AMADOU DIALLO COORDONNATEUR DU PEPAM : «Pour évoluer dans l’assainissement, on a besoin de ressources nouvelles, de système alternatif de financement et d’une clarification du cadre institutionnel»

Par Jacques Ngor SARR (Dakar)
Le Sénégal a atteint les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et les a légèrement dépassés pour ce qui concerne l’accès à l’eau. Toutefois, il est confronté à un notre autre défis : celui de l’assainissement. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le coordonnateur national du programme eau potable du millénaire (PEPAM) Amadou Diallo qui a expliqué ce retard reste convaincu que «pour évoluer vite dans l’assainissement, on a besoin de ressources nouvelles, de système alternatif de financement et d’une clarification du cadre institutionnel».

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Pouvez-vous nous faire le bilan des réalisations du Sénégal en eau potable et en assainissement ?

Vous savez en 2004- 2005, le Sénégal avait pris une initiative très importante sur l’approche, le paradigme même pour gérer le secteur de l’eau et de l’assainissement et cela a coïncidé avec le lancement au niveau internationale pour l’initiative pour l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Dans Ce cadre, il était question de réduire de 50%, le pourcentage des populations qui n’avaient pas accès à des services adéquats pour améliorer l’eau potable et l’assainissement. Au Sénégal à l’époque, on avait fait beaucoup d’avancées dans le cadre de l’hydraulique urbain avec la réforme de 1995-96, mais il restait des défis importants en matière d’hydraulique rural mais aussi en matière d’assainissement rural qui n’étaient pas suffisamment élevés au rang de priorité. Donc nous avons faits les études de bases et fixer les objectifs pour les OMD : 82 % des taux d’accès améliorés à l’eau en milieu rural, on devrait atteindre 88% de taux d’accès par branchement en milieu urbain et viser l’universel.
Pour l’assainissement, on devrait atteindre les 63% en milieu rural et en milieu urbain l‘objectif est d’atteindre 78% de taux d’accès plus les objectifs en matière de traitement et de dépollution. Ce programme d’investissement était chiffré à l’époque à 677 milliards sur les 10 du programme et les partenaires techniques et financiers ont beaucoup soutenus les collectivités locales et chaque année nous avons fait le point des réalisations. Avec la dernière revue, nous avons constaté que le Sénégal a atteint les OMD pour le volet eau potable. Nous avons mobilisé beaucoup de ressources financières et développer beaucoup de projets et programmes. Nous avons pu atteindre 84,1% de taux d’accès global en milieu rural avec un accès par les robinets et les branchements qu’on a estimé à 70 %. Ce qui est un résultat important. Avec l’ensemble des branchements sociaux subventionnés qu’on a réalisé en milieu urbain, surtout à Dakar, on est à 78 % de taux d’accès global. Dans les autres centres hors de Dakar, l’objectif était d’atteindre 79 %, le taux a été légèrement dépassé. Donc pour l’eau, le Sénégal a atteint les OMD et les a légèrement dépassés.
Pourtant malgré ces chiffres, on ne peut plus satisfaisant, on entend les populations évoquer souvent le manque d’eau potable aussi bien en milieu rural qu’urbain. Où se trouve réellement le problème ?
Je dis souvent : plus on avance vers la fourniture de service d’eau potable et d’assainissement, plus on touche du monde, plus ceux qui n’ont pas accès à l’eau également se sentent exclus et trouvent important de dire également que nous n’avons pas accès à l’eau. Parce que dire aujourd’hui qu’au Sénégal, il y a 84% de taux d’accès avec 70% par les forages motorisés, cela veut dire qu’il y a 16% de la population en milieu rural qui n’a pas accès à l’eau. Mais il ne faut pas négliger ces 16% parce qu’elle boive de l’eau non potable et ça c’est un danger. Si on regarde seulement ceux qui ont de l’eau par des robinets à partir des forages et des stations de traitements, on est à 70%. C’est-à-dire