Archive for ‘Benin’

April 17, 2014

Validation de rapports d’études par EAA-Bénin : Répondre à la problématique de gestion des latrines en milieu scolaire et dans les lieux publics

Alain TOSSOUNON (Bénin) 

 

Afin de proposer des modèles de gestion durable des latrines en milieu scolaire et dans les lieux publics ou encore de faire face aux difficultés de réalisation des ouvrages dans les zones lacustres, l’Agence panafricaine Eau et Assainissement pour l’Afrique au Bénin (EAA-Bénin) a commandité  4 études thématiques. La validation des rapports d’études a eu lieu au cours d’un atelier qui s’est tenu à l’Hôtel Palais Oriental 2 de Porto Novo, du 14 au 15 avril 2014.

N'Dèye Coura N'Doye, Représentante Résidente de EAA-Bénin

N’Dèye Coura N’Doye, Représentante Résidente de EAA-Bénin

 


Comment répondre à la problématique de la gestion durable des latrines publiques et scolaires, à la réalisation des ouvrages d’assainissement en zone lacustre et de terre noire et à la question des latrines sexo et pour les handicapés. C’est tout l’enjeu des études qui ont été réalisées par EAA-Bénin dans une logique de recherche-action. Car, sur le terrain, les constats sont amers. Et en ouvrant les travaux de la validation des rapports de ces études, la Représentante Résidente de EAA au Bénin, Mme Ndèye Coura N’Doye, a souligné l’état préoccupant de la gestion des latrines publiques et scolaires après leur réalisation. « Les latrines dans les lieux publics et dans les écoles existent mais ne sont pas toujours utilisées car mal entretenues. De plus, il n’existe pas une méthode pour déterminer le nombre de cabines suivant le genre (sexe, handi-spécifiques) ». De plus, indique-t-elle, la nature du sol dans les zones lacustre et de terre noire, rend difficile la réalisation des ouvrages dans les localités concernées. Ce sont les raisons qui justifient la réalisation de ces études destinées à proposer des modèles de gestion pour améliorer leur utilisation ou leur réalisation selon le cas.

Prenant le cas des latrines en milieu scolaire, Hector KPANGON, Chargé de programme et responsable des questions de Recherche-Action à EAA-Bénin, a expliqué qu’aujourd’hui, on dépense des milliards pour doter les écoles des toilettes et d’ouvrages d’assainissement. Mais, soutient-il, « malheureusement, ces latrines ne survivent que le temps de 2 ou 3 mois. Elles sont mal entretenues et abandonnées». « Il se pose donc un problème de gestion », a-t-il ajouté. Ainsi, les études réalisées permettent de proposer des modèles de gestion adaptés aux réalités  pour rendre durable la gestion de ces latrines scolaires mais aussi des latrines publiques.

Vue partielle des participants

Vue partielle des participants

Egalement, pour  le cas   des latrines sexo et handi spécifiques, il signale qu’il y a 4 grilles qui ont été conçues pour aider les techniciens et les professionnels du secteur à mieux prévoir en termes d’effectif, les cabines de latrines qu’il faut de façon spécifique pour le genre.

Mettant au cœur du dispositif les communes qui exercent cette compétence en matière d’hygiène et d’assainissement selon les lois sur la décentralisation, les études constituent des réponses aux différentes problématiques de gestion des ouvrages d’assainissement.

Par ailleurs, les différentes propositions seront testées au cours de cette année afin de tirer les grandes leçons pour qu’en 2015, on retienne les modèles qui marchent.

 

 

April 2, 2014

Réunion de plaidoyer de haut niveau sur l’hygiène et l’assainissement : Le Bénin en guerre contre la défécation à l’air libre 

A. P. Virgil HOUESSOU (Bénin)  Mobiliser  toutes les énergies dans le sens de l’assainissement total et mettre fin à la défécation à l’air libre d’ici 2025 dans toutes les communes du Bénin, c’est l’objectif d’une réunion de plaidoyer de haut niveau qui s’est tenue vendredi au Palais des congrès de Cotonou. C’est une initiative du ministère de la santé et de Unicef Bénin. L’invité de marque est Kamal Kar, le père fondateur du concept de l’assainissement total piloté par les communautés (ATPC).                                                                                                                                                                      

Le Ministre de la Santé, Mme Dorothée Kindé Gazard entourée des partenaires

Le Ministre de la Santé, Mme Dorothée Kindé Gazard entourée des partenaires

 

 

 

 

 

 

 

 

« Si le Bénin veut atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) d’ici 2015, il peut y parvenir ». C’est en cette exhortation que se résume la communication donné par Kamal Kar, le père fondateur du concept de l’Assainissement total piloté par les pairs (ATPC). Selon les statistiques actuelles le Bénin semble encore très loin de l’atteinte des Omd dans le domaine de l’assainissement. Les populations béninoises sont en très mauvaise posture dans la sous-région. Le ministre de la santé, Dorothée Kindé Gazard, a déclaré qu’au classement des mauvais élèves en matière d’assainissement, le Bénin occupe la 4ème place en Afrique et la 1ère en Afrique de l’Ouest. Plus de 86% de Béninois ne bénéficient pas de conditions d’assainissement de base. Dans les zones rurales, plus de 70% d’enfants défèquent dans la nature par défaut d’accès aux ouvrages adéquats. C’est pour trouver des réponses à ces aspects que se tient se tient la réunion  de plaidoyer de haut niveau sur l’hygiène et l’assainissement. « Il est question d’élaborer un feuille de route opérationnelle et aller à l’essentiel en mettant en œuvre les nombreux outils techniques et politiques prévues à cet effet », a expliqué le ministre de la santé. Pour cela, il existe déjà un budget programme par objectif bien déterminé. « Il faut éradiquer la défécation à l’air libre au Bénin d’ici 2025 en trouvant des options durable de crédit d’assainissement à mettre à la disposition des communes », a ajouté le ministre.

Kamal Kar, Père fondateur de l'approche ATPC

Kamal Kar, Père fondateur de l’approche ATPC

Aux maires, autres élus locaux et divers acteurs de la décentralisation invités à cette réunion au même titre que des techniciens d’hygiène et d’assainissement, le Directeur national de la santé publique explique que l’amélioration des indicateurs de performance du secteur de la santé passe par la prévention avec un accent sur l’hygiène et la santé. « Il faut des latrines institutionnelles et familiales dans toutes nos contrées », précise-t-il. Le défaut d’assainissement coûte chaque année au Bénin plus d 50 milliards de francs CFA de perte. D’où la responsabilité des élus locaux. « Au lieu de faire directement le transfert des crédits aux communes, nous avons jugé important de voir avec vous lors de ce plaidoyer les outils à mettre en place pour orienter véritablement les ressources dans ce sens dans les communes », a dit le ministre de la santé. Il est question de les aguerrir à adopter réellement le concept de l’assainissement total piloté par les pairs (ATPC) dont ils sont les véritables forces motrices au niveau des communautés en collaboration avec les organisations de la société civile. Car bien réussi, le secteur de l’assainissement par le modèle de l’ATPC peut être aussi une source de création de richesses. D’où la présence des représentants des banques et autres institutions financières pour accompagner le processus parmi les élus locaux, la société civile et les techniciens pour écouter les conseils de Kamal Kar, initiateur de l’ATPC dont la mise en application en Asie a connu un succès inattendu.

October 1, 2013

Après 25 ans d’intervention dans le secteur Hygiène, Eau Potable et Assainissement: EAA partage sa riche expérience et les faits marquants

Alain TOSSOUNON (Bénin)

Image 1A la faveur d’une conférence de presse tenue le 27 septembre 2013 à son siège, EAA-Bénin est revenue sur les 25 ans de vie dans le secteur AEPHA en Afrique. Un riche parcours de l’institution qui aborde un grand tournant avec les réformes entreprises pour booster l’accès de tous les Africains à l’eau et aux services d’assainissement. Une occasion aussi pour la nouvelle Représentante-Résidente, Mme Ndèye Coura Ndoye, de lever un coin de voile sur les grands enjeux de la 3e édition du Forum de Haut Niveau sur l’eau et l’assainissement pour tous qui se tiendra du 21 au 23 novembre prochain à Abidjan.

1988-2013. Le Centre Régional pour l’Eau Potable et l’Assainissement à faible coût (CREPA) devenu Agence intergouvernementale panafricaine Eau et Assainissement pour l’Afrique (EAA) a 25 ans. Un événement qui ne pouvait passer sous silence face aux nombreux acquis enregistrés par cette institution qui a développé  une expertise remarquable et reconnue dans le secteur AEPHA en Afrique.

En introduisant cette rencontre avec la presse béninoise, la Représentante -Résidente, Mme Ndeye Coura Ndoye, a indiqué qu’après 25 ans de vie et de présence dans ce secteur, l’institution a gagné en maturité. Et l’occasion de cette célébration était toute trouvée pour revenir sur les grands résultats et les faits marquants de cette tranche de vie. Ainsi, dans un exposé qui retrace les réalisations de l’institution, le Chef division et Appui aux programmes, Edmond Attakin,  a rappelé sa première vocation à sa naissance en 1988 à la fin de la Décennie internationale de l’eau. Celle de répondre aux défis technologiques dans le secteur. Un pari réussi de 1988 à 1992 et après le virage entre 1993 et 1996, les Etats vont s’approprier les programmes de CREPA lui donnant alors une dimension africaine. A l’échelle du continent, il soulignera qu’elle a mobilisé à travers les projets  et programmes, environ 70 milliards de francs FCA et facilité un apport financier de l’ordre de 550 milliards de francs CFA.

Au total, les interventions ont permis l’accès aux services d’eau et d’assainissement à au moins 25 millions de bénéficiaires à travers plus de 32 pays avec plus de 3000 acteurs outillés. A son actif, l’institution a développé une trentaine de technologies utilisées par les populations pour améliorer l’accès durable à l’eau et à l’assainissement. Et pour Mme Ndeye Coura Ndoye de conclure que durant un quart de siècle, EAA n’a jamais cessé d’œuvrer pour l’accès des personnes surtout des plus démunies à l’eau et à l’assainissement.

Toucher 50 millions de personnes d’ici 2015  Image 2

Face  aux résultats probants enregistrés, EAA compte aller plus loin entre 2011 et 2015. A cet effet, elle s’est donné pour pari d’atteindre 50 millions de personnes. Ceci grâce aux réformes engagées notamment avec la création d’organes spécialisés que sont le Groupe d’entreprises et d’investissement, le Centre de recherche et de compétence et la Fondation. Avec sa nouvelle approche d’intervention, elle entend promouvoir aussi de nouvelles stratégies commerciales de financements des services. Il s’agit par exemple de la promotion des logements sociaux intégrant les infrastructures d’eau et d’assainissement. De même, pour plus d’impacts et pour répondre à la question de la mobilisation des ressources, l’institution fait recours aux financements innovants. Une alternative payante puisque deux ans auront suffi pour déjà mobiliser plus de 22 milliards de francs CFA. Des résultats prometteurs pour cette institution qui regarde l’avenir avec beaucoup d’optimisme et qui milite pour une Afrique sans soif et avec un assainissement pour tous.

