message

Le Directeur exécutif du Wsscc, Christ Williams délivrant son message

L’un des consultants, M. Kébé est revenu sur le drame que vivent les jeunes filles durant ces périodes. Dans plusieurs contrées, reculées, elles sont à la mise à l’écart de leur famille. « Les menstruations sont synonymes d’isolement, d’exclusion, de restriction alimentaire. Les écoles favorisent l’absentéisme de filles car elles n’ont pas de toilettes réservées aux filles », fait remarquer M. Kébé. Selon une récente étude réalisée à Louga, 36 % des personnes interrogées vont rarement à l’école et de 68 % partent rarement aux champs, ou chercher de l’eau ou ramasser du bois lorsqu’elles sont en règles.
L’organisation de ce panel se tient dans un contexte où deux études réalisées dans les régions de Kédougou et de Louga viennent d’être rendues publiques. Elles révèlent toutes la persistance des tabous un fait biologique logique. Selon l’enquête menée dans la région de Kédougou près des deux tiers (65, 2 %) des enquêtées ont indiqué n’avoir jamais interrogé qui que ce soit au sujet des menstruations. « Les règles sont tabous dans la région, les jeunes filles et femmes ne consultent qu’en cas de retard ou de perturbation de leur cycle menstruel et de leurs inquiétudes portent sur d’éventuelles grossesses », rapporte un gynécologue de la région. Au total, 85, 6 % des jeunes filles et femmes interrogées ont exprimé le besoin d’avoir plus d’informations sur les menstruations. Il est apparu dès leurs premières règles, les mères au lieu de donner la bonne information à leurs filles, les mette en garde contre la compagnie avec des hommes. « Généralement les premières explications données aux filles concernent d’une part la protection hygiénique qui permettra d’absorber le sang et d’autre part le risque de grossesse. Elles interdisent aux jeunes filles la compagnie des hommes pour éviter qu’elles ne tombent enceintes », indique l’étude.
La persistance des préjugés a poussé les organisations de la société civile et les organismes à poser le débat sur ce sujet tabou. Les intervenants ne se font pas d’illusion, il faudra encore plus de temps pour changer les mentalités. « Nous sommes présents en Afrique de l’Ouest parce qu’il y a encore les tabous sur ces sujets. C’est difficile mais nous devons essayer d’en parler », reconnaît Dr Christ Williams, directeur exécutif de Wsscc.
Idrissa SANE

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