Accès à l’eau et à l’assainissement en milieu lacustre: Le faible engagement des autorités locales

Assurer aux populations un accès équitable à l’eau potable et à un assainissement adéquat est encore une réalité non comprise par  les autorités de la commune de Sô-Ava. Dans cette localité lacustre, le secteur de l’eau et de l’assainissement est toujours relégué au second plan des priorités Les investissements consacrés au secteur restent encore faibles.

Bonaventure KITI (RJBEA/Bénin)Photo article Kiti

Dans la feuille de route de mise en œuvre du PDC (2007-2009) de la commune, la part des investissements consacrée à l’environnement (y compris le secteur de l’eau potable et de l’assainissement) s’élève à 37,4 millions de francs CFA sur 571,4 millions de francs CFA.  Soit un taux de 7% comparativement aux domaines de la gouvernance, du social et de l’économie qui engouffrent entre 49,7 millions et 317,7 millions. Des chiffres qui témoignent du peu d’intérêt  accordé à un  secteur aussi vital que celui de l’eau et de l’assainissement de base.. Pourtant, les taux d’accès à l’eau et à l’assainissement restent encore faibles.  Si le taux de desserte en eau potable est de 19%, celui de l’accès à l’assainissement n’atteint pas 10%.

A ce jour, la commune de So-Ava compte deux forages équipés de pompe à motricité humaine dont un en panne, quatre puits modernes, 48 bornes fontaines dont 4 en panne et 05 postes d’eau autonomes pour une population estimée à  101 975 habitants à partir du Recensement Général de la Population et par Habitat (RGPH 3). La commune est classée 7ème sur huit dans le département de l’Atlantique avec un taux de desserte de 19% contre une moyenne de 52% au plan départemental et 61,0% au plan national. Bien qu’étant donc située sur  l’eau, la commune de Sô-Ava manque encore d’eau potable.

Des autorités encore dans la profession de foi

A la mairie de So-Ava, interrogé, le chef service eau et assainissement, Aminou Attindékou, confirme le faible taux de desserte et revient sur le chemin de croix des populations encore en proie dans leur grande majorité au manque d’eau et de toilettes. « La situation en matière d’hygiène et d’assainissement est très criarde », raconte-t-il.  Ce que confirme Nicolas Tognini, habitant de Vekky Dogbodji.  « Dans le village,  il n’y a qu’une latrine pour le marché. Ici, on fait tout dans l’eau. Les ménages ne disposent pas de latrines et défèquent en plein air» déclare-t-il d’un air préoccupé. Pour se défendre, la mairie évoque la prise en compte de l’hygiène et de l’assainissement dans le Plan de Développement Communal (PDC) et dans le Plan Annuel d’Investissement (PAI). De même, une commission communale Eau et Assainissement créée et dirigée par le deuxième- adjoint au maire est évoquée pour marquer la volonté du conseil communal à faire face à la situation.

Mais, en dépit des déclarations, le ferme engagement des autorités locales pour sortir les populations de cette cité lacustre de l’angoisse de la soif et du manque de toilettes tarde à venir.

Car, dans la réalité, la part du budget communal affectée à l’hygiène et l’assainissement en 2012 est de deux millions de francs CFA sur 120 millions. Et ce, malgré les besoins pressants évoqués aussi bien par les autorités elles-mêmes que par les populations. A ce jour, la commune de Sô-Ava ne dispose pas encore d’un Plan d’Hygiène et d’Assainissement Communal (PHAC). Un document qui constitue un instrument de planification et de plaidoyer pour mieux trouver des solutions aux problèmes d’hygiène et d’assainissement des communautés de cette localité. Plus encore, il permet d’apprécier l’importance qu’accordent les gouverneurs locaux au secteur. Par manque de ressources propres, les autorités locales sont en attente des réponses des partenaires au développement à qui elles ont adressé des demandes pour l’élaboration du PHAC.  « Nous avons écrit aux Partenaires Techniques et Financiers. Nous espérons qu’ils vont se manifester », déclare le chef service eau et assainissement de la mairie. En attendant, le conseil communal donne des gages de sa bonne volonté. Conformément aux propositions de la commission communale Eau et Assainissement, la part du budget communal 2013 consacrée aux investissements dans l’assainissement devrait dépasser 10 millions de francs CFA soit un taux d’accroissement de 400%.  Mais, cela reste encore des prévisions et seul un ferme engagement des autorités locales peut contribuer efficacement à sortir ces communautés du stress de la soif et leur permettre de disposer de toilettes.

 Urgence à agir

Il est vrai que les activités économiques telles que la pêche, l’agriculture, le tourisme, le commerce et l’artisanat sont à promouvoir. Parce qu’elles constituent des potentialités devant contribuer à améliorer les revenus des ménages. Seulement,  le faible accès à l’eau potable et l’insuffisance d’infrastructures d’assainissement de base et d’hygiène  constituent des obstacles au mieux-être des populations et peuvent ralentir l’amélioration des revenus des ménages. Les questions  d’eau potable, d’hygiène et d’assainissement de base doivent à ce titre, être considérées au même degré de priorités que les infrastructures économiques.. Face  à la situation peu reluisante du secteur de l’eau et de l’assainissement dans la commune de Sô-Ava, d’importantes actions concrètes sont nécessaires voire urgentes pour répondre à l’insuffisance d’infrastructures d’assainissement et d’hygiène.   Bien que le concours des partenaires au développement soit encore nécessaire malgré les efforts consentis, il est temps pour les autorités locales de rentrer dans un partenariat public privé et de prendre en compte la durabilité financière  dans la mise en œuvre des actions Wash. Il faut donc mettre en place de meilleures politiques de bonne gouvernance et des mécanismes de financement efficaces. Ce sont des initiatives qui pourraient encourager la mise en place de crédits pour les Activités Génératrices de Revenus (AGR) dans le domaine de l’assainissement avec épargne pour la réalisation de latrines ECOSAN. C’est une option technologique d’assainissement qui semble adaptée aux zones hydrogéologiques difficiles comme celle du milieu lacustre de Sô-Ava. D’autres initiatives orientées en amont vers les actions de sensibilisation des populations pour une prise de conscience des risques sanitaires liés à une mauvaise hygiène peuvent être  une réponse aux problèmes en matière d’assainissement de base et d’amélioration du cadre de vie des populations.

 

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