Un appel à une forte participation du Bénin au Forum de Haut Niveau d’Abidjan

Grand moment d’échanges et de décision, le Forum de Haut Niveau sur l’eau et l’assainissement pour tous en Afrique (FHN) sera organisé pour la 3e fois. Et au cours de cette conférence, la Représentante-Résidente, a rappelé que ce rendez-vous vise à accompagner les gouvernements africains dans l’identification de solutions durables et innovantes pour l’accélération de l’accès et a la réduction de la pauvreté en Afrique.  Sous le thème « Promotion d’une coopération vivante et efficace entre les pays du sud pour accélérer l’accès à l’hygiène, l’assainissement et l’eau pour tous en Afrique », cette 3e édition mettra l’accent sur la coopération sud-sud comme alternative à la mobilisation des ressources dans le contexte de crise mondiale qui frappe les pays du nord et l’économie mondiale. En plus, elle innove par l’organisation d’un panel de chefs d’Etats en plus des ministres des finances et de l’eau, pour encourager la prise de décision au niveau le plus haut. Mais aussi, faciliter le respect des engagements par les décideurs pour accélérer l’accès de tous les Africains aux services d’eau et d’assainissement. Enfin, des sessions de rencontres d’affaires seront organisées et environ 300 investisseurs des pays émergents du sud sont attendus. Le Bénin très actif dans le réseau EAA ne doit pas rater ce rendez-vous, a insisté la Représentante-Résidente tout en soutenant qu’aujourd’hui c’est le financement qui constitue un défi majeur qu’il convient de relever. Plusieurs questions témoignant de l’intérêt des journalistes pour ce secteur ont été posées et la Représentante- Résidente soutenue par ses collaborateurs, ont donné des réponses aux préoccupations des femmes et hommes de médias touchant au manque d’eau dans certaines localités du Bénin, à la participation au forum et aux interventions de EAA.

March 4, 2013

Les Clubs avocats de l’eau en milieu scolaire: Un dispositif original de combat efficace contre les maladies hydriques

Alain TOSSOUNON (RJBEA-Bénin)

Photo Typpi tap 1Tuer le mal à la racine. C’est tout le sens du combat que le Partenariat National de l’Eau du Bénin (PNE-Bénin) et l’ONG Protos mènent  à travers la mise en place des Clubs avocats de l’eau au sein de certaines  écoles. Une initiative qui fait école avec les nombreux acquis enregistrés et son impact sur la santé des enfants et de leurs familles. 

Fanou Salem est une écolière, âgée de huit ans, en classe de CM2 à l’école primaire Yénawa-Aivedji dans la commune de Lokossa. Mais, contrairement à ses camarades de classe, elle se présente comme une avocate. Non pour défendre ses camarades de classe devant une cour mais pour les prémunir de tous les risques liés à la mauvaise hygiène de l’eau. Comme deux de ses  camarades  membres du même club, elle nous décrit sans bégaiement, l’essentiel de sa mission de défense. «Mon rôle est d’aller voir si les toilettes sont propres,  et de dire à mes camarades s’ils quittent les toilettes, de se laver les mains». Ce rôle-là, la petite Salem l’a intégré et s’emploie chaque jour, à “discipliner” ses camarades avec l’aide des deux autres membres du club et de leur enseignant. Et quand on lui demande pourquoi devrait-on garder les toilettes propres et se laver les mains à la sortie des toilettes, elle répond sans hésiter: «quand on se lave les mains, on ne tombe plus malade, on n’a plus la diarrhée, le vomissement, le choléra». Une leçon bien sue grâce aux enseignements de son maitre et de sa directrice d’école,  témoin vivant d’une initiative qui a pris corps quand elle était encore directrice dans cette école créée en 2007 et qui comptait en 2012, 420 élèves dont 185 filles.  Se prêtant à un exercice de mémoire, elle raconte avec beaucoup d’émotion comment cette initiative a commencé dans cette école. Tout est parti de l’expression de nos besoins au Partenariat National de l’Eau et à l’ONG Protos en matière d’eau et d’hygiène alors même que l’école ne disposait pas de l’eau.  Grace à ce partenariat salvateur, l’école dispose désormais non seulement de l’eau courante mais d’un bloc de latrines. Et en dehors des infrastructures, l’initiative de la mise en place des clubs avocats de l’eau dans chaque classe va faire son chemin avec sur le plan pédagogique, des enseignements sur les bons comportements et bonnes pratiques en matière d’hygiène et d’assainissement. Devenu un acquis dans cette école pilote, aujourd’hui encore les enfants de cette école reçoivent de leurs enseignants, les bonnes leçons et conseils pratiques pour se prémunir de maladies liées à la mauvaise hygiène de l’eau. Dans chaque classe, le responsable du club en superviseure, veille à la propreté de la classe, le deuxième membre veille à la disponibilité de l’eau et le troisième, reste le gendarme de l’hygiène veillant à ce que les camarades se lavent les mains aux moments critiques (avant et après avoir mangé pendant la récréation, et après les toilettes). Les 3 avocats de l’eau jouent un rôle de chiens de garde, assurent la vigie et signalent les camarades indélicats à l’enseignant.  Dans cette école, rien ne se perd. L’urine des enfants est recueillie pour être utilisée dans un jardin au sein de l’école. Un processus en marche, qui constitue le fruit d’un accompagnement de Protos et PNE-Bénin et des sessions de renforcement de capacités des enseignants engagés dans ce combat contre les mauvais comportements en matière d’hygiène en milieu scolaire. L’enseignement donné en classe est fait de situations d’apprentissage qui mettent les écoliers en face des réalités vécues et quotidiennes et sur la base d’un guide conçu sur l’hygiène et l’assainissement, des bandes dessinées qui sensibilisent sur les bonnes pratiques, le non gaspillage de l’eau… Aujourd’hui, au-delà de l’appropriation des bonnes pratiques et bons comportements,  le génie de l’école a inventé un dispositif de lavage des mains à l’eau et au savon original, facile à réaliser et à moindre coût appelé “Tippy-Tap”.

Des résultats au-delà des espérances

Même récente, l’initiative du PNE-Bénin et de Protos dans cette école et dans les autres ciblées pour l’expérimentation, porte ses fruits. Et les acquis sont indéniables. Les témoignages des enseignants renseignent fort bien sur les effets et impacts enregistrés. Avant son départ de l’école pour une autre, la directrice Victoire Agbogbo qui a vécu les premiers, raconte: «avant l’expérience, il n’y a pas de semaine où nous n’enregistrons pas de cas de vomissement ou de maux de ventre. Au total, 20 à 30 cas».Mais, la mise en place du club et l’ardent travail des petits avocats auront produit des résultats significatifs. «Avec cette expérience, le nombre de cas a considérablement diminué. On est passé à 3 ou 5 cas par semaine», soutient la directrice. Devenus défenseurs de la propreté, les enfants maintiennent leur entourage bien propre. Ce qui leur a valu un prix scolaire sanitaire qui fait la fierté des responsables de l’école mais aussi des écoliers désormais pionniers et acteurs d’une initiative qui fait école. Et ce n’est pas tout, dans leurs familles respectives les enfants issus de l’école ne manquent pas de “rappeler à l’ordre”, leurs parents à la maison. Résultat, les bons comportements de l’école se déteignent dans les familles impactant un plus grand nombre de personnes. Face aux résultats probants, écoliers et enseignants n’entendent pas s’arrêter et ambitionnent d’aller plus loin. «L’administration étant une continuité, nous allons continuer à travailler et nous souhaitons que tous ces enseignements soient inscrits dans l’agenda des enseignants candidats à la pratique du CAP», rassure l’actuel directeur Grégoire Dégbé.

Quid des Clubs des enfants Avocats de l’Eau 

Les ” Clubs d’Enfants Avocats de l’eau ” dont le fonctionnement est basé sur un système d’éducation par les pairs, est une initiative mise en place par école pilote, pour renforcer les compétences développées chez les enfants, au sein de l’école et dans leurs familles respectives. Ces écoles pilotes sont également dotées d’ouvrages simples d’approvisionnement en eau potable (postes d’eau potable) et de dispositifs adéquats d’assainissement de base (latrines, dispositifs de lavage des mains, etc.). Les clubs Avocats de l’eau sont des groupes de trois élèves constitués au sein de chaque classe, ayant chacun un rôle bien défini. On distingue un président du club qui est chargé du suivi du bon fonctionnement du club ; un responsable Eau qui est chargé du suivi de la bonne gestion du poste d’eau potable de la classe et de son entretien, et enfin le troisième est le responsable hygiène et assainissement, chargé de la propreté de la classe, et du respect des règles d’hygiène et surtout du lavage des mains chez ses camarades.

March 4, 2013

Intégrité et lutte contre la corruption dans le sous-secteur AEP: Les acteurs locaux de Klouékanmè s’approprient l’outil EAIE

Alain TOSSOUNON (RJBEA-Bénin)

Photo de famille atelier WIN KlouékanmeChoisie parmi les trois communes béninoises devant promouvoir et appliquer l’outil d’Evaluation annotée de l’intégrité de l’eau dans le sous-secteur de l’Approvisionnement en Eau Potable (EAIE), la commune de Klouékanmè a accueilli dans le cadre d’un atelier d’appropriation et d’application, les experts et facilitateurs de l’utilisation de cet outil. Une occasion pour les acteurs communaux fortement mobilisés, au terme de cet atelier, de manifester au Partenariat National de l’Eau (PNE-Bénin) et au Réseau WIN, leur engagement à faire de l’intégrité et de  la bonne gouvernance, une réalité dans le sous-secteur de l’approvisionnement en eau potable dans la commune. C’était le 26 février 2013 à la salle de conférence de l’arrondissement central.

Avant le lancement de l’atelier par le maire de Klouékanmè, Christophe Mègbédji, le Coordonnateur du PNE-Bénin, Armand Houanyé, a tenu à situer le contexte de l’initiative de promotion de l’outil EAIE et de l’organisation de l’atelier. Indiquant que la finalité recherchée est de garantir l’eau potable à tous et dans tout le territoire de la commune,  il a souligné que cette initiative constitue une réponse à l’amer constat de la non disponibilité de l’eau pour tous les habitants du Bénin et de la commune de Klouékanmè. Une réalité dont la cause principale est, non la disponibilité des ressources, mais un problème de gouvernance. «Les ressources sont là mais nous n’avançons pas assez», a signalé Armand Houanyé pour justifier le développement de l’outil par le réseau Water Integrity Network (WIN). Un outil qui permet d’apprécier l’état et les insuffisances en matière d’intégrité afin d’y remédier.  Pour terminer, il a précisé que l’atelier permettra d’appliquer l’outil EAIE au sous-secteur de l’approvisionnement en eau potable en milieu rural, en vue d’établir la situation dudit sous-secteur en matière d’intégrité d’une part; de cibler les actions d’amélioration à mettre en place. De même, avec les différents acteurs venus de structures diverses (Mairie, OSC, association de consommateurs, partenaire…), l’atelier constitue une opportunité pour promouvoir le droit à l’eau et à l’assainissement, établir une vue d’ensemble sur l’état de l’intégrité dans le sous-secteur sur la base d’éléments d’appréciation tels que Transparence, Reddition des comptes, Participation et Mesures Anti-Corruption, identifier des domaines pertinents d’action pour renforcer l’intégrité et améliorer la gouvernance du sous-secteur. Et enfin, produire un outil pour la sensibilisation de l’opinion sur l’état de l’intégrité de l’eau et incitation des acteurs du secteur à l’action suite à l’atelier.

