GUINAW RAILS, MOUSDALIFA… : Des ménages ploient sous le poids de la vidange des fosses septiques

(Idrissa SANE)

Dans les quartiers précaires  de Guinawrails et de Djeddah Thiaroye Kaw, situés dans la banlieue dakaroise, des ménages sont pris dans le cercle continuel de la vidange des fosses septiques. La remontée de la nappe phréatique et l’absence de raccordement au réseau d’eaux usées qui obligent des familles aux revenus modestes à débourser en moyenne  15.000 francs Cfa par mois pour garder propres leurs toilettes.  

Photo Idrissa

 

 

 

 

 

 

Juste après les rails, nous sommes à Guinawrails. Un   quartier populeux de la banlieue dakaroise. Des femmes étalent des légumes, des poissons, des ballots de friperie jusqu’aux rebords des chemins de fer. L’endroit fourmille comme une ruche. Pourtant le soleil vient à peine de poindre au-dessus de nos têtes ce dimanche, 2 février 2014, à 10 heures. En face de la pharmacie Thiaroye, les eaux usées couvrent la chaussée sur plusieurs mètres. Ces flaques permanentes sont la face visible de l’inexistence d’un réseau d’assainissement, dans ce quartier précaire où vivent des ménages aux revenus modestes. Nous enjambons, une dalle construite pour protéger les maisons contre les eaux de ruissellement.  A peine10 mètres, deux garçons, l’un à coup de pelles remplit des seaux avec du sable. L’autre les achemine à l’intérieur de la concession. Le propriétaire est dans l’éternelle contrainte  de dallage.  Au bout, d’un angle, les carreaux blancs, verts des rebords de ces toilettes cachent une autre obligation  du père de famille, Birane Gning. « Il nous arrive de vider trois fois nos fosses septiques dans le mois. Le tarif de vidange varie entre 7.500 francs Cfa, 8.000 francs Cfa. C’est donc des dépenses de plus parce que nous sommes obligés de nous s’acquitter d’autres charges », confesse le père de famille. Derrière ce mur latéral de l’est, une maison abandonnée. Les eaux de pluies virent à la couleur verte. Des typas colonisent une bonne partie des lieux. « Depuis 2005, nous avons de l’eau ici en permanence, ce qui fait que la nappe remonte tout temps et nous oblige à vider continuellement nos fosses », explique le chef de ménage, la villa numéro 113. Son voisin, a une petite maison sur la berge d’une mare intérieure. De teint noir, les épaules larges, Moussa Diallo, une lavandière de profession, est dans le cercle de la vidange continuelle. « Nous n’avons pas le choix ; si nous ne vidons pas nos fosses, nous exposons nos familles aux maladies. Nous essayons toujours de négocier avec les vidangeurs et les propriétaires de camion. Je paie entre 6.000 et 5.000 francs parfois même 3000 francs », s’exprime Moussa Diallo. Sa maison fait face à la villa 081. La cour de celle-ci imbibée. Vous m’avez pas besoin d’être un hydrologue pour conclure de la nappe est affleurante. Le maîtres des lieux, les yeux derrière les lunettes sombres sort de son salon. C’est un homme géant et avant. En tendant le bras, il dit : « vous voyez, j’ai dû investir construire deux fosses, et faire des parois très solides pour me soustraire du fardeau de la vidange. Mais c’est un problème commun dans ce quartier du fait qu’il y a plusieurs maisons abandonnées envahies par les eaux ». Sur cette ruelle sinueuse, bordée d’habitats précaires, les vendent par là, des pains avec des sauces  de Nibé, de spaghetti, de macaroni, d’autres font des linges sur la route. Après les deux rares étages perdus aux milieux des habitats précaires, Janette Mendy enveloppée dans un pull-over bleu prend un bain du soleil. Depuis quelques jours, elle et d’autres locataires sont contraints de supporter l’odeur nauséabonde de leurs fosses septiques qui vomissent leur contenu. « Le propriétaire de la maison ne vit pas ici. Ce sont les locataires qui cotisent à raison de 1700 francs Cfa par personne pour avoir la somme de 10.000 francs Cfa pour vider la fosse. C’est trop gênant de demander à chaque fois un locataire de payer pour la vidange », se désole Janette Mendy. Le vent glacial qui souffle sur Guinawrails pousse quelques résidents à venir dans cet espace dégagé pour profiter des rayons du soleil. Saliou Ndiaye, debout son enfant dans ses bras  a préféré nous amener chez-lui, sur la véranda les eaux usées sortent des orifices et des fissures de l’ouvrage d’assainissement. L’odeur est ambiante. Les marches menant vers les toilettes sont recouvertes d’une fine couche noirâtre d’eaux usées « Vous voyez, la fosse est remplie. Nous la vidons 2 fois chaque mois et nous payons 10.000 francs Cfa pour chaque vidange », confesse, Saliou Ndiaye. Nous revenons sur nos pas. La voiture laisse derrière lui, Guinawrails et nous dépassons la police de Thiaroye et nous empruntons une pénétrante sableuse. Elle est le versant des eaux usées domestiques. Le quartier de Djeddah Thiaroye Kaw  n’a pas aussi de réseau d’assainissement. Les deux bassins séparés par un terre-plein auraient pu donner un visage attrayant à ces agglomérations. Ce sont de vrais lacs intérieurs. Hélas ! L’absence d’un système d’évacuation des eaux usées a poussé d’autres riverains à donner une autre vocation à ce site. Certains diront qu’ils n’ont pas le choix. « Nous sommes contraintes de nettoyer à longueur de journée nos toilettes parce l’eau remonte la surface, donc même après usage, l’eau ne s’infiltre pas. Nous passons beaucoup de temps à les rendre propres. C’est un vrai travail pour nous les femmes », ajoute Déane Manga, trouvée chez-elle, en train d’écailler les poissons auprès des toilettes.

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