qu’il y a 30% de la population en milieu rural qui n’a pas accès à l’eau avec des robinets. Donc c’est soit des puits traditionnels ou des puits modernes. Il y a donc des efforts à faire. L’autre chose qu’on doit comprendre, c’est qu’il y a l’accès mais également la continuité du service. Quand une installation est en panne, pendant toute la durée, le service est arrêté, donc les populations pendant ce temps n’ont pas d’eau. Il y a donc des efforts à faire, et c’est pour cela que le gouvernement a aussi travaillé à la réforme de l’hydraulique rurale. Cette réforme veut impliquer davantage le secteur privé dans le cadre de délégation de service public. Elle est très avancée, et nous permettra non seulement d’entretenir les ouvrages dans d’excellentes qualités mais aussi de confier la gestion au secteur privé qui aura un contrat de performance et de travailler beaucoup sur la régulation du secteur. Mais aussi travailler pour les questions d’appui conseil pour que les populations en milieu rural aient accès au service mais également à un service de qualité.
Quant est ce que ces projets prendront leur envol pour régler définitivement le problème ?
Vous savez dans ces secteurs, les projets sont mis en œuvre de façon continue parce que tous les jours la population augmente, la demande augmente, mais aussi l’exigence de qualité. De ce faite, nous avons toujours des projets qui tendent à desservir les villages, mais aussi nous avons une nécessité d’améliorer la qualité de service. Au moment où je vous parle, nous avons un financement de l’union européenne qui a démarré pour toucher les régions de Tamba, de Kolda et de Sédhiou pour desservir les populations avec 50 forages équipés. Nous avons aussi un financement de la Banque Africaine de développement de presque 29 milliards qui vient de démarrer pour réaliser une quarantaine de forages avec des châteaux d’eau de réseau. Nous avons également le financement de la Belgique en relation avec le Luxembourg, et nous allons faire 5 systèmes multivillage dans la zone de Louga, non sans oublier l’Usaid qui va développer un guide de programme. Nous pensons que d’ici 2017 tous ces programmes que nous sommes en train de développer nous permettrons d’arriver à un taux d’accès qui va avoisiner 90% et nous allons réduire ces populations qui ont un accès précaire. Pour l’amélioration de la qualité du service, les délégations de service public se mettent en place.
Ces mêmes efforts seront aussi consentis au niveau de Dakar…
Au niveau de Dakar, c’est un centre qui est constitué parmi les 66 construits à la SDE. Il y a un service de qualité le taux d’accès est très important, nous avons l’un des meilleurs taux d’accès en Afrique de l’Ouest, nous avons une eau d’une qualité appréciable. Mais de plus en plus, il y a également des efforts qui sont faits par la SONES pour augmenter la production. Les populations augmentent, la demande en eau augmente. On devait mettre en place des investissements pour produire une eau suffisante et c’est ce que le gouvernement a compris. Aujourd’hui, il y a un programme d’urgence qui va permettre d’injecter 60 000m3 par ville en décembre 2015. Déjà en juin, on devrait injecter 40 000 mètres cubes. Pour le moment, on est à 16 000 m3. Donc ce programme est actuellement mis en œuvre et il y a d’autres beaucoup plus ambitieux que la SONES va mettre en place, avec une troisième usine à Keur Momar Sar qui va être réalisée. La Banque mondiale va nous accompagner pour un financement de 165 millions de dollars qui permettra de réaliser des forages à Tassèk et produire 20 000 m3 jours qui vont être acheminés sur Dakar et ensuite à Thiès. Il y a une certaine vision qui voudrait garantir un approvisionnement en eau correcte jusqu’en 2025 ou 2035 pour garantir la couverture de l’ensemble des besoins.
Certes il y a des efforts remarquables pour le secteur de l’eau. Toutefois l’assainissement constitue un sérieux problème pour le Sénégal qui est loin d’atteindre les OMD. Où se trouve réellement le problème ?