Par ailleurs, sur le choix de la commune, il a indiqué que Klouékanmè a été ciblée pour ses efforts de bonne gouvernance reconnus au-delà des frontières de notre pays.  Réagissant, le maire Christophe Megbédji, s’est dit “très honoré” par ce clin d’œil. «Nous allons nous mettre davantage au travail pour mériter la confiance placée en nous», a-t-il ajouté avant de signifier tout l’engagement de la commune et de ses autorités, à faire en sorte que l’intégrité soit une réalité dans sa localité.

Klouékanmè face au respect du droit à l’eau et à l’outil EAIE

Après avoir exprimé leurs attentes qui se résument essentiellement à la découverte de l’outil et à la volonté de son appropriation, les participants ont eu droit à un exposé sur “Droit à l’eau au Bénin : réalités, défis et approches de mise en œuvre”. En indiquant que le droit a l’eau consiste en un approvisionnement suffisant, physiquement  accessible et à un coût abordable, d’une eau salubre et de qualité acceptable pour les usages personnels et domestiques de chacun, l’expert Félix Adégnika, a soutenu que l’Etat comme les collectivités locales devraient travailler à ne pas  “entraver injustement l’accès à l’eau de chacun”. Tout en affirmant que dans le corpus juridique, le droit a l’eau est loin d’être négligeable mais qu’il est presque inopérant parce qu’il n’est pas appuyé par des décrets d’application ou qu’il est souvent dépassé, il a énuméré des contraintes qui jalonnent son respect par les autorités centrales et locales.  Au nombre de ces contraintes, il a cité les passations de marchés et la gestion des contrats, les procédures de gestion des fonds publics, le non respect des normes et standards d’exécution des travaux et l’absence d’autorité indépendante de régulation. Pour lever  ces contraintes et assurer le plein respect de ce droit, l’Evaluation annotée de l’intégrité de l’eau (EAIE) constitue un important outil et une réponse. Tout simplement parce que, selon l’expert Armand Houanyé, dans le monde, au Bénin et dans la commune de Klouékanmè, plusieurs personnes sont encore dans l’angoisse de la soif. Et surtout, parce que selon le Rapport Mondial sur la corruption secteur Eau 2008, la crise de l’eau est une crise de gouvernance confortée par la corruption et le déficit d’intégrité. Un constat qui a conduit à la  mise en place de plusieurs outils dont l’outil “Evaluation Annotée de l’Intégrité de l’Eau” par WIN suite à un processus de recherche-action.   Outil pratique et multifonctionnel qui vise à mettre en place une communauté de pratiques pour partager les expériences pour l’amélioration de l’intégrité et de la gouvernance du secteur (formateurs/ facilitateurs), l’EAIE est aussi un outil de diagnostic. En tant que tel, il permet d’établir une vue d’ensemble de l’intégrité du secteur/ sous-secteur de l’eau pour détecter/ cibler les domaines vulnérables à la corruption, d’identifier les domaines prioritaires dans lesquels il urger d’agir pour renforcer l’intégrité, d’accroître la sensibilisation sur la question de l’intégrité et inciter à des améliorations en faveur de l’intégrité. Il est fondé sur l’analyse des 3 piliers d’intégrité (Transparence, Reddition des comptes, Participation) et dans 5 domaines essentiels : Politique et Législation (PL), Régulation (R), Projets et Programme d’Investissement (PPI), Prestation de Services (PS) et Législation Anti-Corruption (LAC).

Une feuille de route adoptée

Intense et riche, l’exercice qui a suivi la présentation de l’outil a suscité dans chaque groupe de travail et dans la salle, de vifs échanges. En présence du maire qui a suivi et participé aux travaux, les participants sont restés actifs jusqu’ à la fin des travaux. Pilier par pilier et domaine par domaine, les participants ont attribué selon leurs perceptions parfois différentes, des notes pour apprécier l’état de l’intégrité dans le sous-secteur de l’eau potable dans la commune. Si par endroits, les perceptions étaient les mêmes, dans certains cas, les uns et les autres n’étaient pas du même avis. Au final, une moyenne reflétant le niveau de perception commun était retenue comme base de discussion pour relever les insuffisances et points faibles. Un travail d’arrache-pied qui a abouti à l’élaboration d’une feuille de route pour corriger les insuffisances relevées. Les grands axes de cette feuille comportent, en dehors de la finalisation participative du rapport et de la restitution des résultats de l’atelier au niveau communal et des arrondissements, le renforcement des capacités des acteurs (ACEP), la promotion du concept de l’intégrité et du droit a l’eau, la  vulgarisation des textes de lois sur l’eau à travers les canaux appropriés, la publication des avis d’appels d’ offres et arrêtés  dans les langues locales, la poursuite des efforts de Reddition des comptes au niveau communal, l’évaluation de l’opération marbre.

Au terme de l’atelier, les participants proactifs tout au long des travaux, ont été félicités pour les débats francs menés même si parfois les échanges ont été houleux mais constructifs. Et ce, en présence du maire qui a montré toute sa disponibilité et son engagement. Dans leur ensemble, les participants ont dit avoir beaucoup appris sur cet outil et son utilité pour l’amélioration de la gouvernance de l’eau. Désormais, le cap est mis sur l’après-atelier et à l’unanimité, les participants ont exprimé le vœu de voir la feuille de route mise en œuvre. Mais, ils peuvent compter sur le PNE-Bénin et son partenaire WIN, a rassuré le Coordonnateur Armand Houanyé.

January 11, 2013

Félix Adégnika, expert eau/assainissement: «Il faut une politique et une stratégie spéciales pour faire face à la problématique de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement des zones lacustres et périurbaines»

Felix Adégnika.1Au Bénin, les communautés qui vivent dans les zones lacustres et périurbaines ont difficilement accès à l’eau potable et aux toilettes. Compte tenu de la particularité de ces zones, l’Etat et sa stratégie nationale ne les prennent pas en compte. Dans le plaidoyer que fait l’expert en eau et assainissement, Félix Adégnika dans cet entretien, il appelle à un programme spécial pour voler au secours de ces populations défavorisées. Pour lui, des technologies adaptées doivent être trouvées pour réponde aux défis que présentent ces zones. C’est tout simplement une question de justice au regard du droit à l’eau et à l’assainissement.

 

On constate depuis un certain nombre d’années que les populations des zones périurbaines et des zones lacustres sont laissés-pour-compte en matière d’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Quelle est votre appréciation par rapport à cette situation ?

 

C’est la situation en réalité que vous venez de dépeindre. Les zones marginalisées et défavorisées sont effectivement les zones périurbaines et les zones lacustres. Parce que la stratégie que nous avons au Bénin, ne prend pas en compte ces zones et les communautés qui y vivent. L’argument que les gens avancent, c’est que ce sont des zones difficiles, des zones non structurées ou l’on ne peut investir pour qu’après, on revienne tout changer. Mais, c’est faux. Je vous dis qu’on peut adapter à chaque zone, une technique ou trouver des technologies appropriées. Ceux qui vivent dans ces zones sont des Béninois à part entière et donc, ne sont pas entièrement à part. Il y a des technologies adaptées à toutes les situations. Et donc l’Etat devrait œuvrer avec ses partenaires pour que ces zones-là soient couvertes. L’essentiel, c’est d’avoir une stratégie spéciale. A partir du moment où vous avez une documentation qui présente la difficulté de ces zones, vous aurez des bailleurs de fonds pour vous financer. Par exemple, la Banque d’investissement a accepté appuyer la ville de Cotonou pour permettre les extensions vers les zones périurbaines. Alors que la SONEB disait qu’elle ne peut pas mettre ses installations pour qu’après quand on va restructurer, qu’elle ne puisse récupérer ses tuyaux et autres. Pourtant, les communautés qui y vivent vont consommer et payer la TVA et comme cela, tout le monde gagne. L’Etat doit en conséquence avoir une politique et trouver les ressources pour ces personnes défavorisées.

Sur le terrain, on constate qu’avec le manque d’eau et le mauvais assainissement, que ces populations paient beaucoup pour se soigner. Vous pensez qu’il faut sensibiliser davantage les autorités centrales et locales sur cette problématique ?

Je pense que les autorités ne mesurent pas tous les contours du développement. Comme vous l’avez souligné, ce sont les populations de ces zones défavorisées qui achètent l’eau plus chère parce que l’eau étant un bien vital. Elles sont obligées de parcourir de longues distances pour s’en procurer. Le plus dangereux, c’est 44 jours de maladie par an. Mieux, une personne malade dans une famille du fait de l’absence d’eau et qui doit acheter des médicaments, cela affecte le travail quotidien de 5 autres membres de cette famille. En termes de coût financier, c’est important et c’est le développement qui prend un coup. Si vous calculez ce que l’Etat va mettre pour donner l’eau et ce qu’on gagne en retour en termes d’heures de travail, de stress, de médicaments, c’est l’Etat qui gagne. Malheureusement, nos autorités n’ont pas encore compris l’intérêt de fournir l’eau et d’assurer le bien-être de ces populations. Ce qui encore relève d’un devoir constitutionnel.

Avez-vous un message à l’endroit de ces autorités centrales, et aussi des autorités locales qui ont aujourd’hui la compétence en matière de fourniture d’eau potable ?

Vous me donnez l’opportunité de m’adresser aux autorités locales, plus particulièrement aux maires. Je suis convaincu qu’ils peuvent faire plus qu’ils ne font aujourd’hui. Quand on prend l’exemple des pays développés, des pays où ils vont chercher l’argent, ce sont ces maires qui s’investissent dans la fourniture de l’eau et de l’assainissement. Ce sont des services qu’ils ont l’obligation de rendre à leurs populations. En milieu rural, c’est surtout sur l’eau qu’ils seront jugés. En milieu urbain, c’est surtout l’assainissement, la gestion des déchets. Donc, les maires doivent savoir que c’est sur les services essentiels qu’ils rendent aux populations qu’ils seront jugés. Je pense qu’il y a une opportunité aujourd’hui. Le monde est en train d’évoluer et ils gagneraient à s’investir dans ces domaines porteurs pour le bien-être des populations. Aux autorités centrales, il y a un problème. Il faut qu’ils puissent permettre que le droit à l’eau soit une réalité dans notre pays.

Propos receuillis par Alain TOSSOUNON

January 10, 2013

Hygiène et assainissement de base: L’insalubrité fait des dégâts à Vecky Dogbodji


Photo Article VirgilAssainissement de base quasi-inexistant. Des latrines insuffisantes, des animaux en divagation. Bouses de vache et autres fientes d’animaux jonchent le sol ; de la boue, etc. Voilà l’image que présente le village lacustre de Vecky Dogbodji. Avec de nombreux préjudices.

