AU CAMEROUN DES FEMMES SE DECHIRENT ENCORE POUR L’ACCES A L’EAU…

La scène semble au départ très comique. Deux jeunes fillettes s’efforcent de séparer une bagarre rude entre deux femmes qui se déchirent les vêtements sous les regards très amusés des passants (des hommes en général). L’une d’entre elle serait enceinte d’environ six mois. Nous sommes à Batouri, dans l’Arrondissement de la Kadey Département du même nom, province de l’Est au Cameroun. Les rires vont s’estomper immédiatement quand la cause de la bagarre est révélée à tous : « elles se battent pour l’eau du puits».

Ceci n’est pourtant pas le propre de cette ville du Cameroun. Près de 3 milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable dans le monde. Premières victimes comme le montrent les acteurs de la bagarre, les femmes et de plus en plus les jeunes filles. En plus des occupations ménagères classiques, il leur revient les taches liées à l’hygiène et à l’alimentation. Obligées, elles le sont en quelque sorte car c’est vers elle qu’il faudra se tourner en cas de maladie dans la famille. Ces corvées d’eau telle que le relèvent Action Contre la Faim (ONG), « les exposent à des risques en termes de santé (portage de charges lourdes dès leur plus jeune âge) et de sécurité (viol ou vol sur le chemin). » L’eau qui est la vie devient donc pour elles non seulement un calvaire, mais pire encore, une source de frustration et de stigmatisation. Et pourtant, la femme reste et demeure le nœud central de la bonne santé de toute la famille et du dispositif d’eau et d’assainissement.

Au registre des causes de mortalité infantile voire maternelle, dans ces zones rurales, la diarrhée, l’hépatite E, et quelques accidents physiques. Selon l’OMS et l’UNICEF en 2010, « l’Afrique Subsaharienne enregistre plus de 2 millions de décès chaque année des conséquences de diarrhées attribuées à la consommation d’eau non potable, au manque d’hygiène et d’accès à des structures d’assainissement, dont 1,2 millions d’enfants de moins de 5 ans ». Les maladies hydriques outre le fait qu’elles représentent une cause prépondérante de mortalité infantile (22% des causes de décès des moins de 5 ans, OMS 2010) sont également des facteurs aggravants de la sous-nutrition, notamment pour les populations les plus vulnérables, les femmes enceintes et allaitantes et les enfants de moins de 5 ans.

L’eau, oui mais à quel prix ?

Les interactions autour des points d’eau sont parfois rudes et les femmes qui le savent se préparent à l’ avance. Pour aller chercher de l’eau dans les pays en voie de développement, certaines femmes mettent en dessous des pagnes et autres boubous, des tenues de sport. En effet telle est la tenue de combat légitime. Les femmes se parent de plus en plus et veillent à ce que le message aille jusqu’à leurs jeunes progénitures. L’apprentissage par l’exemple… Non seulement la distance (avec ce que cela peut comporter comme surprises sur le chemin) est le premier obstacle, mais aussi la longue file et régulièrement ces accrochages qui surviennent lorsqu’une maligne souhaite sauter les étapes. Il existe une loi qui s’impose d’elle-même : « À chacun son tour, chacun a sa marmite à surveiller ». Et nul ne peut se dire au dessus de la loi. Même pas les femmes enceintes.

D’avantage de puits modernes et de toilettes pour relever ces défis.

Au niveau institutionnel, des efforts sont encore à fournir au niveau de la coopération et de la collaboration entre les différents acteurs. Il est relevé plusieurs actions en plans dispersés. Quant aux populations, généralement elles s’organisent pour faire face à ces défis. Mais seulement les efforts sont insignifiants devant la demande qui est toujours croissante. Elles concernent en général la gestion des points d’eaux aménagées, quelques toilettes publiques payantes mis en place par les communes rurales, pour ne citer que ceux-là. Cependant, mettre en œuvre des pratiques d’hygiène adaptées pour les soins aux nouveaux nés et aux enfants en bas âge nécessite d’avoir accès à l’eau en qualité et en quantité suffisante, à un environnement sanitaire acceptable et à des produits d’hygiène de base. Concernant les femmes et les fillettes, leurs besoins sont plus spécifiques. Ce qui exige d’être aujourd’hui plus créatif et innovant.

L’accès a l’emploi, et l’implication de la diaspora africaine

La résolution de ces difficultés exige une approche plurielle. Elle inclue indirectement l’accès à l’emploi des hommes, des campagnes accélérées d’information et d’éducation à l’hygiène corporelle et environnementale. Il serait également à envisager la mise en place des mutuelles coopératives pour la distribution d’eau, des poubelles hygiéniques. Dans les écoles, les organisations internationales et la diaspora seraient d’un grand appui par la mise à disposition des toilettes modernes adaptées pour les filles en particuliers. Les africains de la diaspora sont généralement des personnes qui sont très écoutées dans leurs communautés et qui exercent une grande influence auprès des leurs. Dans certains pays de l’Afrique, leur contribution est d’environ 75% sur le PIB. Diplômés des grandes universités occidentales, ils peuvent agir non seulement au niveau du plaidoyer pour la mobilisation des ressources, mais aussi de la formation et de la création des TIC appliquées a l’assainissement, l’accès a l’eau.

Eddy Patrick DONKENG, 237online.com

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