Accès à l’assainissement et à l’hygiène : L’Afrique accuse le retard sur le terrain du changement de comportements

 Par Idrissa SANE ( Envoyé Spécial à Cotonou)

De tous les défis auxquels l’Afrique est confrontée, celui de l’accès à l’assainissement et à l’hygiène est le plus pressant au regard des incidences de l’inaccessibilité de ces services sur la prévalence des maladies, la baisse de la productivité dans les entreprises et dans les administrations. Aujourd’hui plus de 87 % de la population en Afrique au Sud du Sahara des zones rurales  continuent à déféquer à l’air libre.

Des toilettes sur l'eau à So-Ava (Village lacustre)

 

 

 

 

 

Le constat est plus que alarmant. Sur le continent africain, une personne sur 3 n’a pas accès à un assainissement adéquat. Pire, les chiffres des différents organismes concordent sur le fait que 87 % de la population des pays de l’Afrique au Sud du Sahara des zones  continuent de déféquer à l’air libre avec toutes les conséquences sanitaires et environnementales.  « C’est un triste constat qu’environ 87% des populations rurales d’Afrique subsaharienne pratiquent encore la défécation à l’air libre, et que seules 3 personnes sur 10 se lavent les mains à l’eau et au savon aux moments critiques », a souligné le ministre de la Santé publique du Bénin, le Pr. Dorothée Kindé Gazard. Ces statistiques prouvent s’il en besoin de la nécessité pour les pays africains, de déployer plus d’énergie et de dérouler des stratégies pertinentes  pour amener leurs populations à s’approprier des comportements hygiéniques. « L’immense défi à relever  aujourd’hui ne concerne donc pas seulement les équipements et les services d’assainissement ; nous devons également nous préoccuper du changement de comportements de nos concitoyens pour que la santé de tous s’améliore de manière significative et durable », a plaidé l’universitaire, le Pr. Dorothée Kinde Gazard.

Ce plateau sombre  qui est loin d’être exhaustif fonde l’organisation de l’atelier régional de plaidoyer, communication et suivi des engagements Wash par le Conseil de concertation pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement ( Wsscc) en partenariat avec le Réseau sous-régional des journalistes Wash (Wash-Jn) et le ministère de la Santé publique . « Le rôle primordial de ce secteur dans la prévention des maladies, la lutte contre la mortalité infantile, l’éducation, l’économie et la réduction de la pauvreté grâce à la responsabilisation est de plus en plus compris», a reconnu  la chef Programme plaidoyer et communication du Wsscc, Amanda Marlin. Il est aujourd’hui admis que la couverture des besoins en assainissement et hygiène a des impacts positifs sur la performance des filles à l’école. « En plus des lieux d’habitations, nous pensons qu’il faut étendre la couverture en assainissement aux écoles, aux centres de santé, aux lieux de travail et aux structures publiques. Car  c’est ainsi que nous pourrons augmenter le nombre de filles qui continuent à fréquenter l’école même après avoir atteint l’âge des règles », a laissé entendre Amanda Marlin.

De la responsabilité des journalistes

L’autre constat est que ces questions ne sont pas abordées de façon régulière par les médias. Ces derniers s’emparent  de ces sujets  lorsqu’il y a des problèmes. Cette approche ne favorise pas les changements de comportements et ne contribue pas non plus à l’éveil de conscience chez les politiques qui ont la responsabilité d’accorder plus de financements à  ce secteur. « Les questions liées à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement de base occupent de plus en plus  une place importante dans le contenu de nos médias. Mais il est vrai que très souvent c’est à l’occasion des catastrophes comme des coupures d’eau que la presse et les journalistes dans leur ensemble se saisissent de ces questions », a fait remarquer  le président de l’Union des professionnels des médias du Bénin (Upm), Franck Kpotcheme. Pour ce dernier, l’atelier de Cotonou sonne comme un appel aux médias et aux journalistes de l’Afrique de l’Ouest de veiller désormais à mettre à l’ordre du jour ces questions et d’amener les patrons de presse à entendre davantage les cris des journalistes spécialistes  en eau et en assainissement. « Il est une évidence que les médias doivent s’approprier des questions d’eau et d’assainissement (Wash) parce que aucun pays ne peut prétendre au développement tant que l’accès à l’eau et à l’assainissement ne sont pas garantis pour tous », a affirmé  Franck Kpotchémè.

Par la suite, le coordonnateur du Réseau sous-régional  des journalistes pour l’eau et l’assainissement (WASH-JN), Alain Tossounon plaide pour un changement d’approche dans le traitement des informations relatives à cette problématique. « Il faut nous remettre en cause, revoir notre manière de faire pour intéresser les lecteurs et les auditeurs. Les sujets sur l’eau, l’assainissement, les toilettes n’accrochent pas. Pourtant les personnes ne se privent pas d’acheter les téléphones portables or elles ne voient pas l’intérêt de disposer des toilettes décentes », a relevé  Alain Tossounon.

Au-delà du changement de comportements, Amanda Marlin prêche le suivi et l’évaluation des efforts et des engagements des gouvernements.

                                            

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