A. P. Virgil HOUESSOU

« Le village est sale, il y a des tas d’ordures et des fientes d’animaux partout. C’est pour cela qu’il y a des cas fréquents de paludisme », indique Hubert Ahouansou, instituteur à l’école primaire publique de Vecky Dogbodji. « L’année dernière, un enfant atteint du paludisme n’a pas pu terminer l’année. Cela a joué sur sa scolarité », regrette-t-il. « Je n’ai même pas encore pu payer la totalité des frais liés aux soins donnés à mon enfant, il y a moins d’une semaine », fait remarquer Rémi Tognini, le gestionnaire de la fontaine. « C’est la maladie la plus fréquente ici », déclare Solange Godonou Dossou Kokoyè, infirmière. Elle attribue la cause à l’environnement insalubre qui est favorable aux moustiques ». Aux alentours du seul point d’eau, à une dizaine de mètres de la rivière, des cochons en divagation se tortillent dans la boue mélangée aux fientes de divers animaux. Une odeur nauséabonde et pestilentielle alourdit l’air. « Rien que pour l’entretien de l’environnement immédiat du point d’eau, personne ne m’a jamais écouté. Imaginez ce qui en est des fientes d’animaux qui envahissent le village entier et rendent nos enfants malades parce qu’ils doivent ramasser chaque matin les bouses vaches et de bœufs avant d’aller au cours », fait observer Rémi Tognini. La cour de l’école primaire publique de Vecky Dogbodji étant tapissée chaque nuit de bouses de vache. « Le fait que les enfants ramassent les bouses de vaches a pour conséquences les maladies dont ils souffrent et nous enregistrons souvent de nombreux cas par semaine », soupçonne Hubert Ahouansou.

Vecky Dogbodji est un parc d’animaux pour l’ensemble de la commune de Sô-Ava. « Ce sont les gens des autres localités qui nous inondent d’animaux. Et c’est dangereux parce que ces animaux sont en divagation, défèquent partout. Ce qui peut polluer l’eau », s’énerve Yvette Anaboui, ménagère. Les nombreuses démarches vers les élus locaux notamment la mairie n’ont pas connu de suite. « Il faut que la mairie agisse très vite. Ce n’est pas pendant les élections qu’il faut se rendre compte de notre existence », lance le chef du village de Vecky Dogbodji qui demande aux députés et aux conseillers communaux d’effectuer une fois par mois une visite dans les villages pour vivre et découvrir la réalité. « Quand il en parle et qu’il n’y a pas de réaction, il abandonne. Même lui, le chef de village, possède des animaux », dénonce Yvette Anaboui. Elle soupçonne une complicité avec les propriétaires d’animaux qui refusent de construire des enclos pour parquer leurs animaux.

Le péril fécal aussi…                                                                                                                                                 

A l’insalubrité due aux activités d’un élevage incontrôlé, s’ajoute les questions d’existence et de pratiques d’infrastructures d’assainissement. La pénurie est criarde dans l’ensemble de la commune de So-Ava. « Nous n’en avons pas. C’est pourquoi nous allons dans la brousse. Aux alentours immédiats des concessions », précise le chef de village. Si à Vecky Dogbodji, on peut compter seulement deux blocs de trois ou quatre latrines (à l’école primaire et au marché). Ailleurs, il n’y en a pas du tout. « Lorsqu’il y en a, les enfants refusent d’aller aux latrines et il faut les forcer », expose Hubert Ahouansou, instituteur. C’est encore plus grave pendant la période de crue où ils n’ont pas du tout accès aux latrines.  Cela justifie une augmentation du nombre de malades de diarrhée pendant la période de crue», notre l’infirmière. « Les populations de So-Ava, lacustres, n’avaient pas l’habitude des latrines qui sont d’ailleurs insuffisantes », avoue Aminou Atidékoun, Chef Service Eau Hygiène et Assainissement de la mairie pour justifier le manque d’intérêt des populations pour les latrines.

Les différentes sensibilisations n’ont pas eu de résultats. « Nous sommes très peu écoutés en tant qu’enseignants. Quand vous en parlez, les gens pensent que vous vous érigez en donneurs de leçons à cause des pesanteurs sociaux. Ce qui fait que les écoliers qui reçoivent les cours d’hygiène à l’école ont du mal à attirer l’attention de leurs parents sur ces faits au risque d’être brimés », s’inquiète impuissant l’instituteur. L’élaboration du Plan d’Hygiène et d’Assainissement Communal (PHAC) et du Plan et leur exécution constitue désormais l’espoir pour toute la commune.

January 10, 2013

Villages lacustres de Vecky: Si près et si loin de l’eau

L’eau potable existe à Vecky. Mais, elle est malheureusement encore mal distribuée et en quantité insuffisante. Les populations s’adaptent aux contraintes diverses avec de nombreuses conséquences sur les plans sanitaire, social et économique.          

A. P. Virgil HOUESSOU (RJBEA/Bénin)Article 1 Virgil

« Devant moi les gens abandonnent l’eau potable de la fontaine pour boire l’eau de la rivière, même quand je leur refuse cela ». C’est visiblement résignée et impuissante que Solange Godonou Dossou Kokoyè, infirmière au centre de santé Béthel de Vecky Daho, expose son désarroi face aux comportements des populations. Depuis vingt ans, elle est témoin de ce paradoxe pendant chaque période de crue. Notre entretien se déroule à une dizaine de mètres du cours d’eau, un groupe de gamins barbote dans la rivière. A quelques pas, une maman se lave avec son enfant au savon et y fera sûrement sa toilette intime. Sur et sous cette même eau de la rivière, circulent, par des pirogues cargo, des bidons d’essence de la contrebande en provenance du Nigéria. Des débris de tronc d’arbre et des détritus ménagers planent sur l’eau  et jonchent les abords immédiats de l’eau. Le retrait très récent de la crue a laissé sur l’ensemble de la berge, un mélange de boue et de bouses de bovins qui dégage une odeur fétide. Pendant la période de la crue – d’août à novembre de chaque année – de nombreuses personnes laissent l’eau potable de la pompe pour se servir de l’eau de la rivière pour toutes sortes d’usage domestique. Même pour la boisson. « Selon eux, si on dit que l’eau de la fontaine n’est pas salée et qu’on la considère comme potable, il n’y a pas de doute que l’eau de la rivière ou du lac qui n’est pas non plus salée, mais douce pendant la crue, doit être aussi potable », explique l’infirmière. Rémi Tognini, le gestionnaire du seul point d’eau potable des deux villages, appuie sans étonnement : « C’est une pratique fréquente chez nous », dit-il en se référant à l’histoire du village et du forage de la fontaine. Joachim Hègbé, Chef du village de Vecky Dogbodji, raconte: « Avant que l’archevêché de Cotonou ne vienne nous faire ce forage, il y a vingt ans, c’est un bas-fonds appelé ‘’Dan-to’’, creusé par nos grands-parents, un peu loin du canal, qui nous fournissait de l’eau pour tous types d’usages». « Cette eau était souvent trouble ou bien tarissait en saison sèche. Ce qui conduisait nos parents à recourir à l’eau du canal pour suppléer au manque », poursuit-il. La tendance à adopter encore aujourd’hui ces mêmes habitudes laissent des dégâts. Des dizaines de cas de diarrhée sont observées lors de la dernière de la crue, reconnaît l’infirmière. « Hors période de crue, nous ne recevons pas des cas de diarrhée liés à l’eau », avoue-t-elle. Le Chef du service Eau, Hygiène et Assainissement  de la mairie de So-Ava compte sur les partenaires techniques et financiers pour aider à l’élaboration d’un plan pour servir de guide de sensibilisation.  En attendant, la résistance continue malgré le temps et aux séances de sensibilisation animées par les ONG sur l’eau potable et l’assainissement.

De l’eau insuffisante et mal distribuée

Une résistance que favorise aussi la faible couverture en eau potable des villages de Vecky Dogbodji et de Vecky Daho. Une seule fontaine – presque centrée entre Vecky Dogbodji et Vecky Daho, distants de moins de cent mètres et séparés par la rivière Sô – pour servir plus de …….. âmes réparties entre plusieurs villages de part et d’autre des deux rives. Les difficultés d’approvisionnement sont alors nombreuses. « La fontaine est à un seul endroit et il n’y a pas de canalisation », se plaint Rémi Tognini. Certaines personnes viennent de Vecky Nouvi, à deux kilomètres de la fontaine pour s’approvisionner par la pirogue.  Des bagarres naissent souvent entre les femmes et entre les enfants. Des bagarres qui menacent même parfois la cohabitation entre les villages bénéficiaires. « Aux heures de pointe, les matins et les soirs, tout le monde veut se faire servir au même moment et des conflits naissent », témoigne le gestionnaire de la fontaine. Pour éviter ces conflits, une ramification artisanale est faite vers un point d’eau annexe au milieu de la rivière. Ce qui facilite la tâche aux populations de Vecky Daho et ailleurs se servent de pirogues pour l’approvisionnement en eau. Malgré cela, l’absence du chef de famille, aller loin sur le lac pêcher des poissons avec la pirogue, amène les femmes et les enfants à se servir de l’eau du canal pour les besoins. La situation devient plus complexe quand l’eau de la fontaine cesse parfois de couler – la source d’énergie pour son fonctionnement étant un panneau solaire de faible capacité qui tombe très souvent en panne. Pas de soleil donc, pas d’eau donc. La fontaine n’étant pas gérée par la communauté, mais par l’archevêché, il faut attendre la décision des autorités religieuses. Recours donc aux corvées d’eau par la pirogue. Cap est mis sur les sources alternatives d’eau potable à Ganvié, Sô-Tchanhoué, Sô-Zounko, Sô-Ava. Plusieurs kilomètres à parcourir, un rationnement de l’eau potable. «  Il nous faut quatre heures pour l’aller-retour et nous devons payer les piroguiers. Cela revient donc cher », avoue Bina Avocètien, une ménagère. Le chef du village l’appuie « Quand il y a panne, c’est l’eau du canal que nous essayons de désinfecter avec de l’alun pour la boisson et les besoins domestiques. Pour ceux qui n’ont pas une pirogue ou les moyens financiers d’aller s’approvisionner si loin, c’est le recours immédiat à l’eau de la rivière ». Parfois sans désinfection. L’absence de l’eau a aussi des répercussions sur l’économie locale. Yvette Anaboui, ménagère, vend du thé et autres divers pour subvenir aux besoins de la famille « Sans eau, il n’y a pas de thé à vendre. Le temps de perdre quatre heure pour aller chercher de l’eau le matin agit sur le service aux clients et mes revenus diminuent », reconnaît-elle.

L’espoir est permis…

Face à ce tableau sombre que présente Vecky, entouré, comme tous les autres villages, par la rivière Sô, le fleuve Ouémé et le lac Ahémé,  Aminou Atindékoun, Chef Service Eau, Hygiène et Assainissement de la mairie de Sô-Ava, établit le contraste : « Sô-Ava est une commune lacustre où l’eau ne devrait pas poser problème, mais notre problème majeure, c’est l’eau ». « Nous n’avons pas de l’eau de qualité », poursuit-il. La plupart des infrastructures de fourniture d’eau potable érigées dans la commune – d’ailleurs insuffisantes – sont en panne. Le taux de desserte de la commune en eau potable est de moins de 19% contre une moyenne nationale de 62%. Quelques initiatives en cours pourront changer les données dans les mois à venir. Fin novembre dernier, il y a eu la remise de chantier de 6 AEV pour renforcer la capacité d’approvisionnement en eau de la commune. L’ambition, selon le Chef service Eau, Hygiène et Assainissement est de parvenir à 40%. Mais par manque de moyens, la commune doit compter sur l’aide extérieure. Les partenaires techniques et financiers se faisant désirer.

