Journée mondiale de lavage des mains : Hann-village s’accroche à la fréquence habituelle

Idrissa SANE (Sénégal) 

Dans ses habits d’un quartier précaire, Hann-village se réveille dans l’effervescence des préparatifs de la fête de Tabaski, ce dimanche 13 octobre, à 9 heures. Au-dessus, de son quai de débarquement, les vendeuses, les pêcheurs ne soucient  du lavage des mains qu’avant les repas et après les toilettes.

L’arrêt car-rapide du rond-point Capa de Yarakh est noir de monde. Des femmes, des  jeunes filles et des garçons, des hommes se bousculent dès qu’un bus, ou un car, en partance  pour  l’intérieur du pays s’immobilise. Tout le monde est pris de l’étreinte sociale, du moment : les préparatifs de la fête de Tabaski. Nous descendons une ruelle sableuse. Et nous voici, dans une cours d’une maison. Une femme du nom de Ndèye Diop, teint noir, la chevelure défrisée, a sa fille à l’œil. Elle lave les bols. Ici, dans une famille, les conditions de vie ne déteignent  pas sur des comportements hygiéniques.  « Tout le monde sait si l’on se lave les mains, on a moins de chance de contracter les maladies care ce sont les mains qui transportent les microbes. Je peux dire que l’école a beaucoup contribué à inculquer ces comportements à nos enfants. La famille a prolongé cette éducation car les enfants se lavent les mains avant de manger et après et aussi après les toilettes », confesse Ndéye Diop. Elle se garde de donner les détails appropriés pour ce geste. « En général, nous utilisons l’eau et le savon », se contente-t-elle de dire. Les spécialistes conseillent de rincer entre les doigts.

Une ruelle serpente entre les maisons couvertes de zincs. De part et d’autre, des femmes écoulent des friandises, des détergents.

Des  murs humides ou des zincs rouillés isolent des petites maisons, çà et là. Ces clôtures ne brisent pas les relations entre les habitats de ce quartier. Ici, les personnes se prennent le temps de se saluer, de se serrer la main, de fraterniser. L’atmosphère est très détendue, au quai de poissons. Deux dames, dans un air blague cherche à convaincre une cliente. « Ces poissons viennent fraîchement d’être débarqués venez voir », lance une dame enveloppée dans un « wax » aux couleurs de bleu de nuit. Les dorades étalées sur le sable fin noirâtre, la tête voilée, Ndèye Diéguène, évalue le prix de vente de sa marchandise. Au milieu de ce tumulte, de cette effervescence, beaucoup n’ont pas de temps, à consacrer aux lavages de main. La recherche du profit prime sur tout. « Après chaque vente, nous plongeons notre main dans un pot d’eau. Mais cette eau n’est pas renouvelée. Par contre à la maison, c’est un geste que nous apprenons à nos enfants, même si de nos jours, les chefs de ménages n’ont pas suffisamment de temps pour cela », confesse cette vendeuse de poissons.

Près du rivage où d’autres pirogues viennent d’accoster, les jambes et le buste trempés jusqu’aux os, Mbacké Diop, décape des glaçons d’une glacière. L’homme de courte de taille n’accorde pas manifestement d’intérêt aux lavages des mains. Il  nous prête l’oreille pour bien saisir notre interpellation. Cette attitude est indicatrice  de la banalisation du lavage des mains. « Je ne lave pas mes mains de façon régulière. Je le fais surtout avant de manger », dit-il. Sur son rond visage ne transparaissent pas les conséquences de la salubrité des mains. Surtout dans cet endroit, où ils reçoivent des billets d’argent venant toutes les mains. Au bord cette rive, où déferlent les vagues sous l’effet de la brise, Samba Fall, sur  ses béquilles, âgé de 23 ans, prend la distance  distances par rapport à Mbacké Diop. Lui comme la plupart des jeunes ont sensibilisés par leurs enseignants. « Si l’on se lave les mains de façon régulière, on a plus de chance de ne pas tomber malade. Je me lave régulièrement les mains après les toilettes et avant de manger », confie ce jeune garçon.

Le drame de l’ignorance fait proliférer la vulnérabilité des couches démunies dans ce quartier précaire de Dakar, situé pourtant sur la frange industrielle. Sur un ton aux allures ironiques, un vieux usager de la mer rit sous cape lorsque nous lui avions demandé la fréquence journalière de lavage de ses mains. « Nous sommes en Afrique mon fils. Ici, la tradition veut que lorsque vous vous saluiez que vous vous serriez les mains. Si après chaque salutation, il faut se laver les mains, on ne travaillera pas », ironise le pêcheur. Du reste, il est impérieux  plus que par le passé, de vulgariser ce comportement au regard de son impact dans la prévention des maladies. Il est aujourd’hui reconnu que ce comportement hygiénique brise la chaîne de transmission des affections.

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