Comme je l’ai dit, l’assainissement pendant longtemps a été un petit composant parfois de certains projets d’eaux. Au début la problématique de l’assainissement n’était pas érigée au rang de priorité. Le niveau de conscience n’était pas aussi élevé, on n’avait encore pas mis l’accent sur ce dialectique important assainissement eau qui sont intimement liées et même au-delà de eau/santé, cette dimension économique de l’assainissement. Les études ont montré qu’en investissement sur l’assainissement, on réduisait très fortement les dépenses que vous consacrez sur la santé. Je pense que cela a été un facteur bloquant pendant des années. L’autre dimension, c’est que l’eau a une valeur marchande. Vous vendez l’eau, les populations achètent, c’est un besoin vital d’avoir de l’eau. En tant que service marchand, il y a un système de recouvrement des coûts pour permettre d’assurer un financement à long terme. L’assainissement essentiellement, c’est des subventions. Lesquelles subventions ne peuvent pas être illimitées. Là également c’est un élément qui a un peu aussi joué. On n’a pas aussi beaucoup de systèmes diversifiés des financements de l’assainissement. Depuis longtemps, c’est la recherche des partenaires techniques et le budget de l’Etat qui ne suffisent pas. Voilà quelques éléments qui ont expliqué un retard au niveau de l’assainissement mais cela est valable au Sénégal comme dans beaucoup de pays. D’après les statistiques, certains pays africains étaient en phase d’atteindre les OMD en assainissement. Cela ne peut pas être une justification pour dire pourquoi on n’a pas fait de résultats. Au Sénégal, on a quant même avancé, on était parti à 26% en 2005, aujourd’hui on n’est pas loin de 40%. 14 points qui sont gagnés pour un secteur qui était largement en retard, il faut reconnaitre que des efforts ont été faits. L’assainissement urbain a également bien évoluée. Maintenant il faut souligner que l’assainissement dans les villes est très complexe parce qu’il y a les investissements qui sont faites, les questions d’urbanisme, d’urbanisation qui se posent, les questions foncières, l’acceptation des populations suivant certains projets. C’est l’exemple de Cambérène qui a connu des difficultés de mise en œuvre. C’est difficiles les questions d’assainissement en milieu urbain, ça coûte cher et on n’a pas un système de recouvrement des coûts qui est aussi évident que l’eau potable. Financer aujourd’hui l’assainissement est très problématique parce que c’est sur le prix de l’eau qu’on finance l’assainissement à travers une redevance à l’ONAS. Et ce niveau de redevance est actuellement faible pour couvrir l’ensemble des charges de l’exploitation de l’ONAS. Pour évoluer dans l’assainissement, on a besoin vite de ressources nouvelles, de système alternatif de financement et également d’une clarification du cadre institutionnel pour pouvoir aller vite dans ce secteur.
Quant vous parlez de la clarification du cadre institutionnel, vous insinuez quoi ?
Si vous regardez aujourd’hui la gestion des eaux pluviales, il y a une pluralité d’acteurs. C’est une bonne chose parce que ça permet aussi de massifier les investissements. Une chose est de réaliser les investissements, une autre est de bien les gérer. Aujourd’hui, il faudrait que l’ONAS puisse être renforcé aussi bien du plan institutionnel mais également du point de vue financier. Quant il y a beaucoup d’entités qui interviennent dans la gestion des eaux pluviales, souvent il y a un problème de cohérence. Il faut centraliser les ressources. Je crois que nous gagnerions à améliorer. Il y a de bonnes choses qui sont faites, mais je pense qu’on pourrait quant même mieux faire sur la question des collectivités locales. Aujourd’hui elles ont une responsabilité dans une partie de réseau des eaux pluviales. Donc il faut discuter avec les collectivités locales, et voir comment renforcer tout cela.
Peut-on parler d’un manque de volonté politique ?
Non, on ne peut pas parler de cela puisque quand vous regardez les volumes de financement qui sont injectés dans la gestion des eaux pluviales, c’est quand même important ce que l’Etat met chaque année dans le budget en appui à l’ONAS pour la gestion des opérations pré-hivernales. C’est un secteur qui est difficile, ce n’est pas comme l’eau, ici c’est un secteur purement social. Il faut penser à renforcer davantage. Il faudrait aujourd’hui que l’on réfléchisse sur la possibilité, comme on le fait dans d’autres pays, de regarder les ressources alternatives. Il n’y a pas que la redevance d’assainissement et les ressources de l’ONAS, il faut regarder d’autres ressources qui permettent de financer l’assainissement. Penser aux secteurs qui font beaucoup de chiffres d’affaires. Regardons la téléphonie, le fond routier, il y a des suggestions qui sont faits dans ce cadre-là. Mais on a besoin, pour équilibrer le sous-secteur de l’assainissement de ressources nouvelles, de ressources d’appoint qui viennent s’ajouter à la redevance et aux subventions de l’Etat pour que l’assainissement soit pris au rang de priorité.
Donc les efforts reste encore très insuffisantes ..
En tout cas il reste beaucoup à faire, mais il faut saluer les efforts qui ont été enregistrés et qui montrent que les autorités et les partenaires techniques ont compris que l’assainissement est également une priorité. Parce que quant vous consommez de l’eau, les 80% sont rejetés et ces rejets ont besoin d’être traités. Sinon les rejets que vous traitez peuvent vous revenir sous forme de maladies et vous obliger de dépenser de l’argent pour soigner les populations. Donc il faut que l’on comprenne cette problématique ce qui permettra de mieux rationnaliser les richesses et de mettre en priorité le secteur de l’assainissement.
Pour l’eau potable, nous avons fait de bons résultats, mais il reste également des défis. Il y a la question de la qualité de l’eau qu’il faut également affronter. Heureusement on est sur l’élaboration d’une stratégie nationale pour l’amélioration de la qualité de l’eau qui est financée par la BAD. L’autre chose, c’est de toucher certaines zones difficiles comme le Ferloo, les zones insulaires, parce qu’il faut régler la continuité du service, le renouvellement du patrimoine. Pour l’assainissement la priorité qui est désormais reconnue nous permet d’espérer de bons résultats dans les années à venir. On a révisé la stratégie nationale d’assainissement rurale, nous avons réfléchi sur de nouveaux mécanismes de financement pour impliquer les collectivités locales et le secteur privé, il y a de bons résultats qui commencent à sortir.

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