 

 

 

 

 

January 10, 2013

Accès à l’eau et à l’assainissement en milieu lacustre: Le faible engagement des autorités locales

Assurer aux populations un accès équitable à l’eau potable et à un assainissement adéquat est encore une réalité non comprise par  les autorités de la commune de Sô-Ava. Dans cette localité lacustre, le secteur de l’eau et de l’assainissement est toujours relégué au second plan des priorités Les investissements consacrés au secteur restent encore faibles.

Bonaventure KITI (RJBEA/Bénin)Photo article Kiti

Dans la feuille de route de mise en œuvre du PDC (2007-2009) de la commune, la part des investissements consacrée à l’environnement (y compris le secteur de l’eau potable et de l’assainissement) s’élève à 37,4 millions de francs CFA sur 571,4 millions de francs CFA.  Soit un taux de 7% comparativement aux domaines de la gouvernance, du social et de l’économie qui engouffrent entre 49,7 millions et 317,7 millions. Des chiffres qui témoignent du peu d’intérêt  accordé à un  secteur aussi vital que celui de l’eau et de l’assainissement de base.. Pourtant, les taux d’accès à l’eau et à l’assainissement restent encore faibles.  Si le taux de desserte en eau potable est de 19%, celui de l’accès à l’assainissement n’atteint pas 10%.

A ce jour, la commune de So-Ava compte deux forages équipés de pompe à motricité humaine dont un en panne, quatre puits modernes, 48 bornes fontaines dont 4 en panne et 05 postes d’eau autonomes pour une population estimée à  101 975 habitants à partir du Recensement Général de la Population et par Habitat (RGPH 3). La commune est classée 7ème sur huit dans le département de l’Atlantique avec un taux de desserte de 19% contre une moyenne de 52% au plan départemental et 61,0% au plan national. Bien qu’étant donc située sur  l’eau, la commune de Sô-Ava manque encore d’eau potable.

Des autorités encore dans la profession de foi

A la mairie de So-Ava, interrogé, le chef service eau et assainissement, Aminou Attindékou, confirme le faible taux de desserte et revient sur le chemin de croix des populations encore en proie dans leur grande majorité au manque d’eau et de toilettes. « La situation en matière d’hygiène et d’assainissement est très criarde », raconte-t-il.  Ce que confirme Nicolas Tognini, habitant de Vekky Dogbodji.  « Dans le village,  il n’y a qu’une latrine pour le marché. Ici, on fait tout dans l’eau. Les ménages ne disposent pas de latrines et défèquent en plein air» déclare-t-il d’un air préoccupé. Pour se défendre, la mairie évoque la prise en compte de l’hygiène et de l’assainissement dans le Plan de Développement Communal (PDC) et dans le Plan Annuel d’Investissement (PAI). De même, une commission communale Eau et Assainissement créée et dirigée par le deuxième- adjoint au maire est évoquée pour marquer la volonté du conseil communal à faire face à la situation.

Mais, en dépit des déclarations, le ferme engagement des autorités locales pour sortir les populations de cette cité lacustre de l’angoisse de la soif et du manque de toilettes tarde à venir.

Car, dans la réalité, la part du budget communal affectée à l’hygiène et l’assainissement en 2012 est de deux millions de francs CFA sur 120 millions. Et ce, malgré les besoins pressants évoqués aussi bien par les autorités elles-mêmes que par les populations. A ce jour, la commune de Sô-Ava ne dispose pas encore d’un Plan d’Hygiène et d’Assainissement Communal (PHAC). Un document qui constitue un instrument de planification et de plaidoyer pour mieux trouver des solutions aux problèmes d’hygiène et d’assainissement des communautés de cette localité. Plus encore, il permet d’apprécier l’importance qu’accordent les gouverneurs locaux au secteur. Par manque de ressources propres, les autorités locales sont en attente des réponses des partenaires au développement à qui elles ont adressé des demandes pour l’élaboration du PHAC.  « Nous avons écrit aux Partenaires Techniques et Financiers. Nous espérons qu’ils vont se manifester », déclare le chef service eau et assainissement de la mairie. En attendant, le conseil communal donne des gages de sa bonne volonté. Conformément aux propositions de la commission communale Eau et Assainissement, la part du budget communal 2013 consacrée aux investissements dans l’assainissement devrait dépasser 10 millions de francs CFA soit un taux d’accroissement de 400%.  Mais, cela reste encore des prévisions et seul un ferme engagement des autorités locales peut contribuer efficacement à sortir ces communautés du stress de la soif et leur permettre de disposer de toilettes.

 Urgence à agir

Il est vrai que les activités économiques telles que la pêche, l’agriculture, le tourisme, le commerce et l’artisanat sont à promouvoir. Parce qu’elles constituent des potentialités devant contribuer à améliorer les revenus des ménages. Seulement,  le faible accès à l’eau potable et l’insuffisance d’infrastructures d’assainissement de base et d’hygiène  constituent des obstacles au mieux-être des populations et peuvent ralentir l’amélioration des revenus des ménages. Les questions  d’eau potable, d’hygiène et d’assainissement de base doivent à ce titre, être considérées au même degré de priorités que les infrastructures économiques.. Face  à la situation peu reluisante du secteur de l’eau et de l’assainissement dans la commune de Sô-Ava, d’importantes actions concrètes sont nécessaires voire urgentes pour répondre à l’insuffisance d’infrastructures d’assainissement et d’hygiène.   Bien que le concours des partenaires au développement soit encore nécessaire malgré les efforts consentis, il est temps pour les autorités locales de rentrer dans un partenariat public privé et de prendre en compte la durabilité financière  dans la mise en œuvre des actions Wash. Il faut donc mettre en place de meilleures politiques de bonne gouvernance et des mécanismes de financement efficaces. Ce sont des initiatives qui pourraient encourager la mise en place de crédits pour les Activités Génératrices de Revenus (AGR) dans le domaine de l’assainissement avec épargne pour la réalisation de latrines ECOSAN. C’est une option technologique d’assainissement qui semble adaptée aux zones hydrogéologiques difficiles comme celle du milieu lacustre de Sô-Ava. D’autres initiatives orientées en amont vers les actions de sensibilisation des populations pour une prise de conscience des risques sanitaires liés à une mauvaise hygiène peuvent être  une réponse aux problèmes en matière d’assainissement de base et d’amélioration du cadre de vie des populations.

 

September 19, 2012

2e édition du Forum de haut niveau de Dakar sur l’eau et l’assainissement: Capitaliser les succès et passer des déclarations aux engagements

Le forum de Dakar pour contribuer à l’amélioration de l’accès à l’eau et à l’assainissement

Attendue pour servir de plateforme de capitalisation des succès et d’évaluation des engagements de la première édition, la deuxième édition du Forum de haut niveau sur le thème ” Financement et investissement pour accélérer l’accès à l’hygiène, l’assainissement et l’eau en Afrique “, se tiendra à Dakar, du 12 au 14 décembre 2012. En collaboration avec le gouvernement du Sénégal, ce forum de l’espoir réunira, les représentants des gouvernements, les PME, les bailleurs de fonds et les investisseurs, les praticiens et chercheurs pour des solutions innovantes et des engagements pour l’avenir.

Alain TOSSOUNON (BENIN)

Définir des mécanismes innovants de financement et des investissements au profit d’un secteur HAEP en vue d’accélérer le processus d’accès à l’assainissement et à l’eau pour tous ; catalyser la collaboration entre les investisseurs et les innovateurs. Et enfin, traduire les engagements en actions urgentes à travers l’institutionnalisation, la matérialisation des mécanismes de suivi des progrès et la revue des pairs. Tels sont les trois grands objectifs du forum de haut niveau au cours duquel, différentes plateformes seront établies pour faciliter les échanges. Egalement, des experts et des praticiens du secteur, confronteront leur savoir-faire et leurs idées pendant les sessions afin d’aboutir, au terme des échanges, à l’élaboration d’un cadre africain pour traduire les politiques en actions concrètes, et vice versa. La gouvernance et le financement des programmes HAEP en Afrique seront aussi à l’ordre du jour.
En marge des discussions et échanges, une foire aux innovations sera organisée pour réunir innovateurs et fournisseurs de services en Afrique. Ceci, afin de mettre en lumière, leurs produits et services et les soumettre aux investisseurs potentiels. De même, au cours de cette grande messe, aura lieu le lancement du Think Tank. Un grand tems fort attendu au Forum. Le Think tank africain sur l’assainissement est une politique indépendante de réflexion autour de l’assainissement afin d’influencer efficacement les gouvernements, les donateurs, les Organisations Régionales et les acteurs du secteur en Afrique sur les enjeux et politiques en matière d’assainissement et la promotion des meilleures pratiques très peu connues jusqu’ici.
Ce projet de Think tank, s’il est mené à bien, viendra en appui au processus d’influence des pratiques tout en démontrant comment les politiques et les décisions et déclarations de haut niveau, peuvent effectivement se concrétiser à travers des actions sur le terrain.

La table ronde des ministres et bailleurs de fonds
Afin de faire le suivi des grands événements qui ont marqué le secteur à savoir le 6ème Forum Mondial de l’Eau de Marseille, le sommet de Rio +20, la Réunion de haut niveau en faveur de l’Assainissement et l’Eau pour tous de Washington, et la cinquième Semaine Africaine de l’Eau, le Forum donnera l’occasion à travers une table ronde, aux Ministres et aux bailleurs de fonds, d’échanger sur l’avenir. Et au-delà des échanges, elle offrira l’opportunité aux deux acteurs, d’examiner les possibilités, moyens et stratégies de traduire les engagements pris au cours de ces grands rendez-vous en actions concrètes, pour l’Afrique.
En effet, en mettant à l’ordre du jour la question du financement, le forum vise à amener les acteurs, à s’interroger sur les modèles de financement et d’investissement en vigueur dans le secteur HAEP en Afrique. Une façon d’identifier leur efficacité et leurs limites au regard des besoins sans cesse croissants des financements et de la crise économique mondiale. De même, les difficultés d’absorption qu’éprouvent certains pays seront analysées pour des propositions pertinentes pour un changement de paradigme de l’approche ” aide ” et de l’approche ” marchand “. Les discussions porteront également sur la nouvelle initiative de EAA portant sur la mise en place d’un fonds destiné à favoriser l’accès des petites et moyennes entreprises aux financements.
En lien avec l’objectif 2, le forum accordera une place de choix à l’innovation au service du secteur de l’eau et de l’assainissement. Ainsi, dans une perspective de faire de l’innovation, un moteur de croissance, une grande attention sera portée à l’innovation en matière de fourniture de produits et services HAEP et les approches d’intervention sont restées classiques.
Enfin, le forum est attendu pour être celui des engagements. Car, l’heure a sonné de passer des déclarations aux engagements à trois ans de l’échéance des OMD, ou des défis sont encore grands. Les décideurs à la table ronde s’accorderont sur la définition et la mise en œuvre des actions concrètes pour accélérer l’accès à l’eau et à l’assainissement.

