L’assainissement doit occuper une place de choix dans les politiques de développement


By Propos recueillis par Alain TOSSOUNON

 

Membre du Conseil de concertation pour l’approvisionnement en eau potable, l’hygiène et l’assainissement (WSSCC), Cheik Tandja qui a été élu pour représenter la partie francophone au sein du comité directeur  de cette organisation  depuis 2009, a pris une part active aux travaux du forum. Au terme de ce rendez-vous de partage de savoirs et de savoir-faire, il revient sur les grandes résolutions du forum et se prononce sur les grands défis et les petits pas enregistrés dans certains de nos Etats en Afrique de l’ouest.

 

C’est la première fois qu’un forum est exclusivement consacré à l’hygiène et l’assainissement. Comment en est-on arrivé là?

Nous sommes arrivés là à la suite d’un travail intense qui a été fait parce que l’assainissement n’occupait pas tellement de place dans l’agenda du développement économique de nos pays. Je dirais qu’il ne l’est pas  encore.

 

Mais, à la faveur du plaidoyer, qui est d’ailleurs l’un des domaines d’intervention du WSSCC, on est arrivé à convaincre plus d’uns, aussi bien les décideurs à un niveau plus élevé, mais aussi les populations à la base. Les décideurs pour leur permettre d’inscrire l’assainissement et l’hygiène dans leurs agendas économique et social. C’est comme nous l’avions si bien dit : ” le déficit d’assainissement fait perdre plus de 7% au PIB dans nos pays. Cela signifie que l’assainissement doit occuper une place de choix dans les politiques de développement économique et social de nos pays.

 

Nous sommes au terme de ce forum. Qu’est-ce qu’on peut retenir comme grandes résolutions?

A l’issue de ce forum, il y a un consensus qui s’est dégagé autour de l’importance que l’assainissement doit occuper désormais dans les politiques de développement  économique et social de nos pays. On a également eu à retenir qu’il y a des facteurs clés de changement de comportements.

 

Ce sont des facteurs clés du succès des programmes d’assainissement, et même de tous les programmes en général. Malgré les efforts consentis dans le secteur par les gouvernants dans les pays, s’il n’y a pas un changement positif de comportements, il va toujours avoir des problèmes. C’est-à-dire un déséquilibre entre les efforts et les réalisations. Il y a eu également un consensus sur les questions de l’équité.

 

Qui doit bénéficier en priorité des programmes d’assainissement ?

Aujourd’hui, il y a encore 2, 6 milliards qui manquent  d’assainissement et pourtant, dans le secteur de l’eau, la cible  des OMD est d’arriver à réduire de moitié cette proportion là. Mais, ce sont les plus pauvres, les populations désavantagées, les populations exclues sont en général, celles qui bénéficient le moins.

 

Donc, il faut une équité afin que justice soit rendue et qu’on s’intéresse davantage à ces gens-là. Un autre facteur non moins important est celui du plaidoyer qui ne cessera jamais d’être mis en exergue. Et ce plaidoyer pour qu’il réussisse, il faut une implication des politiques.

 

De même, pour que l’assainissement puisse susciter plus d’intérêt au niveau des pays, il faut l’intervention des médias. Le rôle des médias a été retenu comme fondamental pour une prise de conscience, pour un changement de comportements.

 

 

Nous n’avons pas oublié l’aspect finances. En avril prochain, il y a, dans le cadre de ” Sanitation and water for all “, une réunion organisée par la Banque Mondiale à laquelle, nous souhaiterions vivement que les ministres des finances de nos pays puissent participer afin d’entendre le message sur l’importance que revêt l’assainissement dans l’amélioration des conditions économiques de nos pays.

 

Comme je l’ai déjà dit, 7% du PIB de nos pays pourrait être sauvegardé si on mettait en place des programmes importants d’assainissement dans les pays.

 

C’est tout beau comme résolutions. Et vous l’avez souligné aussi. Comment convaincre nos gouvernants à inscrire les questions d’hygiène et d’assainissement à l’agenda des politiques de développement?

Dans certains pays, le message a déjà été entendu. Il y a des champions dans le domaine de l’assainissement. Je prends le cas du Mali avec le président Amani Touré qui s’est engagé et qui est venu soutenir le programme du Mali dans le cadre de l’assainissement pour l’atteinte des OMD. Je donne aussi le cas du Burkina-Faso avec le président Blaise Compaoré qui s’est investi lors du lancement du programme de l’assainissement pour le millénaire.

 

Le Burkina-Faso s’est aujourd’hui engagé à inscrire dans son budget annuel, au moins un milliard de francs CFA par an pour permettre aux populations, d’avoir des latrines. Il y a d’autres personnalités comme Gandhi, Nelson Mandela, et bien d’autres qui ont tous fait preuve d’un engagement en faveur de l’assainissement. Ce ne sont pas que des mots.

 

Dans le programme du WSSCC, il y a également un programme qui s’appelle le Fonds mondial pour l’assainissement qui permet de soutenir les efforts des pays à travers le financement de projets de plusieurs milliards afin de doter les plus nécessiteux de systèmes d’assainissement appropriés.

 

On constate qu’on consacre beaucoup plus d’argent à l’accès à l’eau potable en oubliant l’assainissement. Comment pensez-vous qu’on pourrait changer cette situation ?

L’eau est, certes, vitale. Lorsque vous allez faire la planification à la base, la première chose qui vient à l’esprit, c’est l’eau, l’eau à boire, l’eau pour la cuisine, l’eau pour le jardin, etc. Mais, ce que les gens ignorent, c’est que cette eau peut être aussi source de dangers, tant et aussi longtemps que les programmes Eau et assainissement ne seront pas intégrés. Donc, c’est une ignorance et aussi parce que l’assainissement n’est pas perçu comme quelque chose de fondamental.

 

Alors, il faut avoir un certain niveau de prise de conscience pour arriver à intégrer l’assainissement et à se doter des infrastructures d’assainissement nécessaires.

L’autre chose qu’on remarque dans nos pays, c’est que le secteur de l’hygiène est géré par un ministère et l’assainissement par un autre ministère, en dehors du cas du Burkina-Faso.

 

Comment faire pour amener nos dirigeants à vraiment comprendre que ces deux secteurs doivent être gérés ensemble?

Vous touchez aux problèmes institutionnels et ils sont complexes et compliqués. J’avoue que malgré les efforts consentis par les organisations comme le WSSCC, le WSP, le CREPA où j’ai eu à travailler pendant une vingtaine d’années, et autres, il y a des considérations d’ordre politique, institutionnel, des conflits d’intérêts, qui sont difficilement gérables. C’est par le plaidoyer, justement, qu’on arrivera à convaincre les premiers responsables de la nécessité de cette intégration.

 

Quel est l’avenir de l’assainissement en Afrique de l’ouest ?

Je suis optimiste, très optimiste.

 

 

 

 

 

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