March 24, 2012

Accès à l’eau potable dans la commune de Sô-Ava : Une conquête périlleuse pour la survie

Dans cette cité lacustre, l'accès à l'eau potable est encore difficile

Aujourd’hui encore, pour s’approvisionner en eau potable, les femmes du village de Ahomey Gblon dans la commune de So-Ava, à 35 km de Cotonou, doivent porter leur croix. Mais malgré la longue distance, les incidents de route…elles ne sont pas prêtes à abandonner le combat. C’est le prix à payer pour sauver leurs enfants des maladies du péril hydrique.

Alain TOSSOUNON (tossounon@gmail.com)

Ce jeudi 3 août, pendant que la nuit y est encore avec sa fraîcheur aigre entremêlée de petites gouttes de rosée, les femmes du village Ahomey Gblon (commune de Sô-Ava) se sont retrouvées à leur point de départ habituel. Presque en haillons et munies de pagaies, de bidons, de calebasses, de seaux et bassines en plastique, elles se mobilisent autour de leurs pirogues affrétées pour le grand voyage. Elles se saluent à peine. Pas non plus le temps de bien disposer les ustensiles alors jetés pêle-mêle dans les pirogues. Remontant le lac pour Ganvié I, village lacustre qui attire de milliers de touristes chaque année, situé dans le sud ouest de la commune, dame Victorine Kpotin se met à fredonner une chanson. Elle sait que la route sera longue et qu’il lui faudra s’armer de courage. ” En chantant, je ne me rends pas compte des 7km à parcourir sur l’eau ; cela m’aide également à affronter facilement les péripéties éventuelles “, souligne-t-elle.
Chemin faisant, d’autres pirogues font leur apparition et rejoignent celles qui étaient déjà sur l’eau. Le temps n’est pas aux palabres. Les échanges se limitent aux salutations, se laissant aller sous l’effet du vent.
Dans cette atmosphère morose déchirée par les seuls mouvements des pagaies, le soupir préoccupant de Annette Houndéton se fit entendre : ” quand allons-nous finir avec cela ? “. Et comme personne ne lui répondait, elle se résout à trouver en nous, un facile bouc émissaire : «au lieu de chercher à nous interroger, tu ferais mieux d’informer ceux-là qui t’ont envoyé de ce que nous endurons». Mais le climat ne va pas tarder à devenir relaxe. Elles viennent de passer 2 km et sont au centre de Sô-Ava. Le ralliement progressif d’autres «chercheuses d’eau» a contribué à détendre l’atmosphère. Les conversations vont bon train dans la langue ”avagbo”, la langue locale : on rit, on se taquine…la détente ne dura pas longtemps. Car, après Sô-Ava centre, la traversée des jacinthes d’eau devient très pénible, la circulation est quasi impossible. Mais comme souvent, la ténacité de ces femmes a encore payé. Quoique les perspectives dressées par Dominique Faizoun, agent de la mairie de Sô-Ava, restent pessimistes : ” d’ici là, ce serait le comble car ces jacinthes vont remplir la surface de l’eau au point qu’elles ne puissent plus aller chercher de l’eau “.
Juste après la corvée des jacinthes, les femmes se sont divisées en deux groupes, prenant deux directions différentes. Sur les abords de l’autre côté de la rive du lac Nokoué, voici que les pirogues ont commencé par s’aligner l’une derrière l’autre devant une case servant de protection à la pompe d’eau. C’est Ganvié I, là où a lieu l’approvisionnement en eau potable des femmes de Ahomey Gbon. C’est un double château totalisant plus de 40 m3, avec des panneaux solaires et un réseau de 4 bornes fontaines. Au beau sommet de cette case, un homme assis, que les femmes saluent dans leur langue. Affable, il leur répond et les invite à plus se rapprocher de la case. Un long tuyau sortant par une entrée de la case est orienté vers le 1er plastique de 100 litres d’eau de la première femme à prendre l’eau. Après s’être faite servie, elle cède la place à une autre et prend aussitôt le chemin de retour sans attendre les autres et ainsi de suite. De 5 h 30 mn du matin, ce n’est qu’aux environs de 11 h 30 mn que les femmes sont de retour dans leur village. Et non sans incident. Car, elles devraient subir ” l’enfer ” des barques motorisées, transportant des personnes et des biens. ” Leur passage fait tanguer les pirogues des femmes et elles perdent des quantités d’eau importantes”, témoigne Dominique Faizoun. ” Ces femmes qui ne peuvent s’y rendre qu’une seule fois dans la journée sont obligées parfois de faire des surcharges à telle enseigne que le moindre vent fait basculer la pirogue et renverser toute l’eau. C’est un véritable calvaire “, renchérit Laure Pierron de l’Association française des volontaires du progrès en séjour au Bénin pour appuyer la mairie de cette commune dans la mise en place de sa politique de gestion participative.

Malgré tout, un moindre mal
Le village de Ahomey Gblon disposait depuis 1990 d’un double château d’eau totalisant 30 m3 d’eau, et ayant des panneaux solaires permettant d’alimenter un réseau muni de 5 bornes. Début 1998, ce système est devenu non fonctionnel suite à une défaillance du convertisseur. La population se retrouve contrainte de se déplacer avant d’avoir de l’eau. Le secrétaire général de la mairie de Sô-Ava, Nestor Dossou Mignanwande, face au chemin de croix des femmes explique que cette corvée est une réalité dans cette commune lacustre.
Mais pour ces femmes, il n’est pas question d’arrêter cette corvée quotidienne. «Car, l’eau potable nous sauve la vie», déclare Annette Houndéton. Une certitude qu’elles tiennent du drame qu’a connu une de leur amie qui a perdu Yekini, son enfant de six ans en 2005 suite à une épidémie de choléra. ” On n’a pas pu le sauver parce que sa maman l’a amené tardivement. C’était trop tard “, nous confie Désiré Kindjihossou, infirmer depuis 2002 au centre de santé de la commune. Dans cette commune lacustre où plusieurs villages ne disposent pas d’adduction d’eau et où les communautés luttent pour leur survie, les maladies hydriques sont monnaie courante. “Ici, nous avons régulièrement des cas de diarrhée, vomissement, fièvre typhoïde ; des cas liées aux déshydratations sévères qui entrainent le plus souvent des cas de choléra ” signale-t-il. Et pour le médecin chef qui confirme cette situation, il n’y a pas de doute, le manque d’accès à une eau potable en est la principale cause. ” Le manque d’eau potable, la mauvaise hygiène de l’eau sont à l’origine de toutes ces maladies “, explique le médecin généraliste, Jean Agbégbanou.

Au Bénin, les maladies diarrhéiques constituent la quatrième cause de morbidité des enfants de moins de cinq ans. Et chaque année, selon le Programme Eau et assainissement (WSP) de la Banque Mondiale, 4300 enfants de moins de 5 ans meurent de diarrhée. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ces décès sont à presque 90% directement attribués à l’impureté de l’eau et au manque d’assainissement et d’hygiène.
Une situation qui certainement durera encore plusieurs années dans cette localité où les latrines sont rares. (Pour le pays, en 2010, seulement 44,4% de ménages disposent de latrines). Ici, nous indique Annette Houndé, de la pirogue, il n’y a pas de latrine. ” Nous nous débrouillons comme çà “, ajoute-t-elle.
En effet, dans cette localité lacustre les latrines de fortune réalisées par les communautés avec des matériaux précaires rejettent tout sur les plans d’eau. Et même pour les techniciens, la particularité de cette zone lacustre où les habitations sont sur pilotis, rend difficile la réalisation de latrines selon les standards. Pour l’heure, Eau et Assainissement pour l’Afrique (Ex-CREPA) est en train d’expérimenter des options technologiques adéquates d’assainissement pour les communautés les plus démunies vivant dans les zones lacustres.

Mais en attendant, pour les femmes de cette localité qui vivent dans un pays où malgré la construction de points d’eau améliorés, les maladies hydriques n’ont pas diminué (selon l’Évaluation d’impact des programmes d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement au Bénin, conduite par la Direction de l’Évaluation de la Politique et des Opérations (IOB) du ministère néerlandais des Affaires étrangères et le Département des évaluations du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ)), l’enjeu est encore grand et le bout du tunnel n’est pas pour aujourd’hui. Prêtes à faire la corvée d’eau pour prévenir la santé de leurs enfants, ces femmes sont décidées à faire la politique de leurs moyens en attendant un sauveur.

March 24, 2012

6ème Forum mondial de l’eau : Les grandes ” solutions ” de Marseille

Beaucoup de localités attendent encore de l'eau potable comme ici dans une localité au nord du Bénin

Attendu pour offrir au monde des solutions idoines et concrètes, le forum mondial de l’eau de Marseille, a fermé ses portes avec à la clé, d’importants acquis. Si certains sont restés sur leur soif parce que les engagements ne se chiffrent pas en milliards, d’autres en revanche, les plus nombreux, estiment que le forum de Marseille a tenu ses promesses. Surtout dans le contexte difficile de crise économique et financière.

Alain TOSSOUNON (tossounon@gmail.com)

Forger des solutions qui ont fait leurs preuves dans la réalité du terrain et qui sont duplicables par d’autres acteurs. Donc, scientifiquement crédibles, socialement acceptables, adaptées aux contextes locaux, ainsi que financièrement et politiquement réalisables. C’est l’objectif majeur de ce forum annoncé comme le temps des solutions. A l’arrivée, pour certains pessimistes, Marseille n’a pas tenu toutes ses promesses. Car, les promesses ne se chiffrent pas en milliards mais en millions. Mais pour beaucoup, Marseille a dessiné l’avenir de l’eau. Le temps des interventions a laissé place à celui des solutions. En marge de l’un des grands succès de ce forum qu’a été la participation et l’implication remarquable de nombreuses ONG et associations réunies au sein du collectif international, l’effet papillon, d’importants acquis ont été enregistrés.
Au nombre de ceux-ci, on peut retenir, l’engagement du groupe latino-américain à débourser 27 millions de dollars pour préserver 3 millions d’hectares de bassins versants au profit de 50 millions de personnes qui en dépendent. Après l’annonce par le premier ministre français, François Fillon à l’ouverture, de 10 millions d’euros pour la construction d’une usine de dessolement à Gaza, le ministre français de la coopération représenté par Henri de Rancourt, a également annoncé une contribution de 40 millions d’euros pour couvrir les besoins de financement du continent africain afin de l’aider à atteindre l’objectif ambitieux d’assurer un accès à l’eau universel à l’horizon 2030.
Plusieurs Etats africains ont aussi marqué leur engagement à accroitre le budget consacré à l’eau. Il s’agit du Congo prêt à donner 5 millions de dollars supplémentaires, le Tchad et le Niger 1 million de dollars.
Non moins importante solution, sur un plan personnel, le Président Loïc Fauchon s’est engagé à mettre en place une fondation des écoles de l’eau afin que toute nouvelle école, soit dotée d’un système d’adduction d’eau et d’assainissement. Sur le plan politique et de l’agenda international, le Conseil mondial de l’eau (CME) s’est engagé à faire inscrire la question de l’eau au menu des prochains sommets internationaux notamment celui de Rio +20 à Doha. De même, le CME, fort du succès du ” village des solutions ” expérimenté pour la première fois à Marseille, s’engage à rééditer l’expérience. Mais aussi à laisser siéger au sein de son Conseil d’administration, trois jeunes de moins de 35 ans.
Par ailleurs, la cité phocéenne, ville hôte du forum a voulu donner l’exemple aux autres villes du monde. Ceci en prenant environ 28 résolutions dont les plus importantes, sont la réduction de 40% de la consommation d’eau publique d’ici 2020, la fin des rejets en mer des eaux usées et la protection des personnes et des biens en cas d’inondation.

Des solutions d’avenir
A l’instar des jeunes parlementaires à qui une place de choix a été accordée dans les échanges sur l’avenir des ressources en eau, les enfants avaient également toute leur place. Aussi, au terme du forum, à l’image de leurs parents, les enfants ont aussi pris des engagements pour sauver l’eau. Devant les congressistes, deux jeunes lycéens marseillais ont décidé de convaincre leurs camarades, de ne plus rester une demi-heure sous la douche. Une manière de contribuer à l’exploitation durable de la ressource en eau. De même, l’initiative comme l’élaboration d’une charte de l’eau des enfants dans l’école marseillaise à laquelle ils appartiennent, constituent des solutions d’avenir qui préparent les enfants à une bonne gestion de l’eau.
Après l’adoption en juillet 2010 de la résolution 64/292 des Nations Unies relative à la reconnaissance du droit universel à l’eau et à l’assainissement, Marseille a ouvert la voix des solutions. En attendant le prochain sommet qui se tiendra en Corée, on peut déjà se féliciter de la grande mobilisation et des engagements issus de ce forum.

March 24, 2012

6e Forum mondial de l’eau : Quand Marseille rêve d’un monde sans soif

Une pénurie d'eau à Boriban, un village du Bénin

C’est une nouvelle histoire de l’eau qui s’écrit à Marseille depuis le 12 mars. Venus de 170 pays, près de 20 000 participants se sont retrouvés pour échanger et réfléchir afin de donner satisfaction aux deux milliards de personnes dans le monde, qui vivent encore dans l’angoisse de la soif. Après une levée de rideau réussie, les sessions, tables rondes…ont permis une fois encore de faire des propositions concrètes.

Alain TOSSOUNON(tossounon@gmail.com)

Voici venue l’heure des solutions. Le rêve de toutes ces populations qui attendent encore de boire de l’eau potable. C’est l’engagement qu’a pris le forum de Marseille en affichant dès son démarrage, sa volonté de mettre les solutions à l’ordre du jour de l’agenda des discussions.
En ouvrant les travaux de ce rendez-vous qui se tient trois ans après celui d’Istanbul en Turquie et 15 ans après le premier à Marrakech au Maroc, le président du Conseil mondial de l’eau ; Loïc Fauchon a signifié qu’au temps des incantations doit succéder celui des solutions. C’est pourquoi, il s’est félicité de la mise en place d’un ” village des solutions ” qui contribue au partage et à la circulation des solutions.
Car, a-t-il rappelé à tous, il ne faut jamais oublier qu’ «accéder à une eau propre et abondante», est le rêve d’une partie importante de la population de ce monde. Ainsi, il n’y a pas de raison de se féliciter des petits pas enregistrés tant qu’il reste beaucoup à faire. A quoi sert le droit de vote si l’on n’a pas le droit de vivre et le droit de vivre, c’est d’abord le droit d’accéder à l’eau ! s’est-il exclamé en comparant l’eau à la liberté. Aujourd’hui, face au nombre important de personnes vivant sans accès à l’eau, on est passé du besoin à l’urgence et de rappeler qu’il n’y a pas de développement sans eau. Offrant un tableau riche en couleurs et en sons, la chorale des enfants marseillais, tous en chœur ont lancé un vibrant appel à ” sauver l’eau ” de la ” folie des hommes “. Mais l’instant fort de cette levée de rideau a été le témoignage des deux jeunes touaregs venus du nord Mali. ” La soif, ce feu qui brûle la gorge après trois heures d’attente devant un puits, l’envie de vomir après avoir bu une eau contaminée par les pluies ou l’angoisse face au bétail qui meurt “, dira le jeune Sid Ahmed Ag Ahmouden pour replonger les participants dans le calvaire hydrique que vit au quotidien le peuple nomade touareg. Au-delà de ce forum, il faut mettre la question de l’eau au cœur de tous les agendas et le prochain sommet de la terre sera une grande tribune pour lancer encore un cri d’appel, a indiqué le président du comité international du forum, le brésilien Bénédicto Braga. Il faut «arriver à imposer l’eau sur la table de Rio+20», a-t-il signifié.
Venu en lieu et place de Nicolas Sarkozy pour ouvrir officiellement le forum, le premier ministre français François Fillon a salué tous les progrès accomplis depuis plusieurs années en référence au dernier rapport de l’ONU qui indique que désormais, 89% des habitants de la planète ont accès à l’eau. Reste désormais, la question cruciale de l’assainissement à laquelle, il a lancé un appel à la mobilisation pour voler au secours des 2,5 milliards de personnes qui vivent sans toilettes.
Mais selon François Fillon, pour avancer durablement sur ces questions, il faut mettre en place une organisation mondiale de l’environnement à l’instar de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). «Il n’y a pas de raison que cela existe pour le commerce et non pour l’eau», a-t-il indiqué.
Pour terminer, il a vanté la riche expérience française, le modèle ” original ” français fondé sur l’organisation en régie ou sur délégation des services publics qui favorisent un meilleur accès aux services de l’eau et de l’assainissement.

Des incantations aux solutions
Le 6e forum mondial de l’eau se veut une rencontre de solutions. Et, en marge des pavillons d’exhibition et stands d’expositions des entreprises, pays, associations, organisations qui interviennent dans le secteur, on découvre ” un village des solutions “. C’est un véritable village qui met en lumière des réponses qui font école, des solutions originales et innovantes qui font leur preuve. Surtout, elles émanent d’acteurs divers et diversifiés : experts, entreprises, élus, bailleurs, associations ou simples citoyens. Institutionnelles, techniques, financières, légales…ce bouillon de solutions reste un grand pas dans la recherche de solutions afin de rompre avec les discours pour passer au concret.
Expérience réussie, cette initiative de village de solution aura commencé avant même le démarrage du forum sur la toile. Annoncé comme forum des solutions, le comité international a lancé une plateforme http://www.solutionsforwater.org pour recueillir en ligne des propositions et réponses concrètes aux enjeux et défis de l’eau et de l’assainissement sur toute la planète. Au total, 1400 contributions ont été recensées avec l’Europe en tête (plus de la moitié), le Proche et le Moyen-Orient et la zone Asie-Pacifique approchent les 400, le continent américain, nord et sud, les 230 et l’Afrique 120 contributions.
Ces différentes contributions, loin d’être des solutions accomplies, constituent des pistes et alimentent les réflexions sur les problématiques majeures du secteur de l’eau et de l’assainissement.
Après la plateforme de solutions sur la toile, avec le village de solutions, le 6e forum mondial de l’eau de Marseille aura innové pour avoir recentrée les échanges et débats sur les solutions et offert une place et un espace à l’exhibition des solutions.

February 14, 2012

Concert de la fête de l’eau au Bénin : Une célébration avec faste, un spectacle riche en couleurs

Annoncé depuis plusieurs jours, le grand concert offert par le Partenariat National de l’Eau (PNE-Bénin) et tous les acteurs des secteurs de l’eau et de l’assainissement a tenu ses promesses. Face au parterre d’artistes de la chanson béninoise, le public a fait le déplacement au Palais des sports pour  défendre la cause de l’eau. C’était le samedi 11 février en présence des autorités du ministère en charge de l’eau.

Riche en tableaux, sons et couleurs, la fête de l’eau a été célébrée avec faste. Aucun artiste sur les 6 attendus n’a manqué à l’appel pour offrir un spectacle inédit au grand public qui a pris d’assaut l’esplanade du stade pour communier avec l’ensemble des acteurs des secteurs de l’eau et de l’assainissement sur les enjeux et défis de l’eau.

En annonçant les couleurs de ce concert exclusivement dédié à la source de vie, le Coordonnateur du PNE-Bénin, Armand Houanyé, a signalé qu’il s’inscrit dans le cadre de la préparation de notre pays au 6e forum mondial de l’eau. Une initiative sous-régionale soutenue par l’organisation internationale francophone “Eau vive” dans six pays.  Poursuivant, Armand Houanyé  précisera que le concert vise à ” mobiliser à la fois les acteurs des secteurs de l’eau et de l’assainissement et le grand public autour des enjeux de l’eau au Bénin.

Car, 40% des Béninois sont encore dans l’angoisse de la soif, 55% de la population n’a pas toujours l’accès aux systèmes adéquats d’assainissement et seulement 15% des populations évacuent correctement leurs déchets. Et, les maladies liées à l’eau constituent, la 4e cause de morbidité pour les enfants de moins de 5 ans.

Face à ce tableau sombre, la mobilisation de tous plus que nécessaire, est indispensable. Un cri d’appel qui justifie la tenue de ce concert que la société civile intervenant dans les secteurs de l’eau et de l’assainissement, a bien voulu lancé. Il est bien légitime, a soutenu le Directeur général de l’eau, Adam Soulé, qui dans son message, a invité le public à se joindre au combat des acteurs autour de ces enjeux. Surtout, il l’a exhorté, à adopter des comportements citoyens de protection de l’eau, et de bonnes pratiques d’hygiène. C’est tout l’engagement des artistes qui se sont mobilisés pour donner un cachet spécial à la fête.

Des tableaux inédits pour des messages forts

Pour ce rendez-vous culturel de sensibilisation, les petits plats ont été mis dans les grands pour offrir, un spectacle riche en couleurs. Tout a commencé par les élèves des lycées et collèges qui tous, vêtus de tee-shirts blancs, soigneusement disposés au cours de leurs prestations, ont impressionné le public. Le temps fort de cette première partie a été le passage des jeunes filles qui, avec leurs pagnes noués à la hauteur de la poitrine, portaient chacune une petite jarre.

Tout un symbole de la représentation de l’eau dans notre vie. ” L’eau n’est pas seulement indispensable à la vie, elle est la vie “, disait saint Exupéry. Mais, ce n’est pas tout. Car, les jeunes ont aussi tenu en haleine le public avec une pièce de théâtre qui a permis à la fois de renseigner et de condamner les mauvaises pratiques de pollution.

L’autre temps fort très attendu a été le passage des artistes. Du groupe All bax  à Ricos Campos en passant par Jolidon Lafia, Sèna Noble et Zeynab, la choucou des Béninois, tous ont  tour à tour, fait vibrer le public. Surexcités devant les artistes, les jeunes se sont laissés aller à cœur joie et dans une ambiance nourrie d’applaudissements, chaque artiste a sorti son chef d’œuvre pour faire trembler le public.

Au total, la fête a été belle et le spectacle était beau.  Mais le grand vainqueur de ce rendez-vous inédit est l’eau qui pour une fois, est honorée et célébrée avec ferveur.

Désormais, relevant du passé, la fête de l’eau au Bénin dans le cadre de la préparation du 6e forum mondial de l’eau a été un pari gagné et une réussite pour le PNE-Bénin, tous les acteurs de l’eau et le Bénin tout entier.

Alain TOSSOUNON

February 14, 2012

Préparation du 6e Forum mondial de l’eau : Le Bénin parlera d’une seule voix à Marseille

Afin d’adopter une position commune au prochain forum mondial de l’eau de Marseille en mars, le ministère en charge de l’eau a convié tous les acteurs des secteurs de l’eau et de l’assainissement à  une concertation nationale. Un véritable moment d’échanges qui, tout en permettant au Bénin de construire un message fort et unique pour tous les acteurs, a donné l’occasion aux acteurs, de faire le bilan des avancées, défis et perspectives pour un nouveau départ. C’était du 8 au 10 février 2012 à Dassa-Zoumè.

Amener le Bénin et tous les acteurs à parler d’une seule voix à Marseille au Forum mondial de l’eau. Une démarche innovante et originale impulsée par l’initiative régionale ” A l’Eau l’Afrique, A l’Eau le Monde ” soutenue par l’organisation internationale française ” Eau vive ” à travers la tenue de fora nationaux afin d’offrir des espaces de mobilisation et d’expression citoyenne, populaire autour des enjeux de l’eau dont les résultats seront portés au forum mondial.

Si le Bénin a failli manquer à l’appel avec l’annulation du forum national, il aura tout de même relevé le défi avec la tenue de cette concertation nationale multi-acteurs. Une raison pour le Directeur général de l’eau,  de se réjouir de l’organisation de cette concertation nationale et surtout, de la forte mobilisation qu’elle a connue.

En effet, en dehors des cadres et services déconcentrés du ministère de l’eau, les maires actuels gestionnaires de l’eau au niveau local, la société civile, le secteur privé, les consommateurs, les jeunes, les femmes usagères et les têtes couronnées représentées par le roi Tossoh Gbaguidi Xlll de Savalou étaient tous au rendez-vous.

Intervenant, le Directeur général adjoint, Jean Bosco Bazié a félicité tous les organisateurs (Dgeau, PNE-Bénin, PDM…) qui ont travaillé d’arrache-pied pour proposer ” un contenu “, objet de cette concertation nationale. Elle répond à la démarche inclusive voulue par la France qui accueille le 6e forum mondial, a-t-il précisé. “

Si on va à la chasse et qu’on veut ramener du gibier, il faut se préparer “, a souligné Jean Bosco Bazié pour signifier l’importance et tout le sens de cette concertation nationale préparatoire au forum mondial dont les conclusions seront valorisées au cours des sessions, table ronde et autres espaces grâce à l’appui de l’organisation ” Eau vive “. Le Bénin ne pouvait se soustraire de cette dynamique, a indiqué le Secrétaire général du ministère en charge de l’eau représentant le ministre.

Puisque, a-t-il soutenu, la concertation nationale vise à promouvoir le dialogue multi-acteurs, à partager les responsabilités et actions à entreprendre. C’est aussi une réflexion sur les causes fondamentales des contre-performances et de la recherche d’un consensus autour des réformes à entreprendre. Sur la préparation du Bénin au forum mondial, le Secrétaire général a salué l’opportunité qu’il offre aux pays, d’engager une dynamique de mobilisation afin d’identifier des solutions innovantes face aux défis et enjeux de l’eau. Car, l’eau est un ” sujet majeur “, a-t-il ajouté.

Exposés et sessions thématiques édifiants

Pour un enjeu aussi important, les organisateurs au-delà des thématiques pertinentes, ont fait recours aux personnes ressources et experts avertis, pour apporter leur éclairage sur les dysfonctionnements et défis des secteurs de l’eau et de l’assainissement. Ainsi, avant les deux sessions thématiques portant sur

«Accès et gouvernance» et «Développement économique et environnement», deux exposés introductifs ont été présentés par le Directeur général adjoint de l’eau et l’ancien ministre et expert en décentralisation, Issa Démolé Moko.

Le premier exposé aura permis de partager avec les participants, l’état des lieux des deux secteurs marqué par un certain nombre de réformes introduites pour asseoir des stratégies et politiques indispensables. Mais, s’il faut se féliciter de l’adoption de la nouvelle stratégie nationale de l’approvisionnement en eau potable en milieu rural au Bénin (2005-2015) pour le secteur de l’eau, il faut signaler que des défis restent à relever dans le secteur de l’assainissement encore à la traîne notamment avec une politique nationale d’assainissement inadaptée.

Très attendu, le deuxième exposé animé par l’ancien ministre Issa Démolé Moko, a porté sur ” la décentralisation dans le secteur de l’eau : avancée et perspectives “. Sans détour, avec le franc parler qu’on lui connaît, l’expert en décentralisation a indiqué tout simplement que la décentralisation dans le secteur de l’eau n’est pas encore effective. Au nombre des contraintes, il a soulevé l’absence d’une répartition claire et précise des taches étatiques et communales, la latence de l’administration centrale, la confusion des rôles dans la mise en œuvre des réformes et l’insuffisance de la coordination des PTFs.

Par rapport aux difficultés, il note la résistance au changement notamment des cadres, l’insuffisance des ressources humaines des administrations d’Etat, la faiblesse de la capacité technique des mairies, l’insuffisance des ressources financières et la faiblesse du lobbying des élus locaux.

Face aux  contraintes et difficultés soulignées, il a proposé une batterie de mesures relatives à l’appropriation par le ministère de l’eau de la Politique nationale de décentralisation déconcentration (PONADEC), l’élaboration  et la mise  en œuvre à court terme d’un plan de décentralisation et de déconcentration, la prise d’un décret relatif à la typologie des ouvrages et à leur répartition entre l’Etat et la commune….Comme on pouvait s’y attendre, ces exposés ont suscité de vifs échanges qui auront permis de lancer les sessions thématiques où chaque aspect a été mieux approfondi.

Ainsi, au niveau de la première session thématique, les participants ont échangé sur le droit à l’eau, la gestion des PEA privés et les OMD, la gestion des eaux usées domestiques et le gain économique de l’assainissement. Alors qu’au niveau de la deuxième session thématique, ce sont les liens entre eau, réduction de la pauvreté et développement durable, eau et secteur privé, valorisation économique de l’eau et sécurité alimentaire qui ont été abordés.

Au total, la pertinence des thématiques et la richesse des débats et des échanges, ont permis de retenir de fortes recommandations, de proposer des solutions et modalités de mise en œuvre.

Pour la participation du Bénin au 6e forum mondial, se fondant sur le bilan et les leçons des précédentes participations, les participants ont fait des propositions et ont fortement contribué à la structuration d’un message à porter à Marseille.

Après des hésitations, le Bénin a relevé le défi par rapport à cette initiative régionale de Eau vive, salué par tous. Désormais, le cap est mis sur Marseille et tous les participants espèrent beaucoup de ce forum. Mais en attendant, ils en savent beaucoup plus sur l’état des lieux des secteurs de l’eau et de l’assainissement et les mesures à apporter.

Alain TOSSOUNON

February 3, 2012

Après 25 ans de vie sans eau potable : Les populations de Kétomé au Bénin crient leur ras-le-bol

A Kétomé, un village situé dans la commune de Sèmé-Podji à quelques kilomètres de la capitale économique du Bénin, jamais de leurs vies, les populations n’ont vu et bu de l’eau potable. Désabusées, elles sont descendues dans la rue pour réclamer justice.

Depuis leur existence, les 5 000 habitants de ce village, ont toujours consommé de l’eau insalubre. « On n’a jamais bu de l’eau potable dans ce village, on boit ici de l’eau souillée du puits et de la rivière», nous confie Latif Agnidé, un habitant du village. Résultat, il nous signale  qu’à cause de la mauvaise qualité de l’eau, les populations du village font fréquemment  face aux notamment la diarrhée et les infections génitales. » Tout ceci fait que les habitants cherchent de  l’argent mais ils dépensent tout au centre de santé pour se soigner », s’alarme-t-il. Une situation que les populations ont décidé de mettre fin en descendant dans les rues pour une marche de protestation le 17 janvier 2012. Désabusés, ils vont voulu manifester leur ras-le-bol après plusieurs décennies de vie sans eau potable. Dans leur motion, les habitants ont dénoncé les conditions précaires et difficiles dans lesquelles ils vivent, et l’indifférence des autorités politico-administratives. Car, malgré la présence d’un château d’eau de la Société nationale des eaux du Bénin (SONEB) qui a jusque là, le monopole de fourniture et de distribution d’eau potable,  sur le territoire de ce village, les habitants ne boivent que de l’eau d’un puits ou de l’eau de la rivière. Et selon les témoignages, cette situation dure depuis plus de 25 ans.

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January 18, 2012

Gouvernance des secteurs de l’eau et de l’assainissement au Bénin : Le 2e Forum national de l’eau pour

A l’instar du Burkina-Faso ou du Togo, le Bénin organise son forum national consacré exclusivement aux secteurs de l’eau et de l’assainissement du 26 au 28 janvier. Un grand événement attendu de tous les vœux par les acteurs des deux secteurs pour donner un nouveau coup de fouet aux réformes en cours. Mais surtout, pour préparer le prochain forum mondial de l’eau de Marseille.

Il n’y a plus de doute. Après le premier forum de janvier 2001, le Bénin tiendra son deuxième le 26 prochain. Avec pour thème « Eau pour tous et pour tout : réalités, effectivités, responsabilités et priorités d’action », le 2e Forum national de l’eau (FONAE II), vise essentiellement, à établir un bilan national des politiques et contributions du secteur eau et assainissement pour le développement socioéconomique du Bénin dans un environnement de gestion décentralisée et, à dégager des approches et modalités spécifiques pour des services eau et assainissement performants en soutien au développement durable.
Au total, plus de 200 acteurs de toutes les catégories socioprofessionnelles sont attendues à ce rendez-vous de l’espoir pour une gouvernance améliorée des deux secteurs. En dehors des ministères sectoriels impliqués dans la gestion de l’eau et de l’assainissement (Eau, Energie, Agriculture, Elevage, Pêche, Environnement, Habitat, Urbanisme, Santé, Décentralisation, Aménagement du Territoire) avec leurs services centraux et déconcentrés ; les collectivités locales (élus locaux, ANCB) seront bien représentées.

Mais, surtout les usagers, bénéficiaires des services d’eau et d’assainissement regroupant les associations d’usagers sont invités aux échanges. Les distributeurs et fournisseurs privés des services de l’eau (SONEB, etc.), comme les organisations de la société civile (ONGs nationale et internationales ; associations de développement, organisations socioprofessionnelles) intervenant dans les secteurs de l’eau et de l’assainissement et les Partenaires Techniques et Financiers qui accompagnent et appuient les deux secteurs seront au rendez-vous.

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